La culture, encore et toujours

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Editorial La Presse

 

Clap de fin pour le festival de la chanson tunisienne dimanche 12 mars. Au milieu de ce marasme général, le festival a su scintiller de mille feux, a su créer l’événement dans une actualité morose, a su faire le bonheur des mélomanes et du grand public. Le festival de la chanson 2023 a montré, preuve à l’appui, que les Tunisiens peuvent faire de grandes et belles choses.

La 21e édition est celle des retrouvailles, des hommages aux anciens qui ont fait la gloire de la chanson tunisienne. Elle est également celle du renouvellement. Une soirée a été dédiée aux jeunes générations et aux nouveaux genres musicaux. Belle initiative. Celui qui ne se renouvelle pas est voué à l’oubli et, in fine, à la disparition.

L’Orchestre national tunisien de musique a été le point fort de cette belle épopée musicale que l’élégant théâtre de l’opéra a abritée, sur une scène embellie par des effets de lumière époustouflants. L’organisation a été, pour l’ensemble, maîtrisée.

Mais, tout n’est pas parfait pour ce festival de la chanson, lequel, avec à son actif 20 éditions passées, a dû atteindre l’âge de raison. Or, des paupières alourdies par le maquillage de certaines cantatrices qui ne parvenaient même pas à ouvrir les yeux et regarder le public, aux costumes mal portés, parce que serrés ou froissés, passant par les fils des oreillettes et des micros qui pendouillaient de tous côtés. Des détails qui nous paraissent importants à relever pour continuer à suivre le chemin de l’exigence. 

Le point carrément négatif, à notre avis, revient à l’animation. La plupart des présentateurs et présentatrices n’ont pas su trouver ni la bonne posture ni le bon ton. On veut s’adresser au public avec une voix affirmée et on hurle, on veut faire de l’improvisation, quitte à chanter et faire des blagues, et on passe à côté, on veut paraître spontané et léger et ça donne l’effet contraire. Or, du texte à la voix, à l’élocution, à la gestuelle, au regard, tout doit être préparé à l’avance, rien n’est laissé au hasard. Présenter un festival de musique, et qui plus est transmis en direct à la télévision, ne s’improvise pas. C’est un métier.

Mais encore, certains chanteurs et chanteuses, avant leur prestation, après, ou au milieu, se sont adressés au public. L’exercice n’a pas été un succès pour tous, non plus. Ils ont remercié leurs proches, les amis et les mentors, ensuite ils se sont mis à raconter leur vie. C’était long et lourd. Ont-ils été coachés à l’avance ? Ou bien étaient-ils livrés à eux-mêmes ?  En tout cas, c’est l’impression qu’ils donnent. Pour ce qui est du contenu, on ne dévoile pas un secret en disant que certains professionnels ne sont pas satisfaits du choix des chansons en lice, ni de quelques candidats, estimant qu’ils n’avaient pas leur place au festival.

Malgré tous les points que nous venons d’énumérer, le festival de la chanson tunisienne est un succès et l’édition 21 est un tournant qu’il faut savoir optimiser dans le futur. A ce titre, nous remercions vivement les organisateurs, ainsi que le maître d’œuvre, le ministère de la Culture. Il est des fondamentaux qui participent à la renaissance d’une nation : le travail, l’application de la loi, le respect des libertés et la culture, encore et toujours.

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