Grave crise entre l’Ugtt et le gouvernement: Besoin d’un démineur ?

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Signe de rupture avec l’équipe de Bouden, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens (Ugtt), Noureddine Taboubi, qui revendique un remaniement ministériel, a souligné que « ce qui se passe en Tunisie actuellement n’est pas rassurant puisque le gouvernement n’a pas de programme et procède avec les mêmes mécanismes que les gouvernements précédents ».


L’imbroglio politico-médiatique dans lequel se trouve englué de nouveau le pays suite à la déclaration du secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens (Ugtt), Noureddine Tabboubi, de la nécessité d’opérer un remaniement ministériel  dépasse largement le spectre d’un simple débat autour de la crise socioéconomique dans laquelle sombre le pays, pour se situer sur l’échiquier politique. C’est la deuxième fois, depuis le gouvernement Youssef Chahed, que le secrétaire générale de la toute-puissante centrale syndicale, une vraie force de contre-pouvoir au pays, fait miroiter ouvertement une telle revendication. Et même si le débat a focalisé sur la portée et la signification d’un tel message, alors que les contestations sociales reprennent de plus belle, les regards des analystes sont plutôt dirigés vers le bilan de l’équipe de Bouden, ses défaillances socioéconomiques, les caisses vides de l’Etat et l’endettement à outrance du pays.

Un risque d’effondrement

En effet, dans une allocution prononcée, hier, au Palais des congrès à Tunis, à l’occasion de la commémoration du 70e anniversaire de l’assassinat du dirigeant syndical Farhat Hachad, Taboubi a fait part du rejet de la centrale syndicale du processus actuel en raison de « l’absence de synergie avec les forces politiques et sociales nationales ». « L’Union ne s’est pas trompée, en considérant le 25 juillet comme un tournant crucial pour la rectification du processus démocratique afin de remettre en relief les objectifs de la révolution », a estimé Taboubi, qui a toutefois souligné que « ce qui se passe en Tunisie actuellement n’est pas rassurant puisque le gouvernement n’a pas de programme et procède avec les mêmes mécanismes que les gouvernements précédents ».

De ce fait, la scission qui se profile à l’horizon avec la Centrale syndicale tunisienne est une menace qui pèse lourd sur les frêles épaules du gouvernement de Bouden et qui risque de s’aggraver si ce dernier persiste dans son mutisme et sa nonchalance vis-à-vis des syndicalistes. Les trous d’air sont partout et les Tunisiens qui ont déployé à tue-tête les sirènes de l’optimisme depuis le 25 juillet 2021, pensant s’installer confortablement dans une période de stabilité politique à même de favoriser la relance économique et de booster la croissance, risquent d’assister aujourd’hui à une cacophonie et à des discussions sur des questions futiles, usantes, frustrantes et rageantes.

Un délice des caniveaux

Cette crise qui a éclaté au grand jour entre la Centrale syndicale et le gouvernement nous renvoie déjà aux délices des caniveaux hantés par les politiciens, qu’on croyait révolus. Pourquoi ? Parce que ceux qui ont entre les mains les commandes de l’exécutif sont très lents à la détente depuis leur nomination.

On broie du noir à la longueur de journée. Et pour cause, l’État, qui souffre déjà de multiples crises chroniques, plonge de nouveau dans le flou. Écartelé entre la concrétisation immédiate des revendications sans fin et son désir d’engager les réformes nécessaires pour bénéficier d’une lampée auprès du FMI, il bat de l’aile et se retrouverait dans l’impasse, si la Centrale syndicale continue à l’attaquer frontalement.

Déjà, du bout des lèvres, on commence à craindre qu’en pleine campagne électorale pour les législatives du 17 décembre 2022, le scrutin ne soit qu’une scène d’ombres où personne ne s’intéressera aux candidats en lice mais où l’on focalisera sur un quotidien plein de soucis.

Car, désormais, c’est le clair-obscur qui règne et c’est à une sortie de route qu’il faut s’attendre avec toute l’instabilité qui viendra avec cette confrontation.

De mauvais scores

Tout cela intervient à un moment où le pays ne cesse de collecter les mauvais scores et les plus inquiétants classements par les agences de notation internationales. Or dans une période où le pays se prépare à tenir les législatives, les forces centrifuges n’ont jamais été aussi nombreuses qu’aujourd’hui. D’où l’urgence pour le gouvernement Bouden de tracer des réponses adéquates à un besoin fondamental. Sinon, il ne fera que baliser la voie à un échec économique et social de plus. Une telle situation place le gouvernement dans une position inconfortable puisqu’il se retrouve enclin à tenir tête à la toute-puissante Centrale syndicale qui se désolidarise du gouvernement pour tenir ses engagements vis-à-vis du FMI. De ce fait, l’on ne fait de part et d’autre que favoriser l’instabilité qui prévaut déjà dans le pays. Or, tout recul de la stabilité entraînerait un recul de la démocratie elle-même. Certes, il est difficile, en si peu de mots, de fournir des exemples de l’influence désastreuse, du danger et de l’ignominie, si on n’arrive pas à désamorcer cette bombe à temps. Pour cela, la Tunisie a besoin d’un bon démineur. Saïed entrera-t-il en lice pour rétablir le dialogue et fournir les solutions ?

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