Kairouan — Musée des Arts Islamiques: Une très belle collection  de céramique…

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Une centaine de pièces en céramique datant de différentes époques sont exposées dans le musée des arts islamiques de la ville des Aghlabides

Le musée des arts islamiques de Raqqada, installé dans une ancienne résidence présidentielle, est situé à une dizaine de kilomètres du centre-ville et à proximité du site archéologique, en lisière des ruines d’autres palais plus anciens de 1.000 ans que les Fatimides construisirent au IXe siècle.

Les 7 salles de ce musée rendent compte du brillant passé de Kairouan et de ses villes princières annexes, exposant céramiques, monnaies, objets en verre et en bronze, carreaux de faïence, lustres, mosaïques, somptueux spécimens de reliures, en cuir, rehaussées de décors floraux et géométriques.

Parmi les salles qui attirent l’attention des visiteurs, celle consacrée aux céramiques avec sa riche collection provenant essentiellement des fouilles du site de Raqqada. Les coupes, plats et jarres représentent des éléments décoratifs berbères. Et la plupart des pièces exposées sont caractérisés par leurs teintes brune, verte, jaune et ocre.

Quant aux céramiques de l’époque Fatimide et Ziride, elles portent, en guise de décors, des figures animées, hommes ou animaux, des personnages barbus et enturbannés, des lieux, des cerfs, des lions, des oiseaux et tant d’autres animaux plus ou moins mythologiques qui décorent le fond des assiettes, s’alignent en frises ou s’ordonnent dans des médaillons circulaires. Les dessins linéaires et parfois couverts de hachures. L’artiste semble y donner libre cours à son imagination et à sa fantaisie. On admire également des carreaux de faïence provenant d’Iznik (ville turque), importés à l’époque ottomane.

Kairouan, le plus grand centre de fabrication de céramique

Dr Mourad Rammah, président de l’ASM de Kairouan et ancien conservateur de la Médina de Kairouan, nous explique dans ce contexte qu’à l’époque musulmane, Kairouan succéda à Carthage et devint le grand centre de fabrication de céramique, en symbiose avec le Machreq arabe. Les artisans arabes, précise-t-il, développèrent à partir du IXe siècle le procédé de la faïence à reflet métallique et parvinrent à introduire les oxydes minéraux dans la fabrication de la céramique et à établir les températures adéquates à leur fixation sur la pâte d’argile. Et d’ajouter : «Cette technique ne fut introduite en Europe que cinq siècles plus tard. Elles était présente à Kairouan depuis le IVe H/IXe s. J.-C, au moins, abstraction faite des carreaux admirables qui furent importés d’Irak au milieu du IIIe s. H./IXe J.-C.

Une centaine de pièces de céramique datant de l’époque aghlabide sont également exposées dans le musée de Raqqada. La couleur verte est la couleur dominante, le brun  et le jaune constituent la toile de fond. On est frappé par l’exubérance et la variété infinie de l’ornementation, le potier kairouanais y fait preuve d’une imagination féconde et créatrice qui nous introduit dans de savantes compositions où se mêlent, s’entrecroisent ou voisinent la géométrie, l’épigraphie, la faune figée…».

Un musée peu fréquenté…

Et parmi les salles qui attirent la curiosité des chercheurs, celle consacrée à des échantillons précieux de manuscrits anciens de la Mosquée Okba et du Coran sur parchemin bleu en écriture dorée et qui nous permet de découvrir les techniques de dorure, d’enluminure et de reliure utilisées pendant trois siècles.  Par l’élégance de l’écriture et l’extrême richesse de leur ornementation, ces Corans illustrent le degré d’évolution et de postérité de cet art des manuscrits et du parchemin à Kairouan.

Somme toute, ce musée mérite d’être plus connu et mieux valorisé, vu la richesse du contenu de ses 7 salles et l’importance de la valeur historique des pièces exposées. Malheureusement, il est très peu fréquenté, presque oublié et son environnement est mal entretenu.

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