La dette publique tunisienne frôle désormais dangereusement la barre des 100% du PIB. La Tunisie est en pleine crise de la dette publique et les équilibres financiers sont complètement rompus. De 40% du PIB en 2010, on passe à 71,6% en 2018. Pour l’année 2019, les besoins d’endettement de l’Etat s’élèvent à 10.14 milliards de dinars, entre 7.79 milliards de dinars de dettes extérieures et 2.35 milliards de dinars de dettes intérieures.Pour l’exercice budgétaire 2019, les services de la dette s’élèvent à 9.31 milliards de dinars dont 3,140 milliards de dinars d’intérêts à verser. Une situation de plus en plus intenable qui se traduit par un risque réel sur la soutenabilité de la dette tunisienne. M.Hakim Ben Hammouda, ancien ministre des Finances, nous donne d’amples éclairages sur la situation préoccupante de l’endettement en Tunisie.

Quel est l’état des lieux du niveau d’endettement de la Tunisie? Comment expliquez-vous concrètement la politique d’endettement du pays?
La dette publique a atteint des niveaux très élevés. Nous sommes aujourd’hui à un volume de la dette publique de plus de 80 milliards de dinars en fin d’année 2018, ce qui a dépassé les 70% du PIB. Mais, pour saisir l’ampleur de cette crise, il ne faut pas se limiter à la dette directe, il faut lui rajouter les dettes indirectes des entreprises publiques et des banques qui sont garanties par l’Etat. Si on rajoute l’ensemble des dettes, le ratio de la dette par rapport au PIB pourrait très bien dépasser les 100% et la question deviendrait alors plus inquiétante.
Cette aggravation de la dette est liée à plusieurs facteurs. Le premier est bien évidemment celui de la détérioration des finances publiques et de la montée du déficit des finances publiques après la révolution suite à l’augmentation rapide des dépenses, alors que le rythme de progression des recettes était plus limité. 
Le second facteur concerne la baisse de la croissance qui explique la faible augmentation des recettes de l’Etat. Il faut également rajouter la chute du dollar qui se traduit par une augmentation rapide de la dette libellée en devises étrangères.

La crise sur la dette publique n’en finit pas de faire parler d’elle au point qu’on se demande encore s’il y a une solution. D’après vous, quelle(s) solution (s) faut-il envisager?
La maîtrise de la dette est un impératif essentiel pour les pouvoirs publics. Le risque majeur, c’est la non-soutenabilité de la dette qui pourrait avoir des effets négatifs importants sur tous les acteurs économiques et des conséquences sociales majeures. On peut envisager des réponses conjoncturelles à la crise de la dette, mais les réponses structurelles résident dans une meilleure maîtrise de nos grands équilibres macroéconomiques et dans un retour de la croissance économique.

La dette publique est-elle un bon outil pour soutenir l’activité économique en période de faible croissance ou de récession?
L’endettement n’est pas un mal en soi. Les économies ont toujours eu recours à l’endettement pour accélérer leur développement. Le véritable problème n’est pas la dette mais son utilisation.
La dette qui finance l’investissement et crée de la valeur n’est pas inquiétante dans la mesure où elle permet d’accroître les richesses et crée les conditions de son remboursement. Mais lorsque la dette se transforme en un moyen de financer les déficits publics et les dépenses non maîtrisés, c’est là que l’endettement devient un véritable danger pour les économies.

Pour ne pas tomber dans un surendettement, quelle politique faut-il adopter pour éviter une nouvelle spirale d’endettement ?
Les réponses à la crise de la dette passent par une plus grande maîtrise des grands équilibres macroéconomiques et particulièrement celui des finances publiques. Il faut également favoriser un retour à la croissance et à l’investissement.

Est-ce que la dette tunisienne est soutenable ? En n’agissant pas, ne courrait-on pas le risque de voir tout le système financier s’effondrer?
La question de la soutenabilité de la dette est une question essentielle et elle fait débat entre les spécialistes. Nous retenons plusieurs critères pour mesurer et apprécier la soutenabilité de la dette parmi lesquels, le volume global de la dette et son ratio par rapport au PIB, la croissance future de l’économie ainsi que l’évolution comparée de la croissance économique et du coût de l’endettement. Je crois que si nous examinons l’ensemble de ses éléments, il est clair que nous entrons dans la période de turbulence en matière de soutenabilité de la dette. Notre dette a atteint des limites inquiétantes et il est important d’agir avant que son évolution ne nous échappe.

Propos recueillis par Najoua Hizaoui

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