La plage de Ghar El Melh, ex-Porto Farina, est l’une des plus belles de notre pays. Sa splendeur réside dans l’extrême limpidité de ses eaux, conjuguée à l’immensité de ses espaces sablonneux dorés! Toutefois, cette cité vit très mal sa splendeur. A cause des flux vertigineux qui y convergent de toutes parts, chaque jour, avec mention spéciale lors des week-ends et jours fériés. L’infrastructure du village, conçue pour desservir pas plus d’une dizaine de milliers d’habitants, doit subir inévitablement parfois une centaine de milliers de «têtes de pipe». Du «trop-vide» hivernal, l’on y vit infernalement le trop-plein estival. Et, du coup, ça ne passe pas… ça casse! Côté visiteurs, c’est le parcours du combattant. La descente à la mer est une insupportable descente aux enfers! Les automobilistes cheminant à la queue leu leu vers Sidi Ali El Mekki au pas, et à pas de tortue, se livrent à un bain de sueurs étouffant, avant de se prêter à un bain de soleil et se mouiller la carcasse dans la Méditerranée. Sur place, nous avons recueilli les cris d’alarme d’un autochtone, ayant ras-le-bol de ce raz-de-marée…

Pauvres Tunisiens! Ceux qui cherchent à fuir la période caniculaire avec son calvaire et sous le bourdonnement de leurs clims et de leurs ventilateurs si nocifs n’ont plus, depuis voilà belle lurette, la possibilité de se rafraîchir la carcasse tout près, à quelques petits kilomètres de chez eux. Par exemple, à Ezzahra, Hammam-Lif, l’Aéroport, Le Kram, Salambo, La Marsa, Gammarth, Raoued, etc. Si, dans ces cités balnéaires, la fraîcheur est encore là, l’eau de mer et limpide n’est plus hélas là.

Telle Sœur Anne…

Après que l’«ogre» de la pollution a tant offensé, sali et dénaturé de si belles cités, jadis refuge estival idoine pour nos ancêtres, issus de la Médina de Tunis, de Bab El Khadhra, Bab Jedid, ex-avenue Jules Ferry, etc.

Il semble que la solution radicale ne soit pas pour demain. Tunisiens et banlieusards ne font qu’attendre les mesures miracles, telle Sœur Anne, et ne voient rien pointer à l’horizon! Sauf des cours et des canalisations d’eaux sanitaires polluées assommant davantage ces plages qui ne méritent plus leurs noms et ayant perdu, au fil du temps, leur éclat et leur renom.

«Ô! Temps suspends ton vol !»

Ceux qui sont disponibles et ont les moyens disponibles campent, à grands frais, et se payent des vacances de sultans bien loin ailleurs : à Rafraf, Bizerte, Ras Jebel, Hammamet, Maâmoura, Kélibia, Mahdia, etc. Là où, en se baignant, l’on a bien envie de dire et crier à la manière de Lamartine : «Ô! Temps suspends ton vol !».

Pour le reste des Tunisiens, Dieu est grand! «Faute de grives, l’on mange des merles». L’on se contente d’une douloureuse navette Tunis-Ghar El Melh. S’agissant du point baignade le plus proche et le plus agréable, quoique cette navette soit des plus désagréables!

Le parcours du combattant !

Les dizaines de milliers de malheureux candidats à la baignade doivent braver le risque de mettre plus de trois heures pour parcourir les quelques petits kilomètres séparant Ghar El Melh village à Ghar El Melh plage (Sidi Ali El Mekki). Et, par conséquent, au risque d’étouffer et de prendre un bain de sueurs abondant, de pénibles moments durant, avant de pouvoir aller se mouiller la carcasse «semi-cuite» et si persécutée, dans les eaux limpides et salées de la Méditerranée… Bref, c’est en quelque sorte, le jour promis de la résurrection.

Surenchère et vie chère !

Et aussi, le grand chelem du monde commerçant. Que la pénurie quasi-générale du boire et du manger lui donne des ailes pour voler non pas bien sûr, dans le sens Larousse du mot voleter et voltiger…

Oui, à Ghar El Melh, tout comme à Rafraf, les commerçants de la bouffe et du breuvage marchent tous des épaules dans leurs «sacro-saints» périmètres et se liguent joyeusement contre les malheureux consommateurs pour leur imposer leurs lunatiques diktats. Le prix de la galette «tabouna» est, au bas mot, un dinar! (soit près de 3 fois plus que son prix ordinaire). Celui de la bouteille d’eau, tantôt «bouillie» et tantôt tiède, galope, lui aussi, allégrement à plus de deux dinars! Même chez l’épicier du coin!

Goulots d’étranglement et circulation au pas

J’allais oublier de vous ajouter que le rêve des candidats à la baignade des illusions commence à prendre l’allure d’un cauchemar dès que l’automobiliste quitte la GP8 (route nationale ordinaire reliant Tunis à Bizerte) ou l’autoroute du Nord, à travers la bretelle d’accès à la route régionale Ras-Jebel et Ghar El Melh.

L’encombrement et l’embouteillage infernaux prennent de l’ampleur au niveau de l’entrée de la localité de Zouaouine. Pour atteindre leur top niveau à Aousja et, précisément, au niveau de l’embranchement Ghar El Melh (à droite) et Ras Jebel-Rafraf (à gauche).

Là, l’on est astreint à circuler au pas et, parfois, d’un pas de tortue, jusqu’à faire du surplace sur pas moins de trois kilomètres. Ce qui complique davantage la situation, c’est le grand «bazar» longitudinal et le souk hebdomadaires programmés maladroitement pour les week-ends (samedi et dimanche), sur la voie principale traversant Aousja. Sachant que l’affluence des Tunisois atteint son paroxysme pendant justement les week-ends.

Une destination quasi impossible!

Les automobilistes se voient ainsi obligés de se faufiler entre les étals des marchands, mordant sur la chaussée et l’immense foule des consommateurs.

Le hic, c’est que ces expéditions infernales, on ne peut plus dissuasives, n’ont pas encore fini par persuader «les corvéables à merci» à bouder ces adresses balnéaires de moins en moins disposées et en mesure de leur ouvrir les bras, les accueillir et les contenir sans trop de dégâts. Pour s’orienter vers d’autres destinations balnéaires plus propices et mieux accessibles.

Le ras-le-bol de l’autochtone

M. Khaled Jaouani, cadre supérieur retraité de la Sonede (n’ayant pas requis l’anonymat) et l’un des autochtones de souche de l’ex-Porto Farina, se dit, au nom de ses pairs, partageant son calvaire, en ayant ras-le-bol du raz-de-marée, devenu quotidien et bouleversant leur quotidien. «Nous autres», autochtones, nous en avons par-dessus la tête de ces flux vertigineux qui sèment la pollution et «cultivent» la pénurie, la surenchère et la vie chère ! Personnellement, je suis plein de regret de vivre tout près d’une si belle plage si peuplée et si bondée. Où je n’éprouve aucun plaisir à me baigner. Notre plage n’échappe pas au surbooking, même en cours de semaine et en dehors des week-ends et des jours fériés. Je ne m’y suis pas «mouillé» depuis des années et des années ! La route ceinture s’étant avérée incapable d’accueillir un monde «roulant» si immense, les flux d’automobilistes se rabattent souvent sur les deux principales artères traversant la ville. Les chaussées ne tiennent plus le coup. Elles en sont éventrées. Les réseaux des égouts explosent par-ci, par-là.

Et voilà que «tout» le «bazar» s’étale abondamment dehors mettant les narines et les poumons des passants et des résidents à dure épreuve !

Le monsieur a raison… la commune aussi

Oui, mon interlocuteur m’a fait tout voir. Et j’en ai vu de toutes les couleurs, du gris noirâtre au noir grisâtre… C’est, ma foi, dur à vivre pour un village de 10.000 autochtones. Qui passe du «trop» vide hivernal au… trop plein estival ! Sa population initiale passe à cinq, six fois plus en cours de semaine ! Et, à dix fois plus pendant les week-ends.

A quoi doit-on s’attendre si l’intendance communale est incapable de suivre le rythme et le galop démographique si subis. Et si les officiels centraux es-qualité sont constamment inscrits aux abonnés absents, donnant l’air de n’avoir rien vu et rien connu du village des mille et une incuries !

La cité poubelle !

Poursuivant son écœurant témoignage, le porte-parole occasionnel natif du superbe Porto Farina d’antan nous conduit vers des voies publiques principales où sont jonchés et amassés des monticules de déchets de toutes sortes, des restes de sandwich et de pizza, des boîtes vides de bière, des bouteilles vides d’eau minérale, des couches dégueulasses de bébés, etc.

«Tout ceci, nous précise l’intéressé, est jeté, en cours de chemin, par des automobilistes et passagers sans vergogne, à travers les fenêtres de leurs véhicules et sous les airs musicaux assourdissants de leurs postes radio. Encore de la pollution ! Elle est sonore cette fois-ci», conclut le même témoin, hors de ses gonds et le teint rouge comme un coquelicot…

Prendre le taureau par les cornes

Cela dit et pour être concret, voilà une somme de remarques et suggestions pouvant guider les décideurs au double niveau local et régional à prendre les mesures idoines et propres à atténuer l’acuité du problème saisonnier de Ghar El Melh :

– Songer d’abord à attribuer à cette cité le caractère et la vocation touristiques et en tenir compte dans les plans futurs d’aménagement et de développement du village.
– Se résoudre sans beaucoup tarder à dégager la voie principale d’accès à Ghar El Melh, traversant Aousja. Ceci en transférant le souk hebdomadaire de samedi et dimanche, ailleurs dans un vaste espace approprié. Car la route est faite pour circuler et non pas pour commercer.

Multiplier les voies d’accès

– Eriger certaines pistes contournant de part et d’autre Aousja, en routes aisément carrossables de manière à soulager le trafic aussi bien sur la route-ceinture que sur les deux autres voies principales, à savoir les avenues Habib Bourguiba et Habib Bougatfa
– Réfectionner et réhabiliter la route reliant le pont Oued Saâdane directement à la plage de Sidi Ali El Mekki. Ce qui atténuerait la densité explosive du trafic sur la route reliant l’embranchement de Rafraf-Ghar El Melh à la plage.

A «guichets» fermés !

– Au niveau de l’entrée principale du village, doubler le passage à travers la galerie voûtée par une voie parallèle à sens inverse.
– En cas de surbooking risquant d’être accentué et de mettre à mal la population concernée, autoriser les autorités sécuritaires à fermer la voie principale d’accès à Ghar El Melh, au niveau de l’embranchement Rafraf-Ghar El Melh. Les flux des candidats à la baignade se rabattront alors sur la plage de Ras Jebel où la pression demeure, somme toute, beaucoup moins intense qu’à Sidi Ali Mekki et Rafraf El Hmari.

Les souffre-douleurs de la pollution !

Au final, maintenant que ce qui est fait, pendant de longues années, l’on devrait, dès à présent, se préparer  pour les prochaines saisons, s’y mettre à fond et prendre le taureau par les cornes pour remettre de l’ordre dans la maison. Et mettre à l’abri de tels désagréments autochtones et estivants confondus.

La solution de cette infinité de problèmes dépasse de loin l’intendance locale et même régionale.

C’est essentiellement aux autorités centrales de s’y impliquer. Car Tunisois et banlieusards n’ont commis aucun tort pour mériter un si triste sort et si insupportable calvaire. Ils ne subissent pas cette navrante navette de gaieté de cœur. Le tort est à reprocher aux autorités qui ont «chassé» tout ce beau monde de ses bases, en laissant passivement les pollueurs de tous bords faire, méfaire et massacrer ses plages réunissant, il n’y a pas si longtemps, tous les atouts.

Quant aux autochtones, ils sont les éternels dindons d’une fort déplaisante farce, dont ils ont marre et ras-le-bol !

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