LE LIVRE DE LA SEMAINE | «Cent ans de solitude» de Gabriel García Márquez : Une épopée symbolique de l’histoire de l’humanité

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Pourquoi faut-il lire «Cent ans de solitude» de Gabriel García Márquez aujourd’hui ? Tout simplement parce que dans ce contexte international de violence parfois extrême, certaines fictions nous renseignent sur le cours du monde et sur la psychologie humaine. Bien plus qu’une histoire fabriquée de toutes pièces, «Cent ans de solitude» est un roman qui crée un univers plus vrai et plus fort que le réel où on trouve du plaisir à se plonger dans les détails et à vivre des émotions fortes à travers les mots. En un lieu et un temps indéfinissable, José Arcadio Buendia et sa cousine Ursula Iguaran s’exilent dans un village éloigné nommé Macondo suite à une malédiction. C’est dans cet endroit reculé qu’ils fondent une famille : la dynastie des Buendia. L’écrivain dépeint alors sur tout un siècle le destin de six générations, comme dans une saga au sens propre. Les épisodes se succèdent dans un univers singulier, «plus fantastique que le vaste univers de sa propre imagination». Des drames, des guerres civiles, de l’humour, de l’amour, de la féerie, des fantômes, des tapis volants..Márquez développe un récit riche en personnages excentriques où les rêveurs fous ont engendré une descendance monstrueuse. Ils vont du désir animal et la folie de grandeur jusqu’à la décadence et «la conclusion d’un pacte avec la solitude». Le déclin s’annonce lorsque le village, jadis protégé par son isolement, établit un contact avec le reste du monde. Les étrangers s’infiltrent avec leurs inventions et leurs idées. C’est alors que la guerre civile fait rage.

Un demi-siècle après sa publication, que peut nous apprendre ce roman ?

Cette pièce maîtresse de la littérature latino-américaine est imprégnée de références historiques véridiques et des mythes de la civilisation de son auteur repris par sa sagesse érudite. Elle nous offre des perspectives sur une culture, une époque et un mode de vie bien particuliers. Baigné dans le contexte historique de l’invasion occidentale et de l’impérialisme, le récit de l’embrasement sanglant de Macondo sous le poids de l’industrialisation, du capitalisme, de l’exploitation et de politiciens véreux est une allusion aux violences qui ravagent le monde. En toile de fond, nous reconnaissons l’Amérique latine à l’époque où Márquez a écrit son œuvre, particulièrement la Colombie natale de l’auteur, prise dans un tourbillon de révolutions et de destructions dont il a été lui-même témoin. A travers cette lecture, on visualise des lieux, des personnages et des situations captivantes et immersives. En transcendant le temps et l’espace, le village fictif de Macondo raconte universellement l’histoire humaine : la désagrégation des repères culturels, l’autorité structurelle et morale et le cercle de calamités sans cesse renouvelé que l’on ne cesse de subir. La solitude est explorée dans ses multiples facettes, étant un élément incontournable de l’existence. Tout comme les personnages du roman, nous sommes hantés par les décisions du passé qui submergent le présent, à l’échelle individuelle ou collective. Plus qu’une évasion, chaque page tournée est un voyage éducatif qui renforce nos connaissances à travers les thèmes historiques, culturels et philosophiques et nous aide à mieux comprendre le monde qui nous entoure et les contradictions de la nature humaine.

Pourquoi faut-il avoir ce livre dans sa bibliothèque ?

Cet ouvrage traduit en plus de 30 langues et vendu à des millions d’exemplaires est qualifié par le poète Pablo Neruda par «le plus grand roman écrit en langue espagnole». D’ailleurs, ce roman a fortement contribué à la renommée internationale de Gabriel García Márquez, lauréat du prix Nobel en 1982.

«Cent ans de solitude» est un chef-d’œuvre pour de nombreuses raisons. D’abord pour le réalisme fantastique qu’il a inventé, où le réel flirte aisément avec l’invraisemblable et le surnaturel, mais surtout pour la référence aux évènements sociaux et politiques que le peuple colombien a traversés sur plus d’un siècle. Entre ironie, démesure, lyrisme, chimères et logique, cette épopée est un trésor à savourer. Ainsi, il est primordial d’avoir une collection «physique» de chefs-d’œuvre de la littérature internationale chez soi, à chérir tout au long de sa vie. Les grands classiques intemporels, comme «Cent ans de solitude», peuvent grandement contribuer au développement personnel des grands et des petits, dans le sens où ces lectures auront un impact sur l’esprit et ouvrent des pistes de réflexion. Après les avoir acquis, on les garde rangés soigneusement comme une trace de ses lectures mais aussi pour pouvoir les retrouver, les relire, se souvenir ou seulement, parfois, pour avoir le plaisir d’afficher une belle bibliothèque bien remplie à exposer fièrement dans le salon .

“Quand j’ai un peu d’argent, je m’achète des livres et s’il m’en reste, j’achète de la nourriture et des vêtements”, ainsi dit Erasme. C’est un des meilleurs investissements, quel que soit l’âge.  En effet, dans cette société des loisirs, avec les multiples tentations mises à la disposition du consommateur contemporain, l’omniprésence des médias et d’Internet, il est également important d’initier les enfants au plaisir de la lecture. Une bibliothèque encourage l’éducation en créant un environnement d’apprentissage continu, l’équivalent d’un sanctuaire de sagesse. On continue à aimer les livres dans ce monde numérique pour le bruit de la page que l’on tourne, l’odeur de l’encre fraîche, mais aussi parce qu’un livre coûte peu, mais les enseignements que vous pouvez en tirer peuvent valoir très cher.

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