Les Eléphants «à la force des jarrets» : Il n’y a pas de miracle

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La Côte d’Ivoire l’a fait. Elle a enlevé cette Coupe d’Afrique qu’elle s’est accrochée à organiser et encore une fois on a parlé du «miracle ivoirien».

A voir cette douche écossaise, qui a plongé tout un peuple dans la détresse et la renaissance du phénix ivoirien de ses cendres et qui, après une bataille de titans, l’a emporté, il y a de quoi admirer cet effort gigantesque qui impose le respect. La joie et la détresse ont changé de camp mais nous demeurons convaincus que ce n’est nullement un miracle, mais bien l’expression inébranlable de cette volonté de se battre jusqu’u bout, pour s’affirmer et confirmer.

Albert Einstein avait dit «qu’il n’y a que deux façons de vivre sa vie. L’une en faisant comme si rien n’était un miracle et l’autre en faisant comme si tout était un miracle». Faites votre choix, mais nous préférons croire que seul le travail paie. Nombre d’observateurs ont qualifié l’arrivée de la sélection ivoirienne renaissante de véritable miracle. Nous avons remarqué, avec surprise, qu’au départ, les Ivoiriens avaient raté ce rendez-vous avec l’histoire. Les raisons sont multiples et cela n’a rien à voir avec les sélections qui ont menacé de faire grève si l’on ne discutait pas leurs primes de victoire. C’est une réaction de bas fond du sport. On ne discute pas du prestige de son pays. Du moins c’est la signification que l’on a lorsqu’un joueur endosse la casaque nationale. S’il n’est pas animé de cette sensation que l’on ressent au retentissement de l’hymne national, il n’a rien à voir dans les parages.

Fierté et devoir accompli

Le sport, le football c’est une manière de faire la guerre autrement, a-t-on dit. Mais loin de toute réaction belliqueuse, il y a cette incroyable sensation qui pousse au dépassement. Ceux qui ont porté les couleurs des premières sélections, surtout celles qui défendaient les couleurs des pays d’Afrique du Nord contre les adversaires de l’autre rive de la mer Méditerranée, en savent quelque chose. C’était le temps de la fierté et du devoir accompli. Il n’y en avait pas plus que cela. Et les choses ont évolué. Le sport, le football notamment, était devenu un symbole. Il n’y avait pas de miracle.

Plutôt des symboles qui transcendent et qui poussent à l’exploit en mettant à contribution tout ce qu’on possède comme moyens physiques, intellectuels et psychologiques. Il faudrait voir les visages des premiers convoqués en sélection. Nous en avons vu. Et nous avons assisté aux premiers «stages» à la Maison des jeunes du Belvédère (il n’y avait pas d’hôtels quatre étoiles à cette époque) où on les réunissait pour vivre ensemble et se préparer au stade Géo André, devenu stade Chédly Zouiten. Les Farzit, Braiek, Mougou, Haddad, Kebaili, Diwa,Ben Ezzedine, Krimou, Tlemçani, Merrichko, Jedidi, Moncef Chérif, etc. combien de joueurs actuels leur arrivent à la cheville ? Pourtant.

Opium des peuples

C’était la joie et surtout la fierté qui animait ces hommes qui ont marqué leur temps. Le football, qui s’est transformé en bizness où l’argent coule à flots, enrichit et dénature, a attiré aussi bien des hommes imbus des hautes valeurs d’humanisme, que ceux qui voulaient se faire un nom, esquiver fiscs ou impôts et autres dérives. Il a fini par transformer des hommes en idoles, un sport en opium des peuples. Au point que des joueurs demandent à ne pas être convoqués pour des affaires personnelles. Les uns pour des raisons qu’ils sont les seuls à connaître. Les autres par pur mensonge, dévoilé par leur participation, dans la semaine même, avec leur club à une rencontre de championnat ! Il n’y a pas de miracle dans le sport. Si l’on s’est préparé pour sauter deux mètres on ne sautera pas deux mètres cinquante, mais peut-être un peu moins un peu plus, selon la quantité d’adrénaline que l’on secrète, selon l’ambiance, en fonction des impondérables qui surviennent et auxquels les sportifs d’élite s’adaptent. Pas plus. La performance est fille du sérieux déployé en période de préparation.

Compétitions harassantes et difficiles

Aussi bien le Nigeria, grande nation du football africain, que la Côte d’Ivoire, un bastion du football africain, ont réussi leur pari. L’une est revenue au premier plan. L’autre a prouvé qu’elle demeure un creuset inépuisable de joueurs de grande valeur qui a imprimé au sport de ce continent son prestige et son lustre. Il n’y a donc pas de miracle. Nous avons bien vu des formations solides, complètes dans toutes leurs lignes, des joueurs avides de performance, qui se sont merveilleusement battus, sans tricher ni économiser leurs efforts, pour prouver qu’ils étaient les meilleurs. Et ces deux finalistes ont mérité leurs places au sommet de cette CAN 2023. Elles ont fait en sorte que les vaincus puissent se féliciter d’avoir pour vainqueurs leurs dignes adversaires, tel que le dit un vieux proverbe.. Elles sont donc à associer dans les louanges qu’elles méritent pour cet effort sublime, déployé à l’occasion de cette finale, qui a clôturé des semaines de compétitions harassantes et difficiles à l’issue desquelles nous avons relevé les progrès immenses des uns et l’absence totale de responsabilité des autres.

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