Au nom de la solidarité nationale

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Editorial La Presse

 

Considéré comme premier théoricien en la matière, Platon affirme que l’éducation nous rend libre, affranchi des préjugés. Selon le philosophe grec, éduquer apparaît comme un acte libérateur. Une définition originelle, de portée philosophique, qui associe l’éducation à une émancipation synonyme de délivrance de l’individu. C’est dire l’importance de la question. De nos jours, l’éducation est également la voie qui garantit à l’enfant, déjà tout petit, une insertion dans le tissu social, et d’accéder, une fois adulte, à un emploi stable et durable, ceci dans le meilleur des cas. A l’échelle des pays, l’éducation est l’un des socles du développement. Mieux, on ne peut envisager l’essor d’une nation sans un secteur éducatif performant, efficace et flexible.

Or ce droit à l’éducation est menacé dans notre pays.  Ici, en Tunisie, le pays qui a fait de l’éducation son cheval de bataille au moment de l’édification de la République. Après des décennies et des politiques inabouties, qu’il est fastidieux d’évoquer, le système scolaire est devenu ce grand corps malade, avec un nombre croissant de décrochages scolaires qui guettent plusieurs catégories d’élèves vulnérables.

En effet, à l’intérieur du pays, dans les régions enclavées, les banlieues et les quartiers populaires, l’enseignement administré, le niveau des élèves et ceux des enseignants ainsi que des diplômés dont les niveaux réels ne sont pas représentatifs des diplômes obtenus ni de véritables qualifications, témoignent de la crise de l’école publique.

Malgré, toutefois, des indicateurs de performance méritants, comme l’attestent les chiffres recueillis par la session principale du baccalauréat.

Si l’Etat doit redoubler d’efforts dans les attributions qui sont les siennes, les moyens lui manquent cruellement. Et c’est ici qu’intervient le secteur privé pour venir en renfort, pour construire et réaménager les édifices scolaires, pour assurer le transport des élèves, le financement des cantines et des foyers… Les champs d’intervention ne manquent pas.

Il ne s’agit pas, c’est notre propos d’aujourd’hui, d’une vague responsabilité sociale dont on s’acquitte à la va-vite, ni de dégainer un chèque et de tourner le dos après. Mais d’une véritable action de parrainage durable et responsable qui devra être instaurée à l’échelle nationale. Idéalement, chaque société, entreprise, banque, parraine un établissement, tant et si bien que leurs marques et labels seront associés aux écoles parrainées, soutenues par un contrôle régulier et des objectifs à atteindre.

Il n’y a pas un seul pays dans l’Histoire des nations qui a pu garantir une vraie révolution économique, sociale et culturelle, sans passer par la consolidation de son système éducatif. Comme il est impossible d’espérer réaliser la paix sociale, une forme de justice économique et la stabilité sécuritaire avec des déserts scolaires qui fragilisent les liens sociaux et produisent leurs lots de révoltés, de déclassés et de proies faciles face à la radicalisation. A ce titre, la contribution du secteur privé dans le système éducatif, pour des raisons éthiques mais également très pragmatiques, ne devra pas être facultative, à la faveur des envies et des bilans s’ils sont positifs, mais participer d’un devoir citoyen et solidaire qui porte sur le long terme.

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