Projets inachevés, projets bloqués : Le suivi, un talon d’Achille

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Il fut un temps où on savait où aller, avec des «plans quinquennaux», qui avaient le privilège de mobiliser toutes les parties prenantes. De nos jours, il n’y a ni plans ni réalisations !

Dans un certain nombre de départements, on a enregistré, ces derniers jours, une curieuse bougeotte avec des déclarations qui tranchent avec le calme auquel on s’est habitué. Est-ce l’effet des rumeurs rapportant qu’il y a des remaniements dans l’air ? Peut-être. Toujours est-il, qu’à l’issue de ces réunions, de longs communiqués annonçant des «décisions» prises au sein d’un ministère ou un accord entre deux départements, pour améliorer la gestion d’un secteur donné, viennent enrichir la «boîte à idées» qui n’en finit pas de recevoir des promesses, dont la concrétisation demeure le grand point d’interrogation.D’ailleurs, ces «projets»,  personne n’a jamais su de quelle manière ils allaient être réalisés. Avec quel budget, quels moyens, en quelle année, de quelle manière les obstacles fonciers ou autres allaient être surmontés, qui est responsable, qui est chargé d’assurer le suivi pour leur réussite. Personne n’en parle et, dans ces conditions, le doute est permis quant au sérieux et à la faisabilité, surtout que les conditions financières du pays sont au plus mal. Un objectif sans plan se limite à être un vœu pieux. Tout ce qui précède tranche avec ce qu‘affirment   ceux qui ont pioché dans la longue liste  des projets budgétisés et dont l’enveloppe réservée est encore disponible mais dont la concrétisation, faute de suivi,  est renvoyée à des dates indéterminées.

Des secteurs vitaux

Cette question de suivi se pose d’ailleurs  au niveau de presque tous les départements et elle est la cause de tous les retards que l’on enregistre, avec des conséquences qui faussent toute programmation et est accentuée par le poids du chômage qui ronge le pays. Il fut un temps où on savait où aller, avec des «plans quinquennaux» qui avaient le privilège de mobiliser toutes les parties prenantes, tout en fixant les tâches des uns et des autres. Le ministère concerné, en véritable maître d’œuvre, veillait au grain et c’est de cette manière que nous avons mené à bon port tous  les projets qui ont consolidé bien des secteurs vitaux pour le pays.

En l’absence de cet organe d’animation chargé de se projeter sur l’avenir tout en prenant en considération les moyens propres et les éventuelles aides étrangères, tout s’est figé depuis un bon bout de temps. Cela n’est donc pas nouveau que l’on se retrouve avec des projets fantômes ou des programmes pour lesquels on a dépensé un argent fou pour en assurer l’étude, mais que l’on sera obligé de reprendre pour les remettre à jour une fois qu’on s’en souviendra. Les hauts responsables qui ont visité un certain nombre de régions, ou qui ont eu l’occasion de lever le voile (dépoussiéré) sur des projets prévus et non concrétisés ou même entamés, ont carrément annoncé qu’ils avaient découvert que des «projets ficelés et dont le budget est disponible n’ont pas été mis en chantier».

Cela ne durera pas

Les raisons ? Ce n’est point un secret, étant donné les lourdeurs administratives qui persistent en dépit de ce qu’on veut bien nous faire croire. Cet esprit tatillon et cette nonchalance qui tuent à petit feu toute initiative et bloquent toute volonté de s’engager pour mettre en marche des projets qui auraient pu déclencher une reprise en main  économique de toute une région sont encore vivaces.

Les retards de mise en exécution remontent parfois à des années. Et n’étaient les rappels et l’insistance d’un certain nombre de parties prenantes au niveau régional qui y voient un moyen  de relancer l’activité économique, nombre d’entre eux auraient poursuivi leur séjour au fond d’une vulgaire  boîte à archives.

C’est la raison pour laquelle bien des hommes d’affaires ou d’entrepreneurs hésitent à se lancer : «Franchement, la situation du pays n’est pas resplendissante.

Mais nous savons tous que cela ne durera pas. Nous allons nous en sortir», nous assura un des patrons d’une entreprise de travaux publics et de construction, que nous avions rencontré sur le bas-côté d’une route en pleine discussion avec un groupe de ses agents.

Tout en parlant, il surveillait du coin de l’œil un mécanicien qui dépannait un tracteur chargé de remblai. Il poursuivit avec une certaine assurance : «Cette crise a, au moins, servi à quelque chose pour notre secteur. Ceux qui pensaient qu’il leur suffisait de se faire piloter et recommander pour avoir des prêts bancaires, acheter du matériel  et se lancer dans notre domaine ont fini par baisser les bras.

Les augmentations de la main-d’œuvre, du carburant, du fer, des produits rouges ou de carrière, sont insupportables pour ceux qui pensaient que c’était facile.

Certains d’entre eux cherchent maintenant à liquider leurs entreprises et se tourner vers autre chose. De nos jours, il  faut avoir les reins solides pour pouvoir tenir le coup et attendre des jours meilleurs».

Que cela se stabilise

A propos des retards que l’on enregistre ça et là, il semble sûr de lui en nous donnant, sans hésitation aucune,  une réponse  qui en dit long sur le marasme et ses origines : «Bien des responsables, de hauts responsables,  hésitent à lancer des projets pourtant budgétisés, de peur des traquenards qui guettent à la faveur d’une situation politique difficile. Certains d’entre eux ont…peur de signer ! Une fois que tout sera stabilisé, que chacun se sente réellement responsable et qu’il est là pour un bon bout de temps, on ira plus vite ». Indépendamment, de cet aspect, au niveau de bien des départements, l’absence totale de suivi, fait que l’on découvre ces projets relégués aux oubliettes, avec beaucoup de retard. Cela se traduit par des répercussions sociales d’abord, économiques ensuite, dangereuses pour le prestige de l’Etat qui se retrouve en porte-à- faux vis à vis de ceux qui attendaient la concrétisation des projets adoptés, pour atténuer les effets du chômage à tous les niveaux et  donner ainsi du travail aux jeunes afin de leur éviter un déracinement douloureux. Dans les cas extrêmes, beaucoup d’entre eux n’hésitent plus à tenter la traversée de la Méditerranée, au risque de perdre leur vie, faute de travail dans leur région ou sur les chantiers de la capitale qu’ils rejoignent, mais qui  se trouvent concurrencés par la présence d’une main-d’œuvre bon marché constituée par des réfugiés qui se contentent de peu. Là se posent d’autres problèmes. La régularisation de la situation, en termes d’assurances et de Cnss, est une épée de Damoclès qui guette. Avec les résolutions prises pour garantir les droits des caisses et être à l’abri des accidents qui pourraient coûter très cher, les chantiers ne sont pas toujours pourvus en personnel suffisant, que nous sommes obligés, souvent,  de former sur le tas, faute de mieux. Notre personnel spécialisé dans le ferraillage par exemple, nos carreleurs, nos contremaîtres sont au nombre de ceux qui partent pour l’étranger, où ils ont de meilleures situations. Il n’y a pas que les médecins et les ingénieurs qui partent… ».

A méditer….

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