Kairouan | Artisanat du cuivre : Un savoir-faire en perdition

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Plusieurs artisans ont abandonné le travail du cuivre à cause de sa pénibilité et parce qu’il est peu rentable

On compte à Kairouan plus de 28.000 artisans opérant dans différentes spécialités, tels  le tissage, le damasquinage, la pâtisserie, la ferronnerie d’art, le bois, l’argenterie,  etc. Et l’émulation entre les artisans contribue à la dynamisation de la créativité artistique; outre le fait que l’esprit créatif des artisans révèle un souci constant de répondre aux exigences de la modernité tout en respectant l’authenticité du patrimoine.

Notons que les activités artisanales salissantes sont placées à l’extérieur des remparts tels que les forgerons, les étameurs et les chaudronniers. Alors qu’au sein de la Médina, dans les vieux souks, on trouve différentes branches d’activité : souk de la laine, des tisserands, des tapis, du cuir, des teinturiers, et des bijoutiers. Et parmi les articles très prisés, figurent les articles en cuivre que l’on peut commander et acheter dans la rue Ennhaïcia où une quinzaine de boutiques (contre 37 dans les années 80-96 et 100 dans les années 60) sont gérées par des artisans compétents et attachés aux anciennes techniques artisanales.

Quant aux autres, ils ont préféré se reconvertir dans d’autres métiers telle la fabrication d’articles en fer forgé, et ce, à cause de leur incapacité à exercer une activité pénible et qui rapporte très peu d’argent.

Un métier qui ne séduit plus

En effet, la cherté et la rareté de la matière première sont les principaux problèmes soulevés par plusieurs artisans.

Devant sa modeste boutique, Ali essaye de convaincre deux jeunes dames pour acheter une marmite en cuivre à 80D, mais après un long marchandage, il a fini par la vendre à 75D. «Des scènes pareilles se répètent presque tous les jours», déclare l’artisan en nous expliquant que la cherté de la matière première rend les produits inaccessibles aux consommateurs. «En effet, les prix sont passés du simple au double en quelques années. C’est une crise qui frappe de plein fouet le secteur. Et puis, il y a un autre problème, celui des intermédiaires et des intrus qui achètent à prix bas ces produits artisanaux pour les vendre ensuite dans leurs magasins de luxe à des prix exorbitants. Enfin, cette activité, qui n’est plus aussi séduisante pour les nouvelles générations, est de plus en plus délaissée car elle est fatigante, salissante et exige plusieurs équipements et outils pour procéder à des opérations délicates tels que le calibrage, le martelage, le roulage, etc. Personnellement, j’ai pensé à transmettre mon savoir-faire à mes enfants… en vain». Notons que c’est au XVIIIe siècle que l’artisanat du cuivre a connu son âge d’or notamment à Kariouan, Sfax et Tunis. Puis, au fil des décennies et suite à l’expansion de l’inox, de l’aluminium, verre et autres matériaux, les citoyens ont remplacé le cuivre par ces nouveaux matériaux, moins chers et nécessitant moins d’entretien.

Sahbo Raïss propriétaire de deux boutiques, l’une à Nhaïcia pour la fabrication des articles en cuivre et l’autre au sein de la Médina où il vend du cuivre martelé pour la décoration, du cuivre rouge et du cuivre martelé nous confie  : «En dépit des progrès, je préfère laisser de côté l’outillage compliqué de l’industrie moderne et je suis les règles primitives avec de simples instruments à main. En fait, je suis heureux de créer et d’être utile dans ce métier que j’ai appris de mon père et de mon grand-père. Le plus gros de notre métier consiste à préparer le trousseau de la mariée, mais aussi des articles d’ornements tels que les plateaux, les théières, les lampes, les bonbonnières, les lanternes, etc.

Malheureusement, il y a une baisse de notre chiffre d’affaires. Ainsi, nos clients sont des jeunes fiancés désireux d’offrir à leurs dulcinées le moussem du Mouled ou de l’Aïd, composé d’articles en cuivre… Avant, on déboursait 500D pour acheter le trousseau de la mariée. Aujourd’hui on n’achète plus la totalité des récipients et on se contente, en général, du couscoussier, de casseroles, de plateaux, de fait-tout et de chaudrons qui pèsent entre 20 et 25 kilos… Si on désire tout acheter pour la future mariée, on est obligé de payer  2.000D».

Notons qu’un certain nombre de maître artisans ont proposé, à plusieurs reprises, aux différents responsables de former dans leur domaine  des jeunes sans emploi… En vain, rien n’a été fait pour sauver le secteur du cuivre d’une mort lente et inéluctable…

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