Dans le contexte national, la situation économique devrait donner la priorité aux prétendants à la course présidentielle, dans la mesure où l’économie constitue le nerf névralgique de la transition sociopolitique que connaît la société tunisienne depuis 2011. C’est sur ce volet que s’est penché récemment l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace) pour sensibiliser à la nécessité de souligner l’aspect économique du profil du prochain président.

Quel profil économique devra avoir le prochain président ? Et comment devra-t-il exploiter pleinement les outils et prérogatives législatifs et constitutionnels, jugés limités, pour contribuer aux efforts visant à consolider l’économie nationale en période de crise ? C’est en essayant de répondre à ces questions que l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace) a organisé une table ronde pour débattre du rôle et du profil économique que doit acquérir le prochain président, qui sera élu à l’issue de la prochaine élection présidentielle anticipée.

Lors de cet événement, qui a eu lieu dans les locaux de l’Iace à Tunis, le professeur en droit constitutionnel Hédi Ben Mrad a développé un nouveau regard sur le rôle économique que doit jouer le nouvel occupant du Palais de Carthage, plaidant en faveur de ce qu’il a appelé une magistrature d’influence économique. S’appuyant sur une profonde lecture de la Constitution, il a souligné le fait que certains articles peuvent attribuer au prochain président une importante zone d’action pour opérer des choix politiques à dimension économique en vue de redresser l’économie et les finances nationales.

Cette magistrature d’influence économique dont le spécialiste en droit constitutionnel parle serait « liée à l’exercice d’un pouvoir sous forme de pression morale économique de manière coercitive, sans nécessairement disposer des prérogatives y afférentes. Elle tient à une capacité d’orientation à base d’argumentation persuasive et de qualité. Il ne peut s’agir en aucun cas de manipulation ou de trafic d’influence. On cherche les bonnes et non les mauvaises influences», a-t-il souligné, se basant sur son ouvrage intitulé «Le président de la République: à la recherche d’une magistrature d’influence économique».

Ben Mrad a appelé, dans ce sens, le prochain président de faire usage des outils constitutionnels dont il disposera, comme notamment sa présidence du Conseil de sécurité nationale et des différents conseils ministériels.

« Faisant partie de ses prérogatives garanties par la Constitution, la présidence du Conseil de sécurité nationale et des conseils ministériels s’avère un outil de pression positive pour orienter les choix économiques nécessaires au redressement et à la relance de l’économie nationale», a-t-il expliqué, rappelant que l’ancien Président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait présidé trois conseils municipaux durant son règne inachevé.

Jalon d’un présidentialisme éclairé

Rappelant qu’outre la diplomatie économique, le poste de président permet à son occupant de garantir la sécurité nationale, l’universitaire a également plaidé en faveur d’un bon usage de cette prérogative pour opérer des choix économiques, dans la mesure où dans le contexte national, l’économie est une question qui relève de la sécurité nationale.

«L’idée d’une telle magistrature présidentielle pourrait constituer le premier jalon d’un présidentialisme éclairé, sans emprise manifeste sur les appareils gouvernemental et législatif. Elle nous épargne ainsi les maux du présidentialisme majoritaire où le président de la République gouverne par l’intermédiaire du chef du gouvernement avec le soutien de la majorité parlementaire. Un président de la République doit savoir arbitrer, diriger mais aussi négocier», a-t-il conclu sa vision du profil économique du nouveau président de la République.

Etaient également présents à cette table ronde, plusieurs experts et anciens responsables dans le domaine économique qui n’ont pas manqué de souligner le fait que ce profil économique que doit acquérir le prochain président reste largement tributaire des équilibres politiques qui auront lieu au terme des prochaines élections, mais aussi de sa relation avec le chef du gouvernement et l’Assemblée des représentants du peuple.

En fait, cet événement s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large baptisé «Notre économie d’abord», lancé récemment par l’Iace pour souligner le volet et le rôle économiques du prochain président de la République. A cet effet, une campagne baptisée «Interroge le président» a été mise en place par l’Iace dans le cadre de ce programme, permettant le lancement d’une plateforme électronique destinée au grand public pour poser ses questions, notamment d’ordre économique, aux candidats à la présidentielle.

Notons qu’un débat prévu avec les candidats à la présidentielle, sous forme d’un «marathon de débats présidentiels», a été annulé au vu des engagements des candidats.

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