Petites et moyennes entreprises : Un pilier essentiel de l’activité économique

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Les petites et moyennes entreprises ont un grand impact sur la création d’emplois dans de nombreux pays. Représentant plus de 95 % des entreprises, les PME constituent une part importante de l’économie tunisienne.  En effet, elles contribuent à la création de projets innovants et de nouvelles opportunités pour les opérateurs économiques.

Dans les pays développés, les PME occupent une place importante et constituent l’un des leviers les plus dynamiques de la croissance économique et sociale dans la stratégie de développement. Dans ce cadre, Ridha Mrabet, ancien Pdg d’une Sicar régionale, nous rappelle que les PME représentent une part importante dans l’économie tunisienne et constituent plus de 95 % des entreprises. Elles permettent aux banques d’accroître leurs liquidités tout en leur permettant d’augmenter leur portefeuille.

Aussi, l’avantage des PME c’est qu’elles peuvent recruter de la main-d’œuvre à faible qualification. «Le domaine de l’agriculture et de la pêche emploie près de 22 % de la main-d’œuvre qui n’est pas forcément qualifiée pour le travail», dévoile Mrabet. Selon ses propos, ces petites et moyennes entreprises permettent, également, de réduire l’exode rural en créant des entreprises dans les zones défavorisées et en améliorant les infrastructures et le cadre de vie.

Manque d’expérience et de formation et faible accès au financement

En plus, «les PME constituent une passerelle très importante de passage de la sphère de la fonction publique ou privée vers la sphère des affaires, nous avons de vrais success story qui témoignent des passages réussis», précise-t-il.

Mrabet affirme que la principale source de création de projets d’investissement provient des nouveaux promoteurs (diplômés, innovateurs, porteurs d’idées de projets, gestionnaires, fonctionnaires publics et privés…). Cette catégorie de promoteurs est généralement dans sa première opération d’investissement, est souvent vulnérable et non suffisamment avertie et formée dans les domaines de la gestion des affaires. D’après lui, cette catégorie est composée, dans sa plus grande majorité, de nouveaux promoteurs connus par le manque d’expérience et de formation dans la gestion de l’investissement et de l’exploitation. Elle a, également, un faible accès au financement par manque de garanties et de savoir-faire dans le monde des affaires et de relations avec les banques et les institutions de financement en général. «Ces petits entrepreneurs souffrent d’une capacité financière très limitée et d’un engagement très faible dans le financement du projet vu leur apport très limité en capital, parfois ne dépassant pas 5 ou 6 % du coût du projet, notamment pour les projets s’érigeant en sociétés anonymes».

Mrabet fait, également, savoir que cette catégorie est très souvent réputée par son actionnariat très peu diversifié. Ses actionnaires sont généralement des membres de la famille et parfois même des mineurs, juste pour combler les conditions légales d’une société anonyme.  « Les écosystèmes de l’investissement sont assez compliqués et n’offrent pas toujours les bonnes conditions aux entreprises nouvellement créées », note-t-il. Et de poursuivre : «Ces types d’investissements manquent d’efficacité et de centralisation. Les intervenants financiers sont assez nombreux. Nous pouvons citer l’Apii, l’Apia, les centres d’affaires… et chacun fait son suivi et son accompagnement à sa manière et en fonction de ses objectifs, sans aucune synergie et grande efficacité. Il y a, aussi, la Sicar régionale qui est souvent accompagnée par plusieurs autres Sicar et ou des sociétés de gestion de fonds et aussi la Banque pour le financement des petites et moyennes entreprises qui est aussi souvent accompagnée d’une ou plusieurs autres banques commerciales».

Dans son analyse, Ridha Mrabet nous explique que le marché de proximité sur lequel opèrent les PME est assez limité et où le pouvoir d’achat est faible et que la communication interrégionale est souvent insuffisante et difficile. Ces petites et moyennes entreprises sont, par ailleurs, victimes de l’absence de stratégies de communication sectorielles actualisées qui guident et aident les nouveaux promoteurs dans le choix de leurs projets.

Un accompagnement de proximité

« Face à ce constat, il y a lieu de réfléchir à renforcer, autant que possible, l’accompagnement, l’assistance et l’aide aux promoteurs dans toutes les étapes de la gestion du projet, à commencer par le Business Plan, ensuite la recherche de financement, la mise en place de l’investissement et jusqu’à l’étape de l’exploitation. Il y a lieu d’actionner les centres techniques spécialisés, notamment dans la phase de l’identification des besoins techniques du projet et veiller à ce que leurs services soient gratuits ou à prix très réduits. Il faut, d’autre part, penser à renforcer le rôle des fonds et des sociétés régionaux d’investissement à capital risque, qui sont supposés être les outils de financement et d’accompagnement de proximité les plus appropriés surtout dans les phases de création et de démarrage. Ces fonds doivent prendre en charge les entrepreneurs dans leur exploitation et les conduire jusqu’à atteindre une certaine maturité », explique l’ancien P.d.g. de Sicar régionale. Selon Mrabet, il est nécessaire de généraliser le concept des Sicar et des fonds régionaux sur tout le territoire tunisien, en s’orientant beaucoup plus vers un concept de leviers de financement axé sur un partenariat tripartite ; privé, qui englobe les hommes d’affaires et les épargnants dans les régions…, financier, qui rassemble les banques, les fonds, les assurances…, et public comme le fonds tunisien d’Investissement, la  Caisse des dépôts et consignations et les différents organismes publics…

« Il est obligatoire d’améliorer l’écosystème par une réelle décentralisation et un renforcement efficace de la proximité, tant sur le plan du financement qu’au niveau administratif. Il faut alléger des procédures relatives à la constitution des sociétés et simplifier les autorisations et laisser leur gestion entre les mains des différentes administrations intervenantes, avec une gestion en interne. Il est également nécessaire de mettre en place un type de financement qui combine entre crédit et fonds propres. Ce dernier doit être réactif et de proximité, mieux orienté vers la satisfaction des besoins de l’entreprise dans les différentes formes et étapes de son évolution. Aussi, il est urgent de développer un vrai gisement des projets innovants et à haute valeur ajoutée, à travers la décentralisation des institutions universitaires dans différentes disciplines comme l’ingénierie et de la recherche, l’activation des étapes préalables à la création des projets, à savoir la sélection des résultats de recherche et des projets de fin d’études, et l’activation des espaces d’incubateurs, de pépinières, d’amorçage… Il est important, par ailleurs, de renforcer la capacité de financement dans les régions, notamment à travers des fonds d’impact, comme les fonds gérés ou les fonds communs de placement à risque, qui respectent davantage les critères de proximité et qui soient plus disponibles et plus réactifs pour couvrir tous les besoins des projets en financement afin d’éviter, autant que possible, les retards et les périodes de passage à vide », analyse Mrabet.

Développer la notion de la deuxième chance

Et d’ajouter : « Il est nécessaire de mettre à jour les stratégies sectorielles déjà existantes et mises en place par l’Etat en matière d’activités stratégiques, d’inclusion sociale et économique. Il faut, aussi, mettre l’accent sur l’impact sectoriel et régional des énergies renouvelables, du développement durable et de l’économie verte, bleue et circulaire, des activités dans les secteurs innovants des TIC, de l’industrie pharmaceutique et de la santé… ». Mrabet encourage l’activation et la généralisation, sur toute la Tunisie, des sociétés immobilières industrielles régionales pour soutenir, notamment, les nouveaux promoteurs dans l’installation de leurs locaux et le démarrage rapide de leurs projets, quels qu’ils soient, par le biais de vente ou de location. « Ce mécanisme permettra l’allègement du coût des projets et aussi la réduction, d’au moins de deux années, la période de réalisation du projet. Les nouveaux promoteurs peuvent améliorer d’au moins de 50% leur chance de réussite. J’estime que la discrimination positive des PME par des conditions de financement plus appropriées et plus adéquates, comme la révision à la baisse du taux d’intérêt et l’augmentation de la période de remboursement à 13 ans avec au minimum 6 années de grâce, sans même paiement d’intérêt (cette période est nécessaire pour la réalisation du projet, le démarrage de l’exploitation et l’arrivée à la maturité), est nécessaire ».

Pour conclure, Mrabet suggère le développement de la notion de la deuxième chance auprès des investisseurs qui ont échoué dans leurs premières expériences et de concevoir un système efficace et réel de capitalisation de ces échecs.

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