Migrants subsahariens en situation irrégulière : La complexité du phénomène migratoire rend la lutte difficile

 

L’eldorado européen passe inéluctablement par les côtes tunisiennes. Or, la Tunisie, en pays souverain, applique les lois sur les « visiteurs » non dotés de cartes de séjour ou de papiers délivrés par les autorités tunisiennes leur permettant de séjourner dans le pays en toute légalité.

Plus d’une centaine de tentatives d’émigration irrégulière vers l’Italie déjouées et 1.867 personnes secourues dont des Tunisiens et 1.829 ressortissants subsahariens, et en seulement 24 heures, 13 corps ont été repêchés par des  unités maritimes relevant du district de la Garde nationale à Sfax. D’autres unités relevant de la Garde nationale ont également arrêté 14 personnes recherchées  pour avoir trempé dans la traite des personnes ces derniers jours, en plus de la saisie de 16 bateaux en fer et 47 moteurs marins et la découverte d’un atelier anarchique destiné à la fabrication de ces embarcations de fortune.

Des chiffres qui passent de tout commentaire et qui viennent confirmer ce qu’on sait déjà. Notre pays est en passe de devenir un point de transit pour les migrants subsahariens qui fuient leurs pays à cause de l’instabilité politique régnante, l’insécurité et l’aggravation de la crise économique. Ils rêvent d’atteindre l’Europe à partir de nos côtes. « Le conflit et la violence restent les principaux moteurs des mouvements des populations subsahariennes en 2022, accentués par les effets des risques climatiques croissants,» alerte un récent rapport publié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la Commission de l’Union africaine.

 Les limites des programmes de retour volontaire

Il semblerait même que le nombre de migrants subsahariens ait dépassé celui des Tunisiens candidats à l’émigration irrégulière depuis la fin de l’année 2022. Environ 70 mille migrants ont été interceptés en 2023, pendaient qu’ils tentaient de traverser la Méditerranée depuis notre pays vers l’Italie, contre 31.297 en 2022, selon le porte-parole de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli. Plus de 70% sont des ressortissants d’Afrique subsaharienne, contre 59% de migrants de diverses nationalités en 2022. 

En 2023, plus de 80% de ces migrants ont été interceptés à proximité de Sfax, contre 66% pour 2022, selon la même source.

 Cette hausse est confirmée aussi par un rapport élaboré en février 2023 par l’Institut tunisien des études stratégiques relevant de la Présidence de la République, réalisé par Mehdi Ben Braham, maître de conférences en sciences économiques, selon qui « la situation des migrants subsahariens en Tunisie demeure préoccupante. D’une part, la majorité d’entre eux évolue en marge de la légalité, et, d’autre part, leur nombre, d’après certaines enquêtes qualitatives, semble croître, notamment à Tunis et à Sfax ».  Le phénomène semble de plus en plus important et implique un plus grand nombre de villes. Il s’agit d’un phénomène qui prend de l’ampleur en Tunisie, sans qu’il y ait des statistiques précises.

Les programmes de retour volontaire conduits par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et l’appui du Croissant-Rouge tunisien ont facilité, en 2023, le retour de 2.557 migrants dans leur pays d’origine. Mais sont boudés par la majorité des migrants subsahariens. Ces derniers préfèrent vivre dans la clandestinité et dans des conditions précaires dans l’espoir de regagner un jour la rive  nord de la Méditerranée. Une occasion de rêve pour les réseaux criminels de passeurs de renforcer leurs activités et augmenter leurs dividendes.

L’insécurité dans certains pays de l’Afrique subsaharienne s’amplifie

Le constat est grave avec des passeurs et des réseaux bien organisés et bien décidés à profiter des situations chaotiques qui sévissent dans les pays d’Afrique subsaharienne. De ce fait, le nombre des  ressortissants subsahariens candidats  à l’émigration régulière, à partir des rives tunisiennes, est en hausse, ce qui ne facilite guère la tâche des unités maritimes appelées non seulement à lutter efficacement contre ce fléau, à traquer les passeurs, à démanteler les réseaux, mais aussi à secourir les clandestins en cas de naufrage de leur embarcation, fait récurrent. En février dernier, la garde côtière avait porté secours à plus d’une soixantaine de migrants irréguliers, après le naufrage de leur embarcation au large des côtes.

En refusant d’intégrer le programme de retour volontaire, des Subsahariens en situation irrégulière sont acculés et de plus en plus à mendier à travers les artères des villes.

On parle d’une minorité certes, mais la situation risque de s’aggraver davantage, au vu de la persistance de l’insécurité dans certains pays d’Afrique subsaharienne.

L’eldorado européen passe inéluctablement par les côtes tunisiennes. Or, la Tunisie, en pays souverain, applique les lois sur les « visiteurs » non dotés de cartes de séjour ou de papiers délivrés par les autorités tunisiennes leur permettant de séjourner dans le pays en toute légalité.

Il faut souligner à ce propos que les aides et le soutien apportés par la société civile ne sont pas de nature à résoudre un problème aussi complexe et à multiples facettes.

De plus, les flux de migrants s’amplifient en raison des problèmes qui persistent au Soudan et en Libye. Cela n’a pas empêché Mnemty, associations très active dans le domaine, d’aider les migrants à proximité des bureaux de l’OIM, dans le cadre du retour volontaire, en mensant  des actions solidaires.

Dans le même contexte, plusieurs ONG tunisiennes, dont le Forum  tunisien pour les droits économiques et sociaux, la Ligue tunisienne des droits de l’homme, ont publié le 5 avril un manifeste de soutien avec les personnes migrantes, tout en condamnant « les politiques sécuritaires et d’externalisation des frontières de l’Union européenne qui portent atteinte aux droits humains ».

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