Une certaine conception de la souveraineté

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Editorial La Presse

La souveraineté se définit par la détention de l’autorité suprême qui s’incarne et se déploie par le biais des compétences exécutives, législatives et judiciaires. Un Etat souverain, par opposition à une colonie, un protectorat, est un Etat indépendant. Définition classique des manuels de droit et des dictionnaires. Dans l’exercice de cette souveraineté, l’Etat dispose de droits régaliens. La mission de sécurité intérieure avec son corollaire de maintien de l’ordre public. Le pouvoir de dire le droit et l’exercice de la justice. La diplomatie et la défense des frontières. Et la souveraineté économique et financière qui s’exerce notamment par l’émission de la monnaie.

Toutefois, il est de ces manifestations plus subtiles de la souveraineté qui témoignent de la puissance d’un Etat ou au contraire de son incapacité à définir des politiques publiques cohérentes et les mener jusqu’à réalisation des buts requis.

Imaginons que les épreuves du baccalauréat soient entachées de fraudes massives, comme cela a été le cas à de nombreuses reprises ici en Tunisie. Non seulement les services accrédités sont mis à mal, mais encore la valeur et le prestige des examens nationaux sont compromis. Lorsqu’il est question d’équivalence avec les diplômes internationaux ou bien à la publication des statistiques internationales, les failles des politiques publiques apparaissent alors au grand jour. Organiser avec succès les concours nationaux jalonnant tous les niveaux scolaires est un signe qui ne trompe pas de la capacité d’un Etat à mener à bien les objectifs fixés par les plans nationaux de développement ou pas.

Pendant le ramadan, un moment privilégié où sont enregistrées les meilleures audiences de l’année, quelques productions télévisées ont été proposées sur les chaînes publiques et privées, devenues sujet tendance dans les médias classiques et les réseaux sociaux. Et bien que la fiction tunisienne ait encore du chemin à faire pour, non pas conquérir le marché régional – elle en est encore loin -, mais pour convaincre le plus grand nombre de téléspectateurs nationaux, les efforts déployés par les autorités, les artistes et les techniciens pour produire un contenu artistique local qui se veut abouti, méritent d’être salués et soutenus avec constance.

Imaginons un peu qu’au moment de la rupture du jeûne et pendant les longues veillées, les familles réunies soient contraintes de se contenter de séries égyptienne, turque ou syrienne. Pourquoi pas en d’autres temps. Mais la frustration, voire le dépaysement, qu’aurait pu éprouver le public tunisien serait incommensurable. Là encore, réaliser ses propres fictions, à défaut que ce soit toute l’année, du moins au cours du mois saint, est un signe concret de souveraineté culturelle.

L’Etat, dans un pays qui tend à se reconstruire sur de nouvelles bases solides et plus justes, doit disposer des attributs constitutifs de la souveraineté, de la continuité, mais encore de la transcendance et d’un certain sens du détail. Un Etat qui se penche sur les problèmes de la population et tente de les résoudre progressivement, qui promeut les libertés et les respecte. Un Etat bienveillant et proche de ses citoyens, même de ceux qui sont contre lui.

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