Nos jeunes : Aide-toi le ciel t’aidera

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Pour ceux qui ont cru en l’investissement dans la matière grise de nos jeunes, ce n’est point une surprise.

Il est quand même curieux, si ce n’est pas malheureux, de constater que certains milieux ne cherchent qu’à présenter une idée négative de notre jeunesse. Cet « effort » destructif, malintentionné et politiquement soufflé par ceux qui tiennent à donner de la Tunisie une image sur laquelle se fixent toutes les parties qui nous guettent, tient de l’obsession.

Cela ressemble à ce qui se passe en sport, les « grands » pays n’acceptent pas qu’une population de douze millions d’habitants puisse fournir des champions du monde ou olympiques, dans presque toutes les disciplines sportives, surtout les plus difficiles. Que ses techniciens soient sollicités un peu partout et parfois dans de lointaines contrées où ils sont devenus de véritables pionniers qui ont tout fait et organisé.

En sciences exactes, les nominations, promotions, et succès, les découvertes et les initiatives novatrices, mettent quotidiennement en valeur des Tunisiennes et des Tunisiens. Les médias étrangers en rendent compte régulièrement.

Pour ceux qui ont cru en l’investissement dans la matière grise de nos jeunes, ce n’est point une surprise.

Nos jeunes valent beaucoup mieux

Il ne s’agit pas de jeter des fleurs et de se gargariser de mots qui font claquer les langues, mais de reconnaître que nos jeunes valent mieux, beaucoup mieux que ces images manipulées par Photoshop et qui les montrent avec des pierres, des molotovs ou derrière une barricade de pierres construites sur une voie ferrée, sous la dictée de provocateurs professionnels.

À l’occasion d’une cérémonie de mariage organisée dans une municipalité, le buffet dressé à la sortie était bien garni. De très beaux (et très bons) gâteaux typiquement tunisiens étaient là. Les mimiques de ceux qui y ont gouté signifiaient que l’on est bien tenté d’en prendre davantage. Au fond, un petit groupe s’était formé autour de trois jeunes filles.

Curiosité oblige, nous avons suivi le mouvement et écouté ce qui se disait : on félicitait tout simplement ces filles pour les gâteaux qu’elles ont « fabriqués » de leurs propres mains.

Vacances studieuses

Celle qui semblait l’aînée du groupe, nous a précisé « qu’à l’occasion des vacances, elles se retrouvaient pour gagner de l’argent de poche et avoir de quoi s’assurer les frais de la rentrée scolaire. Nous prenons les commandes et nous nous rendons dans les maisons des familles des futurs mariés pour faire le travail. Nous avons deux fours électriques et le reste de notre matériel de travail. Nous nous faisons payer pour le travail que nous effectuons, mais cela n’a rien à voir avec les prix de ces gâteaux traditionnels que l’on pratique un peu partout. Le prix du kilo revient à moins d’un tiers des prix pratiqués ».

Ces filles sont de Testour. Et cela nous a donné l’idée de fouiner dans les réseaux sociaux. Elles ne sont pas les seules.

D’autres filles et garçons offrent leurs services pour fabriquer des objets artisanaux à vendre aux touristes, d’autres viennent pour laver des voitures à domicile, d’autres encore vous assurent du couscous et dérivés pour l’année avec, en sus, une qualité assurée et une propreté dont vous êtes témoin.

“Pour aider nos parents, nous nous rendons, mon frère et moi, chez des particuliers pour laver et nettoyer les voitures. Nous avons un aspirateur, une rallonge, des sceaux et des éponges et chamoisines. Le lavage à grande eau étant strictement interdit par cette sécheresse qui sévit, nous faisons le travail et nous demandons presque la moitié de ce qui est exigé par les kiosques”.

Quant aux fabricants de bijoux artisanaux, leur histoire mérite d’être racontée. C’est un groupe de jeunes qui reçoit des commandes par internet. Celui que nous avons contacté opère du côté du Bardo.

Trop de papiers

« Celui qui est chef de groupe a été formé par le Centre artisanal du Denden. Il est strict au niveau de la qualité des matériaux que nous utilisons. Les motifs, il les a dans un catalogue qui ne le quitte jamais. Nous avons bien travaillé cette saison. Les touristes sont venus en grand nombre et les commandes, nous avons de la peine pour les satisfaire. Ce sont les  régions de Hammamet et de Sousse qui tiennent la rampe».

A.M. possède un diplôme délivré par un centre de formation. C’est lui qui a eu l’idée de créer ce groupe de travail: «Il y a mon frère qui a quitté l’école à la suite des grèves et des arrêts de travail des professeurs. Il n’arrivait pas à suivre. Nous ne pouvons pas, faute de moyens, lui assurer des cours particuliers pour se rattraper. Il a fini par quitter et le voir fréquenter des personnes peu recommandables m’a donné cette idée. J’ai engagé un jeune qui a fréquenté le Centre de formation et à trois, nous avons lancé ce groupe qui nous permet de gagner modestement notre vie. Je n’ai pas ouvert de magasin pour éviter les frais de patente et autres complications. Ils demandent trop de papiers».

Travail à domicile

Maintenant que cela marche, j’essaierai de réinscrire mon frère à l’école pour qu’il reprenne ses études. C’est un bon élève et il est capable de réussir. Sinon, il ira apprendre un métier ».

La jeune Sabiha est une fille qui en vaut dix. Elle sait, en dépit de son jeune âge, faire du couscous, de la mhamsa, hlalem, nouasser  et autres spécialités que nos aïeuls confectionnaient en été pour en consommer toute l’année. Avec deux autres filles, elles se déplacent pour faire le travail. Il y a toujours un membre de la famille qui les accompagne et les aide, surtout pour les dosages : «Par les temps qu’il fait, on est en train de revenir à nos bonnes vieilles traditions. Ces provisions ont l’avantage de sécuriser les familles et constituent des alternatives aux problèmes que nous vivons. Beaucoup de familles y reviennent et notre seul problème se limite à la rupture des stocks qui finira par être réglée. Croyez-moi, c’est du sérieux. Les gens l’ont fait, l’an dernier, par curiosité ou par imitation. Ils sont beaucoup plus convaincus cette année ».

Voilà quelques… exemples de jeunes Tunisiennes et Tunisiens dont on ne parle pas. Parce que cela leur f… le complexe.  Ils s’ajoutent à la longue liste de celles et ceux qui ont maîtrisé d’autres secteurs comme l’aviation, l’automobile, les TIC, la médecine, les robots, les drones et bien d’autres domaines.

Ces jeunes ont appris à compter sur eux-mêmes et n’attendent rien de l’État qui les a éduqués, protégés et soignés pour qu’ils atteignent l’âge où on ne doit absolument  pas compter sur  les miracles.

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