Manifestations contre le chef de l’état:  Fragilisé, Kaïs Saïed fait face à une opposition encore plus fragile

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Interrogé à ce sujet par le journal La Presse, le journaliste et chroniqueur politique Sarhane Chikhaoui se montre sceptique quant à la capacité des opposants au Président de la République à renverser la donne. Le message des partis politiques aujourd’hui est surtout d’affirmer qu’ils ne sont pas morts.


Les oppositions à Kaïs Saïed, disjointes, ont manifesté le 14 janvier pour demander le départ du Chef de l’Etat et le rétablissement des institutions. Jamais aussi divisée, mais déterminée à venir à bout de ce qu’ils considèrent être le « système Kaïs Saïed », l’opposition donne de la voix.

Dans les rangs des manifestants qui ont bravé les interdictions des autorités, on estime que « les jours du Président à la tête de l’Etat sont comptés ». Devant un cordon sécuritaire impressionnant, à quelques encablures du ministère de l’Intérieur, Chaima Issa, porte-parole du Front de salut national, se tient debout sur une barrière, mégaphone à la main. « Hier c’était Ben Ali, aujourd’hui c’est Kaïs Saïed !», scande-t-elle à tue-tête ce slogan en référence à la manifestation du 14 janvier 2011 qui s’est soldée par le départ de l’ex-président.

Le front, qui considère que le 25 juillet est un « coup d’Etat » contre les institutions, demande entre autres l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. Pour eux, la légitimité du chef de l’Etat actuel a été consommée.

« Un pouvoir à bout de souffle »

« La crise financière dans laquelle se trouve la Tunisie et l’absence de solutions au plus haut sommet de l’Etat montrent que le régime installé par Kaïs Saïed est à bout de souffle », nous confie Sofiane, solidaire avec les manifestants mais regardant de loin ce qui se passe de l’autre bout de la rue.

Selon certains médias, ils seraient près de 10.000 personnes à manifester dans la capitale ce samedi, pour protester contre ce qu’ils considèrent être « la mainmise sur le pouvoir » par le Président de la République.

Pour beaucoup, la date du 14 janvier ne peut pas être une journée comme les autres, comme l’a souhaité et décidé le locataire de Carthage.

Une date qui symbolise la chute d’un système et le démarrage d’un processus démocratique en dents de scie.

À quelques mètres derrière eux, une autre mobilisation surprise, celle du parti Ettahrir, le parti religieux extrémiste qui revendique depuis sa création « le rétablissement du califat ». Interrogé par le journal La Presse, Ahmed Leteif, l’un des leaders du parti, ne se sent pas concerné par une manifestation contre la personne de Kaïs Saïed. « Nous souhaitons le départ de tous et la fin de la démocratie, pour installer un califat qui sera un rempart contre l’impérialisme et le diktat du Fonds monétaire international », nous dit-il.

Une opposition

morcelée

En ce 14 janvier 2023, l’opposition contre le Chef de l’Etat n’a jamais été aussi forte, mais n’a jamais été aussi divisée non plus. Entre les adversaires de Kaïs Saïed, ce n’est pas l’entente cordiale, bien au contraire. De profondes divergences politiques et idéologiques empêchent toute « convergence des luttes ».

Interrogé à ce sujet par le journal La Presse, le journaliste et chroniqueur politique Sarhane Chikhaoui se montre sceptique quant à la capacité des opposants au président de la République à renverser la donne. Le message des partis politiques aujourd’hui est surtout d’affirmer qu’ils ne sont pas morts.

« Dans son état actuel, l’opposition est incapable de changer les équilibres politiques parce que, d’abord, les manifestations contre le pouvoir sont caractérisées par une faible mobilisation populaire, explique-t-il. Ensuite, l’opposition s’est fragilisée par des luttes intestines, à l’instar du Front de salut, et l’impossibilité de concilier les partis d’opposition ».

Toujours est-il que l’opposition — ou plutôt les oppositions — espère avoir pu ouvrir une nouvelle brèche. Elle tentera de capitaliser sur des mini-victoires.

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