Mort à la carte

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Editorial La Presse

La tragédie de la rue Al-Rashid, au nord de Gaza, survenue ce jeudi noir, n’est pas seulement la conséquence de la guerre et de la rétention de l’aide humanitaire, jusqu’à affamer près de 2 millions de personnes. Mais également de la stratégie du chaos conçue et mise en œuvre méthodiquement par Israël.

Les tirs des soldats israéliens sur une foule affamée, non canalisée, comme il est d’usage dans ce genre de situations, qui a pris d’assaut un convoi non organisé, selon les agences onusiennes, ont fait plus de 110 morts et plus de 760 blessés. Question : qui est à l’origine de cette distribution chaotique qui a viré au drame ?  Les scènes apocalyptiques, venues d’un autre temps, ont fait le tour du monde. Les alliés d’Israël empêtrés, comme toujours, dans leurs circonvolutions langagières, se disent choqués, d’autres indignés, réclamant des enquêtes indépendantes. Les postures habituelles et lâches. Passons.

Après cinq mois de bombardements, Gaza n’est plus qu’un vaste champ de ruines. Toutes les infrastructures sont décimées. Plus d’ordre, plus d’autorité, aucune action administrative. Le décor est planté.

Lorsque le chef de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, déclare sur son compte « qu’aucune agence de l’ONU n’était impliquée dans cette distribution ». Lorsqu’on accable cette agence, en accusant ses employés d’être compromis dans l’attaque du 7 octobre, pour l’affaiblir et l’éliminer du circuit de distribution humanitaire qu’elle maîtrise parfaitement. Lorsque Benyamin Netanyahu refuse tout plan viable pour Gaza, même après la guerre. Lorsqu’il rejette le retour de l’Autorité palestinienne. Le plan d’Israël et de son premier ministre, qui prolonge la guerre et son immunité avec, se dégage clairement. La stratégie de la terre brûlée prend tout son sens.

Comme dans chaque guerre, Israël comptabilise son butin au mètre carré. Cette fois-ci, ce n’est rien de moins que Gaza que les occupants lorgnent. Ils envisagent-des ministres en exercice ne s’en cachent pas-de vider l’enclave de ses habitants pour se l’approprier, comme ils ont toujours fait à travers l’histoire.

Une nouvelle spoliation des terres palestiniennes se profile. Les Arabes s’indignent. Certains négocient sans résultat pour le moment. Les Européens parlent, en choisissant méticuleusement leurs mots. Les Américains édifient des plans inaboutis à ce jour.  Que signifie retour d’une Autorité palestinienne « revitalisée » ? Rajeunie, apolitique, technocrate, intègre ? L’éviction d’un chef impotent, installé au pouvoir depuis près de 20 ans ? Sachant que Mahmoud Abbas et sa garde rapprochée sont honnis, y compris par les habitants de la Cisjordanie. Un sondage publié en décembre 2023 montre que près de 88% des Palestiniens souhaitent sa démission.

Pendant ce temps, des hommes, des femmes et des enfants, livrés à eux-mêmes, privés de tout, ont le choix de périr brutalement sous les bombes et les tirs d’une armée de voyous, ou bien de mourir à petit feu, de faim et faute de soins, ou encore, dernière trouvaille, de mourir violemment piétinés. Honte à vous !

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