Grands Projets : Ces décisions qui se font attendre

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Où en est le métro de Sfax, la liaison ferroviaire Gabés-Médenine, la délocalisation de l’usine de Gabès et la création d’une zone industrielle, au mieux, au stade des études qui n’en finissent plus…

Lentes, interminables, nonchalantes, langoureuses, parfois, souvent tardives, sont ces décisions de mise en exécution que l’on prend pour réaliser un projet. On semble oublier qu’il y a des concurrents qui attendent, qui sont à l’affût de ces bonnes idées et que, considérant leurs moyens, la stabilité de leurs pays, la volonté de travailler pour l’intérêt général en dépit des chamailleries politiques, sont en mesure de les mettre immédiatement à exécution.

C’est dire que le retour à l’ordre du jour de ce projet de port en eaux profondes a été positivement accueilli par ceux qui commençaient à perdre leurs derniers espoirs. On semble cette fois-ci animé de bonnes intentions, avec le retour en grâce d’un dossier que l’on dépoussière : le port en eaux profondes dont il a été question depuis de longues années. Ce n’est pas le seul dossier qui dort dans les tiroirs.

Le marché libyen

La dernière visite de travail qu’ont effectuée les responsables libyens a rappelé à ceux qui l’ont peut-être oublié, que nous avons perdu de l’argent, des opportunités de toutes sortes et surtout une consolidation de notre position stratégique avec notre voisin. Entretemps, d’autres investisseurs sont venus se positionner et nous ont ravi une grande partie de ce marché, poussant l’outrecuidance à imiter nos produits (noms et emballages), pour s’imposer dans l’évident espoir de nous supplanter.

Cela fait prés de dix ans que la décision de créer une zone de libre-échange avec la Libye a été prise. Le projet s’est enlisé et n’a pas dépassé le stade des études. Comme s’il fallait décider du nombre d’étages d’une fusée appelée à aller sur la lune.

Pendant ce temps, les années ont enseveli ce projet sous une épaisse couche de poussière. Les événements, qui ont eu lieu dans ce pays, comme dans le notre d’ailleurs, ont faussé toutes les prévisions.

Plus question des 2.500 opportunités d’emplois directs et plus de 6.000 opportunités indirectes. Plus question de pôle d’appui pour les échanges avec le reste de l’Afrique. Le projet de faire de Ben Guérdane un pôle économique, appelé à encadrer les mouvements commerciaux englobant les activités officielles et parallèles que l’on souhaitait voir intégrer les voies commerciales normales.

Se rapprocher du marché libyen 

Personne ne se soucie du devenir de nombre d’entreprises tunisiennes qui ont énormément investi dans le but de se rapprocher du marché libyen et d’accélérer le rythme des échanges. Les raisons importent peu. Ce dont il est question, c’est bien cette léthargie qui se saisit de tous les projets, que les lenteurs administratives rendent hypothétiques.

Le cas du port en eaux profondes d’Enfidha, pour y revenir, à l’effet de mettre en évidence la lenteur qui l’a précipité dans l’oubli, un Conseil ministériel l’avait décidé il y a… quinze ans.

La révolution de 2011 a faussé toutes les données, mais il n’en demeure pas moins que l’on a annoncé un regain d’intérêt pour ce projet et que l’on devait, incessamment, nous informer du nom de l’entreprise qui prendra en charge l’exécution.

On n’a encore rien dit à ce propos, et en sachant que tout renchérit, matériaux, main-d’œuvre, énergie, etc, ce projet est bien parti pour voir son coût devenir exorbitant. C’est la conséquence de ces retards enregistrés à divers niveaux.

Le train des réformes que l’on envisage et qui repose sur une approche globale et progressive, visant à réaliser la stabilité économique à court terme et à jeter les bases d’une croissance inclusive et durable, est important. 

Initié en octobre 2021, «le processus de réforme engagé par le gouvernement tunisien couvre la promulgation de la Loi de finances 2022, l’annonce en avril 2022 d’un premier lot de 43 mesures économiques urgentes, la mise en place d’un programme de stabilité économique et financière, l’élaboration d’un programme de réformes structurelles. Il couvrira également la mise en œuvre d’un plan de développement économique et social 2023-2025 et de la vision Tunisie 2035, lit-on de même source».    

Il est pourtant clair et en dépit des efforts que l’on fait, cela semble insuffisant. «L’administrite», qui étouffe hommes et projets, fait que tout ce qu’on projette marque le pas. 

Elles n’en finissent plus

Où en est le métro de Sfax, la liaison ferroviaire Gabès-Médenine, la délocalisation de l’usine de Gabés et la création d’une zone industrielle, au mieux, au stade des études qui n’en finissent plus. On compte d’après les estimations que plus d’une centaine de grands projets piétinent d’une manière ou d’une autre. 

Effets des dettes qui enlèvent une grande partie de la marge de manœuvre dont devrait disposer tout pays visant à encourager les investisseurs nationaux ou étrangers, ou poids des déficits écrasants qui poussent à remettre en question les priorités, c’est à voir, mais cela urge.

Les investisseurs s’impatientent et même s’ils accordent à la Tunisie un préjugé favorable, ils ne sauraient arpenter indéfiniment les couloirs, attendant une décision qui tarde à venir.

Indépendamment de cet aspect relatif aux grands projets, il y a ces dossiers brûlants relatifs aux problèmes qui se posent pour la protection de nos palmeraies, encore sous la menace du bayoudh, de la nouvelle maladie qui risque de décimer nos figues de Barbarie. L’absence de communication rend toute analyse démunie du sérieux qui devrait la caractériser.

Il y a des secteurs qui n’attendent pas. Les réunions, conférences et séances de travail entre responsables de haut niveau, qui se multiplient et les engagements que l’on prend au niveau bilatéral ou dans un cadre encore plus important, doivent être suivis d’effet.                

Monsieur Patrick Achi, Premier ministre ivoirien, a récemment déclaré à «La Presse» : «La Côte d’Ivoire est la porte d’entrée vers la sous-région Ouest-Africain». C’est dire que la balle est dans le camp des décideurs et des entrepreneurs tunisiens et qu’il ne suffit pas d’émettre des vœux pieux pour s’implanter dans ce pays ami, comme dans d’autres d’ailleurs, pour mettre en valeur les grandes possibilités dont nous disposons. 

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