Kairouan : Entre légendes et réalités

678

 

«Peu importe l’œil avec lequel on considère les légendes. Peu importe le jugement que l’on émet sur elles. Moi, je ne les remettrais pas en question…»

Tacite,  historien latin (55-120 après J.-C.)

Kairouan était trop paisible par le passé jusqu’à une époque où calme et réflexion ont fini par céder la place à l’empressement, à la poursuite du succès et du savoir technologique.

Il va sans dire que le niveau culturel de ses habitants s’est quelque peu estompée mais cela ne modifie en rien leur caractère fondamental : pieux et attachés à leurs anciennes coutumes. Quant à cette sorte de méfiance dont ils font preuve parfois envers ce qui est, à leur goût, trop moderne, il faut le considérer comme un avantage à cette époque moderne où l’on a tendance à oublier facilement tradition et patriotisme. Kairouan n’est certes pas l’exception qui confirme la règle, toutefois elle garde parfaitement conscience des obligations qui entraînent l’attachement aux coutumes ancestrales et aux mythes qui se sont greffés à l’histoire de la ville et demeurent ancrés dans les esprits. En fait, cette ville, où le traditionnel et le moderne cohabitent en une merveilleuse harmonie, n’est, selon certains citoyens, ni légende ni réalité. Elle est les deux ou plutôt entre les deux.

D’ailleurs, beaucoup de ses habitants croient jusqu’à nos jours à certaines légendes dont celle du fait de dire que sept visites à Kairouan équivalent à un pèlerinage à La Mecque. Par ailleurs, selon la légende, celui qui boit de l’eau de Barrouta est assuré de revenir un jour ou l’autre à Kairouan car son puits communique avec celui de Zemzem dans la ville sainte de La Mecque. Rappelons que l’édifice de Bir Barrouta est signalé par la présence d’une coupole. Si le puits a été foré en 796, la coupole qui le recouvre, elle, date du XVIIe siècle. Quant à l’eau, elle est remontée du puits par une noria actionnée par un chameau aux yeux bandés, qui fait partie des grandes attractions touristiques de la Médina de Kairouan.

Sidi Amor Abada

Sidi Amor Abada, marabout qui a vécu entre le XVIIe et le XIXe siècle, était originaire de Makthar où il était berger. Sidi Amor raconte, à en croire les gens trop âgés de Kairouan, que cherchant un jour une brebis à son maître il se trouva soudain à Tunis. Et à Tunis, envoyé par son patron pour une course, il se rendit compte qu’il était à Kairouan. Il n’a ainsi ni voyagé, ni peiné pour aller de Makthar à Tunis, puis à Kairouan. C’est par miracle que ceci a eu lieu !

Autre fait, autre légende. Sur ordre de son médecin, en 876, le monarque aghlabide, Ibrahim II, a fait une marche à pied afin d’être guéri de l’insomnie. En arrivant à un certain endroit qui s’appelle aujourd’hui Raqqada «l’endormeuse», il eut envie de dormir. Ce site est devenu, depuis, la demeure préférée des monarques en quête de repos. On raconte, par ailleurs, que lors du décès de sa grand-mère, en l’an 411 de l’hégire, l’Emir Moez Ibn Badis Essanhaji a fait fabriquer pour elle un cercueil en bois importé d’Inde et incrusté de perles et décoré de plaques en or et de 21 colliers en pierres précieuses. La défunte a été inhumée dans un cimetière à Mahdia. La légende raconte, par ailleurs, que 400 femmes constituaient le harem de Youssef Belkhir, le prince Sanhaji, et qu’en une seule journée on lui a annoncé la naissance de 17 bébés.

On raconte aussi que Abdallah (Alias Abou Zamaâ El Balaoui), originaire de la péninsule arabique et compagnon du prophète, a reçu, lors du sermon d’adieu de ce dernier, trois poils provenant de sa barbe qu’il a précieusement gardé jusqu’à sa mort. On raconte qu’il a demandé de son vivant, qu’ils soient enterrés avec lui, sur la langue et les deux autres sur les yeux, ce qui fut fait…

Quoi qu’il en soit, il est vrai que ces récits qui relèvent de l’imagination explicitent et enrichissent l’histoire de la ville de Kairouan. Ils  transmettent plusieurs messages que chacun interprète à façon.

Kairouan est-elle donc un mythe réel ou une réalité mythique? N’est-elle pas hors du commun ? De toutes façons, si le mythe de Kairouan nous dépasse, sa réalité, historique et actuelle, est toujours révélatrice de la place de choix qu’elle occupe dans notre pays.

Laisser un commentaire