Violence dans les espaces publics à Kairouan : Plus qu’un fait divers, un phénomène !

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A Kairouan, la violence sous toutes ses formes, le nombre croissant des délits de droit commun, les braquages, les vols à la tire au grand jour et les agressions à l’encontre des femmes et des enfants vont crescendo. Et la liste des victimes s’allonge de jour en jour.

Ces atrocités commises à répétition mettent en péril la quiétude de la population. Même l’institution éducative n’est pas épargnée par ce triste phénomène puisque les élèves et le cadre enseignant et administratif sont fréquemment confrontés à toutes sortes de dérives et de dérapages.

D’ailleurs, il y a quelques jours, soit le jeudi 1er juin, un incident tragique a eu lieu au sein du collège Beït El Hikma (Kairouan-Sud) lorsqu’un élève a voulu mettre le feu au directeur et au surveillant général et a tenté en même temps de s’immoler par le feu, aidé en cela par son camarade qui lui a donné un briquet. Et n’eût été le courage de la surveillante et de quelques cadres administratifs, on aurait enregistré des décès. Le lendemain, ces deux élèves indignes ont été arrêtés.

Notons que leur acte atroce est dû au fait que l’un d’eux vient d’être renvoyé par le conseil de discipline. Il va sans dire que les cours ont été suspendus au collège suite à la protestation des élèves qui ont jeté des pierres sur l’établissement et mis les poubelles devant son portail. Et les alentours ont connu une importante présence sécuritaire, ce qui a fait fuir tous les badauds.

Madame Cyrine, enseignante âgée de 53 ans, nous exprime son angoisse : «La violence gagne du terrain dans la plupart des collèges et des lycées qui connaissent des incidents très inquiétants puisque l’on assiste à de graves atteintes à la sécurité des élèves et des enseignants et à leur intégrité physique. Chaque fois que je termine ma journée au collège et que je rentre chez moi saine et sauve, je m’estime heureuse de ne pas avoir subi de violence, mais je pense au lendemain avec inquiétude…». Par ailleurs, le 15 mai dernier, une dispute entre élèves a eu lieu devant le lycée Ibn Rachik, ce qui a nécessité la présence des forces de sécurité qui ont pu disperser les élèves. Néanmoins, l’un d’eux, âgé de 16 ans, a été arrêté pendant deux semaines à cause de son altercation avec des policiers. Assisté par un avocat, l’élève a fini par être relâché, mais a raté tous ses devoirs de synthèse de fin d’année…

Décès accidentel d’un écolier au collège

L’après-midi du 1er mai dernier a été dramatique, où un jeune écolier, Ammar Brahmi, âgé de 7 ans et inscrit en 2e année primaire, a été blessé gravement à la tête, suite à la chute de la barre de la cage, alors qu’il jouait au ballon avec ses copains, au sein du collège El Messaïd (délégation d’El Ala), et ce, sans la présence de gardiens ou d’ouvriers. L’on se demande ce que font des élèves du primaire dans un collège ? Tout simplement parce qu’il n’y a aucun terrain de quartier dans leur village, ce qui les oblige à investir le stade du collège pour y jouer au foot. Malheureusement, le jeune Ammar a subi une hémorragie interne et est décédé à cause de l’éloignement de l’hôpital d’El Ala.

Notons que cela fait plus de quatre fois que cette barre a chuté sur des élèves qui ont été obligés de subir des points de suture…A côté de cela, on a enregistré, au cours des derniers mois, beaucoup d’incivilités au sein des établissements scolaires et sanitaires et cette courbe ascendante est liée d’une part à l’explosion de l’usage de psychotropes, d’autre part au fait que les auteurs des agressions les plus inqualifiables agissent en toute tranquillité, en étant sûrs qu’il existe des activistes et des magistrats pour leur concéder des circonstances atténuantes.

Cellules d’écoute, réveillez-vous !

Activiste de la société civile, Radhouen Fatnassi nous confie dans ce contexte : «L’absence de valeurs sociales et morales, le manque de liens solides, l’échec scolaire, la misère sociale et un pays presque ingouvernable et à forte stagnation économique favorisent ces comportements trop violents. En outre, le taux des écoles et des lycées où il existe des cellules d’écoute est très faible. Rares sont les cellules qui font preuve de dynamisme en protégeant les adolescents contre la délinquance et le mal-être, et ce, en leur donnant l’occasion d’exprimer leurs problèmes personnels». Et d’ajouter que de tels délits commis par des adolescents nous interpellent et nous incitent à traiter la violence en milieu scolaire dans tous ses états.

D’autant plus, «l’adolescence est une période de la vie extrêmement importante pour la construction de la personnalité. Malheureusement, parfois, elle se fait dans la douleur et la souffrance. En outre, cette période peut durer beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit en raison d’une scolarité longue et difficile, et de difficultés à trouver du travail. Dans ce cas, il est important que les adolescents trouvent un soutien continu et un accompagnement des parents et de l’institution éducative. D’où l’importance de la cohésion familiale dans cet accompagnement…», a-t-il plaidé.

Les femmes victimes de violence

L’agressivité de l’époux à l’égard de son épouse est aggravée par le chômage, la pauvreté, la drogue et la peur d’un avenir incertain. C’est ce qui explique les cas alarmants de beaucoup de femmes dans le gouvernorat de Kairouan, qui ont subi des scènes de maltraitance provoquées par leurs époux. Beaucoup ont reçu des coups de poing, ont perdu un œil, ont été blessées et traumatisées moralement et physiquement. Et rares sont celles qui osent porter plainte par peur du «Qu’en dira-t-on ?» ou par crainte d’être maltraitées au poste de police. D’ailleurs, l’une d’entre elles a trouvé la mort après avoir été étranglée par son mari.

Tout cela explique le recours souvent au divorce avec tout ce que cela engendre de dépenses matérielles et de dégâts sur le plan moral aux enfants, outre le fait que la femme se trouve du jour au lendemain sans foyer ou logement et sans soutien social et moral.

Halte aux escrocs !

Décidément, les arnaqueurs innovent de plus en plus pour semer la panique au sein de la population et pour lui voler ses biens. Ce qui s’est passé récemment dans un petit village situé dans la délégation de Bouhajla nous laisse pantois. En effet, deux hommes, aussi élégants et beaux parleurs soient-ils, ayant l’imagination fertile, ont arrêté leur véhicule devant la maison d’une vieille femme, âgée de 75 ans, et dont le mari et les enfants étaient en train de procéder à la cueillette des fruits dans des champs agricoles loin du domicile familial. Prétextant être des représentants commerciaux d’une grande société d’équipements, ils ont affirmé qu’ils pourront lui vendre un réfrigérateur, une télévision, un four et beaucoup de vaisselle à des prix très intéressants à payer par tranches. Et devant son refus d’acheter quoi que ce soit, vu que son domicile était très bien équipé, ils lui ont arraché ses anneaux et cinq khomsas en or qui ornaient sa mélia avant de prendre la fuite à bord de leur véhicule, laissant la vieille femme dans un état semi-comateux.

Ainsi, même les campagnes, où on vivait en paix et en sécurité, sont devenues de nos jours invivables à cause des braquages et des vols en plein jour.

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