Banque de financement des petites et moyennes entreprises: Verra-t-elle un jour le bout du tunnel ?

La loi de finances 2024 prévoit une augmentation du capital de la banque à hauteur de 59 millions de dinars.


La Bfpme est une banque publique de développement qui a pour principale vocation de financer les PME dans leurs différentes phases de vie. Elle a été créée en 2005 afin de soutenir et d’assister les primo-entrepreneurs, notamment dans les régions, dans un contexte où l’Etat voulait miser sur l’entrepreneuriat pour atténuer le chômage et favoriser l’inclusion financière.

En effet, la Bfpme était destinée à être un acteur majeur de la mésofinance en Tunisie, vu le déficit de financement sur ce segment. Cette institution bancaire peut financer des projets de création ou d’extension d’entreprises opérant dans tous les secteurs d’activité, hormis le tourisme et l’immobilier, et  dont le montant d’investissement varie entre 100 mille et 15 millions de dinars. Moyennant des crédits à moyen et long termes, elle intervient donc, en cofinancement, avec les banques de la place. 

Des réalisations mais … 

Certes, en regardant dans le rétroviseur, la banque a contribué, dans une certaine mesure, à améliorer l’accès des PME au financement, mais son modèle d’affaires laisse à désirer et a vite montré ses limites. 

En termes de réalisations, la Bfpme a financé depuis sa création environ 1.700 projets pour un montant total d’investissement de 1.130 millions de dinars. Les prêts accordés ont atteint environ 440 millions de dinars. Près de  68% des interventions ont concerné les zones de développement régional. En revanche, 900 projets ont vu leurs demandes de financement refusées par les banques commerciales partenaires. 

Mais étant une institution bancaire qui prend beaucoup de risques, puisqu’une grande part de ses financements est allouée aux projets de création, la Bfpme a vu sa performance décliner. Sa politique de crédits à taux réduits et sans garantie s’est avérée coûteuse, et a mis en jeu sa viabilité. 

Aujourd’hui, la banque est dans une situation critique, comme en témoignent ses derniers états financiers : des pertes cumulées totalisant à la clôture de l’exercice 2021 un montant de 108 millions de dinars et un résultat déficitaire de 5,8 millions de dinars, engendrant ainsi une situation nette comptable négative de l’ordre de 11 millions de dinars. De plus, le taux des créances classées a atteint 88%, tandis que le taux de recouvrement n’a pas dépassé les 25% et celui de couverture des dettes est de l’ordre de 56%.Les analyses attribuent cet échec principalement au manque de préparation des promoteurs, ce qui a contribué à accentuer les niveaux élevés de risques auxquels la banque s’expose naturellement en finançant les projets de création. «Les causes reviennent en grande partie à la médiocre qualité des plans d’affaires soumis à la diligence de la banque, au manque d’expérience des promoteurs ciblés par des mesures fondées davantage sur la «solidarité sociale» que la rentabilité. En outre, la non-maîtrise des risques marché, la lourdeur des procédures administratives de l’ensemble des intervenants et surtout la non-adéquation du schéma de financement proposé à des projets «greenfield», conjugués aux longs délais d’instruction des dossiers et à la multiplicité des interlocuteurs, ont fini par achever la faible marge que pouvaient générer les projets de développement», explique, en ce sens, un rapport  sur la Bfpme réalisé en 2021 par Mondher Khanfir et mandaté par le Centre africain pour la transformation économique. 

Faire prévaloir les atouts 

Malgré les grandes difficultés financières auxquelles elle est confrontée, la banque est déterminée à se sortir de cette impasse et à se repositionner dans le paysage bancaire en tant qu’acteur clé du financement des PME.

D’ailleurs, plusieurs tentatives de redressement ont été engagées afin d’améliorer sa performance et viabiliser son activité. Selon son directeur général, Lébid Zaâfran, l’institution bancaire  a entrepris, en 2016, des réformes visant à améliorer ses performances en matière de politique de prêt et de gestion des risques, et qui ont permis  de réduire le taux de prêts en souffrance et d’améliorer les taux de couverture et de recouvrement. En 2018, des discussions sur la création d’une banque des régions ont été lancées  et le projet de loi de finances 2019 avait prévu le lancement de cette banque qui devrait absorber la Bfpme et la Sotugar. Mais ce projet n’a pas abouti et la crise de Covid-19 a encore compliqué la situation de la banque. En avril 2023, la présidence du gouvernement a tenu  une séance de travail ministérielle pour examiner la situation de  la banque.

A cette occasion, des recommandations ont été émises afin de développer un nouveau modèle économique pour l’institution dans le cadre d’une approche intégrée du financement des PME. Dans ce même contexte, la loi de finances 2024 a prévu une augmentation de son capital à hauteur de 59 millions de dinars qui devrait avoir lieu par la conversion en une participation au capital de la banque d’une dette due à l’État tunisien au titre d’une ligne de crédit japonaise rétrocédée à la banque. 

Tous ces efforts visent, donc, à redonner vie à une institution toujours sous perfusion. Si l’on tient beaucoup à cette banque, c’est parce qu’elle peut faire jouer ses atouts qui lui permettent d’être un véritable acteur de la mésofinance en Tunisie. D’abord, elle peut capitaliser sur l’expérience qu’elle a acquise en tant que banque de développement depuis sa création, tout en adaptant  sa politique de crédits et en révisant  son modèle d’affaires.

Et puis,  étant présente sur tout le territoire et ayant une bonne capacité d’instruction des dossiers d’investissement, elle joue toujours un rôle clé dans la dynamisation de l’écosystème entrepreneurial, particulièrement dans les régions. 

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