Libérons les élans

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Editorial La Presse

 

POUR définir le rôle du journaliste, on peut évoquer les plus belles formules. Nous en avons opté pour la plus simple : le journaliste est chargé de savoir ce qu’il se passe et d’informer les gens. Entre ces deux actions, s’informer et informer, se concentrent les splendeurs et misères des journalistes.    

Force est de constater que quelle que soit la nature du régime politique, en démocratie installée comme en dictature, les journalistes ne sont pas appréciés. On nourrit même à leur encontre de la défiance, quand ce n’est pas carrément de la détestation.

En Tunisie, depuis 12 ans, plusieurs systèmes politiques se sont succédé. Les journalistes demeurent invariablement la bête noire de presque tout le monde. Mis à part au cours de l’intervalle succédant au jaillissement révolutionnaire et augurant une belle promesse démocratique. Progressivement, les vieux réflexes sont remontés à la surface, accompagnés d’un corporatisme exacerbé.

Les avocats, les médecins, les politiques, les corps de la police et de l’armée, les syndicats attaquent régulièrement les médias et intentent des procès à tout -va. Les chefs d’accusation sont presque toujours les mêmes : diffamation, propagation de fausses informations, outrage à personne dépositaire de l’autorité publique…

Ces derniers temps, les actions en justice se sont multipliées pour toucher à l’essence même du métier. Un journaliste écope de 5 ans de prison en appel, pour avoir refusé de révéler ses sources. Or, la Charte d’éthique mondiale de la Fédération internationale des journalistes adoptée lors de son 30e congrès mondial tenu, justement, à Tunis, le 12 juin 2019, vient compléter le Code de principes de la FIJ sur la conduite des journalistes, publié en 1954.

Cette Charte repose sur des textes fondateurs du droit international, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle comprend un Préambule et 16 articles et précise les droits et les devoirs des journalistes spécialement en matière d’éthique. Le point 7 nous intéresse particulièrement. Il stipule que « le/la journaliste gardera le secret professionnel concernant la source des informations obtenues confidentiellement. »

Protégés par les chartes et lois internationales et nationales, les journalistes sont donc chargés de rassembler des informations, de présenter des faits qui contribuent à faire l’actualité et à informer le public et de les commenter. Dans différents formats ; support papier, audiovisuel, digital. Et de styles, l’humour en est un parmi d’autres. Le journalisme sarcastique est devenu un genre à part qui connaît, partout dans le monde, un grand succès.

Vouloir priver les journalistes, les chroniqueurs, d’écrire, de dire ce qu’ils pensent, donc de travailler. Tenter de réduire au silence ces voix critiques et dissonantes ne rend service à personne et encore moins aux gouvernants. Sans parler de l’impact nuisible sur l’humeur du pays, sur le moral des Tunisiens et sur les élans créateurs dans tous les domaines. Un pays qui vit sous une chape de plomb est mortellement triste et définitivement figé.

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