Chaque année à cause de la pollution : 9 millions de personnes meurent prématurément

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La doctrine du «croître aujourd’hui et dépolluer demain» chancelle face à la réalité des morts, des maladies et de la stagnation économique induites par la pollution.

La pollution tue, dégrade l’environnement, pèse sur les économies et aggrave la pauvreté. Voici, en quelques mots, le constat dressé par la Banque mondiale, dans un communiqué rendu public récemment sur son site web.

L’institution de Bretton Woods estime, en effet, que les dépenses de santé annuelles liées à la pollution atmosphérique se chiffreraient autour de 8,1 millions de dollars, soit l’équivalent de 6,1 % du PIB mondial.

Un enjeu de santé publique, économique et environnementale

«À Delhi, on enregistre régulièrement des niveaux de pollution atmosphérique parmi les plus élevés au monde, avec un impact économique massif pour la capitale indienne et ses 33 millions d’habitants. Les journées non travaillées et les frais médicaux entraînent une diminution du revenu des familles. Avec la baisse de productivité des travailleurs, les bénéfices des entreprises locales reculent. Par voie de conséquence, la ville et l’Etat collectent moins d’impôts, ce qui pèse sur l’exercice budgétaire ultérieur pour la construction et l’entretien des hôpitaux, des transports publics et des infrastructures, ainsi que pour d’autres services essentiels. En 2019, ce manque à gagner a représenté 1,08 % du PIB de l’Etat de Delhi », souligne le document.

Ainsi, outre ces répercussions économiques, la pollution provoque le décès prématuré de quelque 9 millions de personnes dans le monde chaque année, dont 7 millions sont imputables à la seule pollution de l’air. Pour donner un ordre de grandeur, le communiqué précise que ce chiffre vertigineux équivaut au nombre de victimes du Covid-19 depuis mars 2020. Et donc, les effets délétères de cette pollution sur la santé se chiffreraient à 8.100 milliards de dollars par an, soit 6,1 % du PIB mondial, entravant notre faculté à mener une vie productive.

Aujourd’hui, la pollution nuit à la compétitivité et à la croissance des économies. Demain, elle les condamnera. D’après l’Unicef et Pure Earth, la teneur en plomb dans le sang d’un enfant sur trois (soit près de 800 millions d’individus dans le monde) est égale ou supérieure à cinq microgrammes par décilitre. La présence de plomb compromet le développement neurologique de l’enfant et peut entraîner une mort prématurée.

Les ravages causés par la pollution ne se limitent pas à l’économie, ils affectent les écosystèmes desquels les populations pauvres tirent leur revenu, sapant toujours plus la capacité des communautés à s’extraire de la pauvreté.  L’air contaminé et d’autres formes de pollution provoquent des pluies acides, un fléau qui prend de l’ampleur en Asie. Ces précipitations qui altèrent les terres arables nuisent aux cultures. Les polluants organiques persistants (métaux lourds et autres polluants chimiques) qui se libèrent dans l’environnement pénètrent dans les chaînes alimentaires, impactant la salubrité des aliments et la sécurité alimentaire.

8 millions de tonnes de plastique déversées dans les océans

Sur terre comme en mer, la résilience des habitats et écosystèmes s’amenuise face au changement climatique, en raison des niveaux élevés de pollution. Celle causée par le plastique en est peut-être la manifestation la plus visible. L’évacuation anarchique des déchets plastiques tue la biodiversité et pollue la chaîne alimentaire. Chaque année, 8 millions de tonnes de plastique sont déversées dans les océans depuis les pays côtiers, un phénomène préjudiciable à la santé de nos océans et des espèces qu’ils abritent.  C’est l’équivalent, selon National Geographic, de cinq sacs poubelles remplis de déchets placés tous les 30 cm le long des côtes du monde entier !

Les effets cumulés de la pollution mènent à une crise mondiale. Les économies linéaires d’aujourd’hui ont trop longtemps disjoint l’effet bénéfique du commerce et de l’industrialisation des dégradations qui en résultent. La doctrine du «croître aujourd’hui et dépolluer demain» chancelle face à la réalité des morts, des maladies et de la stagnation économique induites par la pollution. Parce qu’il en va de la santé des économies aujourd’hui et des fondements économiques de demain, l’inaction n’est plus une option. Voilà pourquoi la Banque mondiale s’emploie à dépolluer aujourd’hui, tout en aidant les villes et les pays à bâtir un monde moins polluant et sobre en carbone, où un air, une eau et des terres plus propres poseront les bases d’un développement économique vert, résilient et inclusif.

Quatre axes d’intervention

Face à cette situation, l’action de la BM contre la pollution s’articule autour de quatre axes d’intervention pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, assainir les cours d’eau et les sols et développer des économies vertes. Il s’agit d’élaborer des politiques énergiques qui intègrent le coût de la pollution et incitent au recours à des technologies et des modèles commerciaux circulaires plus propres. Il est aussi question de consolider les capacités pour la mise en place d’institutions crédibles, notamment des ministères de l’Environnement plus efficaces, mieux à même de relever des défis écologiques grandissants et d’exploiter les nouvelles perspectives offertes par l’économie circulaire. Troisièmement, il faut construire les équipements publics nécessaires au déploiement de stratégies d’économie circulaire, notamment en renforçant l’architecture numérique du pays, en verdissant les transports publics et en investissant dans des solutions fondées sur la nature. Finalement mais pas moins important, la BM plaide pour débloquer des financements publics et privés, par une réaffectation des subventions, un appui à l’écosystème financier des PME et une mobilisation de financements publics internationaux et de capitaux privés.

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