
Autrefois, pendant le mois saint, cette ville, reconnue pour son patrimoine historique et religieux, devient un centre vibrant de manifestations artistiques, où l’animation culturelle se mêle harmonieusement avec la tradition soufie.
Le mois de Ramadan à Kairouan constitue une période de dévotion, de recueillement spirituel, mais aussi un moment d’effervescence culturelle et artistique. Autrefois, pendant le mois saint, cette ville, reconnue pour son patrimoine historique et religieux, devient un centre vibrant de manifestations artistiques, où l’animation culturelle se mêle harmonieusement avec la tradition soufie. Au cœur de ces festivités, l’art soufi occupe une place particulière, offrant une expérience mystique et sensorielle à tous les habitants et visiteurs. Est-ce encore le cas aujourd’hui ? Autant en emporte le temps.
Un carrefour spirituel et culturel qui a perdu de sa superbe
Fondée au VIIe siècle, Kairouan est souvent considérée comme la quatrième ville sainte de l’Islam après La Mecque, Médine et Al Qods. Son patrimoine architectural, religieux et culturel en fait un lieu privilégié pour les rituels et les célébrations durant le mois sacré de Ramadan. La ville est notamment le berceau de nombreuses écoles de pensée soufie, et ses «zaouïas», lieux de réunion spirituelle, sont des foyers de transmission de la connaissance et de la sagesse. Il y a plus de deux décennies, durant le Ramadan, la ville se transforme en un centre où la spiritualité rencontre l’art, et où les habitants et les visiteurs peuvent découvrir la richesse de la culture soufie à travers des événements variés. Si bien que l’art soufi à Kairouan, profondément enraciné dans la tradition spirituelle de la ville, s’exprime de diverses manières durant le mois de Ramadan. Les confréries soufies, particulièrement influentes dans cette région, organisent des rassemblements où la musique, le chant, la danse et la poésie sont utilisés comme moyens d’atteindre l’extase spirituelle et la proximité avec Dieu.
Les dhikr (rappels de Dieu), souvent accompagnés de musique, sont un des moments phares de l’animation soufie à Kairouan pendant le Ramadan. Ces cérémonies, qui se déroulent dans les zaouïas et les mosquées, offrent aux participants une occasion de purification spirituelle et de méditation. Les musiciens soufis jouent des instruments traditionnels tels que le oud, le bendir et la tabla, accompagnant les chants mystiques qui font écho à l’âme du croyant. La danse des derviches tourneurs, bien que plus typique de certaines régions de Turquie, trouve aussi un écho à Kairouan. Cette danse rituelle, qui symbolise l’union de l’âme avec l’absolu, est pratiquée par des derviches dans des cérémonies nocturnes qui attirent de nombreux curieux. La lumière des lanternes, le rythme hypnotique de la musique et la danse tourbillonnante créaient, autrefois, une atmosphère magique et méditative qui marque profondément les esprits.
Animation culturelle
À l’époque, outre les cérémonies spirituelles, le mois de Ramadan à Kairouan est marqué par une effervescence culturelle qui vise à mêler tradition et modernité. Des événements culturels sont organisés pour dynamiser la ville tout en respectant les valeurs religieuses du mois sacré. Les festivals de musique et les expositions artistiques qui se tiennent dans différents lieux de la ville sont des moments privilégiés pour les habitants et les touristes de découvrir des talents locaux et internationaux. Le festival de la musique soufie, organisé chaque année pendant le Ramadan, est l’un des événements les plus emblématiques.
Il réunit des artistes et des musiciens soufis de toute la Tunisie et même de l’étranger, offrant ainsi une plateforme pour l’expression de cette tradition musicale spirituelle. Les concerts se déroulent dans des sites historiques, comme la grande mosquée de Kairouan ou la médina, permettant ainsi de lier l’expérience musicale à la beauté architecturale et spirituelle de la ville. Les marchés traditionnels (souks) de Kairouan, eux aussi animés durant le mois de Ramadan, offrent une expérience sensorielle unique. Les étals de dattes, de pâtisseries orientales comme les makroud et le pain traditionnel, et les objets d’artisanat local créent une ambiance chaleureuse et accueillante. Ces marchés sont aussi le théâtre d’animations culturelles, avec des performances de musiciens et de danseurs traditionnels qui viennent ajouter une dimension festive à l’atmosphère religieuse du mois sacré.
Aujourd’hui ? Il n’en reste que les marchés et une frénésie consommatrice à quelques exceptions près si l’on parle dhikr et psalmodie. La poésie soufie, qui explore les thèmes de l’amour divin, de l’union avec Dieu et de la quête spirituelle, les soirées poétiques autrefois organisées dans les mosquées et les salles de lecture, où les poètes soufis déclament leurs œuvres, souvent accompagnées de musique, ne font que relever les souvenirs d’un passé glorieux.