La criminalité serait en train de prendre de l’ampleur en Tunisie, en chiffres et en forme, ce qui provoque un sentiment d’inquiétude et d’insécurité généralisé. Ces derniers jours, de multiples meurtres atroces ont été commis pour tirer la sonnette d’alarme concernant la situation sécuritaire en Tunisie et l’efficacité de la stratégie adoptée pour lutter contre ce fléau, notamment dans les quartiers dits chauds.

Ces derniers jours, une forme d’inquiétude et de sentiment  d’insécurité s’est installée chez les Tunisiens. Pour cause, plusieurs crimes d’une atrocité extrême survenus simultanément, notamment pendant les jours de l’Aïd. En effet, cette fête, déjà gâchée par les coupures d’eau courante, a été marquée par plusieurs cas de crimes et d’actes de violence. Bien qu’il s’agisse, pour certains, de faits divers et que leur médiatisation ne fera que paniquer les citoyens, ces actes sont d’une atrocité et d’une violence extrêmes qu’ils suscitent plusieurs interrogations sur l’augmentation du taux de criminalité en Tunisie et sa gravité. Cet épisode cauchemardesque marqué par une série de crimes atroces s’est déclenché, en fait, par un meurtre au Kram-Ouest, la veille de l’aïd, soit le 10 août, lorsqu’un jeune homme a été tué après avoir été poignardé au cœur par son père à la suite d’un problème familial. En effet, c’est suite à une altercation avec son frère, que le drame a eu lieu, le père a mis fin à ce problème en poignardant son propre fils, mort sur le coup. Ce quartier au cœur de la banlieue nord de Tunis souffre considérablement de toute sorte d’insécurité. Vols, violence, meurtres et agressions sexuelles, les habitants du Kram-Ouest se sont habitués, malheureusement, à ce genre d’actes qui met en péril leur sécurité. D’ailleurs pour les autorités, il est connu comme l’un des points noirs du Grand-Tunis, et pourtant la présence sécuritaire, jugée insuffisante par les habitants, ne parvient pas à faire face à ce fléau qui menace ce quartier, le moins qu’on puisse dire chaud et instable. D’ailleurs dans un précédent article, La Presse avait souligné le manque d’insécurité au Kram-Ouest, où le nombre de crimes, de vols et de braquages ne cessent d’augmenter. Le poste de police situé dans ce quartier, saccagé après la révolution, n’a pas, rappelons-le, rouvert, malgré les multiples appels des citoyens. Les informations sur ces nombreux crimes, et parfois les images et vidéos filmées par des amateurs, qui demeurent une source d’inquiétude pour les Tunisiens, sont largement relayées par les réseaux sociaux, ce qui contribue à l’installation de ce sentiment d’insécurité.

Gafsa sous le choc

C’est en tout cas ce qui s’est passé à Gafsa lorsque la vidéo du meurtre d’une personne âgée témoignant d’une atrocité inouïe a été partagée comme une trainée de poudre et commentée par des milliers d’internautes. Retour sur les faits. Le 13 août dernier, un père de famille, la soixantaine, a été littéralement massacré dans la rue sous les yeux de sa famille. A cause d’un problème entre voisins, il est intervenu pour mettre fin, à l’amiable, à ce différend, mais il a fini par être écrasé sous les pneus d’un véhicule. Effectivement, un jeune, dont le comportement n’est pas digne d’un être humain, a violemment agressé le défunt avant de l’écraser par un taxi le traînant sur une distance de plusieurs mètres, sous les cris et le choc de ses enfants qui ont filmé la scène. Le suspect principal ainsi que tous les agresseurs de la victime ont été arrêtés. Hier, des habitants de la délégation de Ksar, là où le meurtre a eu lieu, ont observé un mouvement de protestation pour réclamer la sécurité mais aussi la peine capitale à l’encontre du meurtrier, un jeune ne dépassant pas la trentaine. Plus récemment, à Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul, deux crimes ont bouleversé les habitants. Un mariage célébré mercredi dernier dans la localité de Chouachna a tourné, malheureusement,  au drame, lorsqu’une bagarre a soudainement éclaté entre des jeunes du quartier, provoquant deux homicides. Deux jeunes hommes ont été poignardés, et ont succombé à leurs graves blessures aux urgences de l’hôpital de Nabeul. La police a arrêté, sur fond de ces actes criminels, neuf personnes et a déployé ses unités dans ce quartier pour éviter le pire et les règlements de comptes. Tous ces crimes, géographiquement séparés, se ressemblent dans la mesure où ils témoignent d’une dégradation de la situation secrétaire notamment, à l’intérieur des quartiers dits chauds. Atrocité, inhumanité et dégradation des valeurs sociales et familiales, c’est ainsi qu’on pourra décrire et qualifier ces actes de criminalité inouïe, devenues fréquents.

Le taux de criminalité en hausse

Selon les derniers chiffres, le taux de criminalité en Tunisie est en hausse. Il a augmenté de 13% en 2018 par rapport à l’année 2017.  Ces dernières statistiques sur la sécurité, relatives à la lutte contre la criminalité, font observer que ce sont les affaires criminelles en rapport avec le trafic de drogue qui ont connu la plus forte hausse avec 5.748 affaires, soit une augmentation de 26% par rapport à 2017. Les affaires de meurtres sont passées de 333 à 401 en 2018. Les agressions en tous genres ont augmenté de 9% à 46.251 cas. Les affaires de vols se sont établies à 49.601 en 2018 contre 48.825 affaires en 2017. Pourtant, ces mêmes statistiques indiquent que les unités de sécurité ont réalisé des succès importants estimés à 81%, dans plusieurs affaires relatives aux agressions, meurtres, vols, trafic de drogue et émigration clandestine. Une étude réalisée par l’Institut tunisien des études stratégiques confirme également la tendance haussière de la criminalité en Tunisie qui prend, semble-t-il, une ampleur considérable en chiffres et formes de violences. Durant ces 6 dernières années, le nombre des plaintes déposées pour crime a atteint 200.000, ce chiffre n’englobe que des crimes graves et pourrait tripler si on compte les crimes d’agression par violence verbale  ou physique. Autre chiffre alarmant, cité dans cette étude, celui du nombre de meurtres avec violence. Entre 2006 et 2010, 1.000 procès pour meurtre ont été instruits, alors qu’entre 2011 et 2017, ce chiffre a grimpé à 1.700. Et au vu de la situation actuelle, ces chiffres pourraient augmenter, fait qui devra être au cœur d’une nouvelle stratégie sécuritaire pour combattre la criminalité. Il reste à signaler, que selon les explications des spécialistes en sécurité, l’augmentation du taux de criminalité et la gravité de ses formes seraient la conséquence directe de la dégradation de la situation sécuritaire observée après les évènements du 14 janvier 2011. Cette tendance se justifie également par la consommation de drogues, dont le taux est en perpétuelle hausse, outre la tension sociale, la pression et le stress dans certains milieux familiaux et sociaux.

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