IA et journalisme : Révolution digitale ou piège de la désinformation ?

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L’intelligence artificielle, ce monstre cybernétique, vient de franchir le pas, osant pénétrer le monde des médias. Ainsi, est-elle un complément d’infos plus précis ou d’intox troublants. Revers de la médaille !

L’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) a organisé, jeudi, une conférence internationale au siège de l’Union des radiodiffusions des Etats arabes (Asbu), sur le thème «Le rôle des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le développement de contenus journalistiques pour les agences de presse». Une thématique au cœur de l’actualité et des défis de la presse qui a attiré un grand nombre de professionnels et de chercheurs du monde des médias.

Meilleure précision des contenus

A l’ouverture, le président-directeur général de la TAP, Najeh Missaoui, a évoqué l’importance des technologies modernes et de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur du journalisme. Il explique notamment comment ces technologies peuvent améliorer la collecte, l’analyse et la diffusion de l’information.

Par ailleurs, il a souligné que l’IA permet d’optimiser les processus journalistiques, de garantir une meilleure précision des contenus et de répondre plus rapidement aux attentes du public. Lui-même, journaliste et patron de l’agence de presse officielle, estime que l’IA peut booster un journalisme de qualité, sans cependant s’y substituer. «Il est hors de question que les algorithmes contrôlent les contenus journalistiques», a-t-il tenu à préciser.

Les différents intervenants ont axé leurs propos sur le rôle des technologies modernes et de l’intelligence artificielle (IA) dans l’évolution du métier de journaliste, notamment en ce qui concerne la vérification des informations.

Les outils d’intelligence artificielle générative connaissent une explosion d’utilisation, offrant aux médias et aux producteurs de contenus numériques des moyens inédits pour créer du texte, des articles de synthèse, des images d’illustration et même des vidéos. L’accès à ces outils en ligne devient de plus en plus facile et démocratisé, mais «Trouver les bons mots pour superviser les productions des IA de manière professionnelle est essentiel pour tirer le meilleur parti de ces technologies», explique Farah Ktata, présidente de l’Association tunisienne pour l’intelligence artificielle.

Un code de conduite est-il nécessaire ?

En parallèle, de nombreuses questions soulevées concernent la lutte contre la désinformation, les biais liés aux données d’entraînement des modèles d’IA et le respect des droits d’auteur. Pour rationaliser l’utilisation des IA, certains pensent qu’il est crucial de mettre en place une charte ou un code de conduite au sein des organisations.

George Pennintaques, secrétaire général de l’Alliance des agences de presse de la Méditerranée (Aman), ainsi que des représentants d’agences de presse et des spécialistes en intelligence artificielle, ont participé à cette conférence. Les débats ont abordé les multiples facettes de l’intégration de l’IA dans le journalisme : de l’amélioration des contenus à la gestion des défis éthiques et juridiques.

Les intervenants ont souligné que bien que l’IA ouvre de nouvelles perspectives excitantes, elle nécessite une utilisation responsable et éthique. La mise en place de chartes ou de codes de conduite au sein des organisations journalistiques est apparue comme une possibilité pour encadrer cette transition technologique.

Helmi Raïs, expert en sécurité informatique, a souligné les défis de sécurité cybernétique liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il explique notamment que l’IA est une arme à double tranchant, elle peut être utilisée pour se protéger des attaques cybernétiques, comme elle peut contribuer à la vulnérabilité numérique des utilisateurs.

Gare aux canulars !

Si l’IA est un formidable outil qui révolutionne le monde et particulièrement celui des médias, l’expert met en garde contre des techniques qui pourraient induire en erreur le journaliste, à l’instar de ce qui est appelé en anglais «le deepfake». Le «deepfake» c’est cette technologie qui utilise l’intelligence artificielle pour créer des vidéos truquées extrêmement réalistes, où les visages et les voix des personnes sont modifiés ou remplacés. Elle repose sur des réseaux de neurones, notamment des GAN (Generative Adversarial Networks), pour superposer des images et des sons, créant ainsi des contenus visuellement convaincants mais artificiels. Soit des canulars ou des procédés malveillants qui pourraient ainsi semer la confusion dans la population notamment en période électorale.

Par ailleurs, il est important, explique Raïs, de savoir que les informations, que nous partageons via les logiciels de IA, sont potentiellement enregistrées, ou exploitées, ou même vendues à des tiers, souvent pour profiling (connaître la personne et son comportement).

Au terme des travaux, une déclaration commune et des recommandations ont été présentées, à l’instar de la formation d’une commission permanente au sein de l’Alliance des agences de presse de la Méditerranée, pour s’imprégner des différentes expériences d’utilisation de l’IA dans les pays membres, ainsi que de mutualiser les moyens pour la création des outils d’IA.

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