Le Tunisien moyen est obligé de dépenser tout son revenu (salaire, primes, dons) pour subvenir à ses besoins et ceux de sa famille. Parfois, il est contraint d’emprunter de l’argent auprès de l’entreprise ou des connaissances pour pouvoir assurer toutes ses dépenses

Pour baisser les crédits bancaires accordés aux particuliers, il n’y a pas de recette magique. La solution réside dans le fait que les banques qui veulent maîtriser les finances et faire preuve de prudence appliquent une nouvelle méthode de travail qui consiste à limiter l’octroi des crédits aux particuliers. En effet, selon un rapport de l’Observatoire des services financiers, publié récemment, les crédits accordés aux particuliers lors du premier trimestre de 2019 ont baissé de 0,5% par rapport à la même période de l’année dernière. C’est un bon signe qui prouve, d’une part, que les particuliers commencent à s’en passer des financements bancaires pour la réalisation de leurs projets personnels et, d’autre part, que les banques entament une nouvelle approche consistant à optimiser les crédits en vue d’équilibrer leur situation financière.

Cette baisse d’octroi des crédits a atteint un record jamais enregistré depuis 2005. L’Observatoire des services financiers explique, d’ailleurs, cette baisse par le ralentissement de la politique monétaire et l’augmentation, à cinq reprises, du taux directeur en une année, soit entre 2017 et 2018. En fait, quand le taux d’intérêt bancaire s’accroît, le crédit devient plus cher, c’est-à-dire que l’emprunteur doit payer plus lors du remboursement. Une telle situation dissuade le particulier à limiter son recours à la banque pour le financement.

Restrictions des banques

La hausse de la somme à rembourser par les particuliers n’est pas acceptée par tous les clients des banques qui ont fait preuve de restrictions suite au manque de liquidités, selon les experts. Quand les banques manquent d’argent, elles essayent d’inventer de nouvelles méthodes de financement afin d’optimiser un tant soit peu les dépenses. Il ne faut pas oublier, cependant, que la première fonction d’une banque est l’octroi des crédits qui constitue la principale activité. D’ailleurs, c’est par les crédits que la banque fait des bénéfices grâce au taux d’intérêt appliqué. Au lieu de fournir des crédits aux particuliers pour qu’ils achètent des biens de consommation ménagers, les banques préfèrent orienter les financements vers les projets rentables et productifs.

Dans ce cas, elles peuvent octroyer des crédits avantageux aux promoteurs et hommes d’affaires qui auront droit à des prêts préférentiels avec un taux d’intérêt assez bas et une période de remboursement longue. L’objectif est de stimuler les activités socioéconomiques dans toutes les régions par la création de nouveaux projets rentables, innovants et à forte employabilité. C’est ainsi que les banques pourraient contribuer à la croissance économique du pays et donner de nouveaux outils de travail aux investisseurs, qu’ils soient tunisiens ou étrangers.

Il vaut mieux opter, dans le contexte actuel, pour les crédits d’investissement plutôt que pour les crédits de consommation qui ne sont pas productifs ni rentables. Les consommateurs peuvent trouver d’autres alternatives pour payer leurs achats et les prestations en se rabattant, par exemple, sur les crédits des entreprises dans lesquelles ils travaillent ou sur les connaissances.

Augmenter le taux de l’épargne

Toutefois, l’Observatoire des services financiers a appelé les banques à baisser les coûts de leurs prestations et à accroître le taux de l’épargne qui n’a pas dépassé les 5% depuis 2018. En effet, l’épargne bancaire demeure le parent pauvre du secteur financier, car plusieurs Tunisiens ne pensent plus mettre de côté leurs économies afin de les utiliser le jour où ils en auront besoin. Compte tenu de l’érosion du pouvoir d’achat, au cours de ces dernières années, le Tunisien moyen est obligé de dépenser tout son revenu (salaire, primes, don) pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Parfois, il est contraint d’emprunter de l’argent auprès de l’entreprise ou des connaissances pour pouvoir réaliser toutes ses dépenses.

C’est dire que le temps de l’épargne est presque révolu pour certains Tunisiens. Nos travailleurs établis à l’étranger contribuent, eux, à renforcer les avoirs des banques provenant de l’épargne. Pour encourager les gens à épargner, le taux de rémunération de l’épargne doit être conséquent en augmentant le taux d’intérêt destiné aux clients et en effectuant une exonération d’un montant d’épargne à définir par les banques. Ainsi, il serait possible de stimuler l’épargne et d’inciter plus d’un client à choisir ce produit avantageux.

En tout cas, un point positif est enregistré par les banques qui ont réussi à réduire l’octroi des crédits aux particuliers ne serait-ce que pour une période déterminée. La reprise d’octroi des crédits devrait reprendre à l’avenir pour permettre aux particuliers comme aux promoteurs de contracter des prêts consacrés aux achats personnels.

A noter que les banques sont libres d’élaborer en toute indépendance leur politique financière compte tenu de leur situation et de la disponibilité des liquidités. Elles assument ainsi toute leur responsabilité suite à l’application de ces politiques élaborées dans le cadre des Conseils d’administration. L’objectif est de continuer à servir l’économie nationale par le biais des crédits accordés tout en faisant preuve de prudence pour éviter un déséquilibre au niveau des ressources disponibles.

Charger plus d'articles
Charger plus par Chokri GHARBI
Charger plus dans Actualités

Laisser un commentaire