Alors que cette première historique en Tunisie marque la campagne électorale, ayant pourtant démarré sur un rythme monotone, les débats télévisés font susciter l’intérêt de pratiquement tous les Tunisiens, amateurs de la vie politique ou pas. Sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, la consommation de ce contenu politique audiovisuel prend d’autres dimensions, entre campagnes de dénigrement et analyses sérieuses et même minutieuses des passages des candidats, les réactions des internautes tunisiens donnent un nouveau visage à cette campagne électorale.

Nous l’avons déjà signalé, la grande nouveauté de ces élections étant la forte implication des réseaux sociaux et notamment Facebook dans la campagne électorale. Que ce soit pour mener sa propre campagne, utiliser des pages Facebook sponsorisées pour s’attaquer à un autre candidat, suivre simplement l’actualité politique ou commenter les différentes prestations des candidats, les usages sur ces réseaux sont multiples et ne sont en aucun cas vidés de sens, ou d’influence sur le processus électoral tunisien.

Si ces débats télévisés marquent une première dans les paysages audiovisuel et politique tunisiens, ils ont suscité, en effet, un fort intérêt chez les Tunisiens, et plus précisément chez les internautes. Car pour eux l’enjeu est double, suivre une première historique et déchiffrer de plus près les discours des différents candidats. Mais sur ces réseaux sociaux, la consommation de ces contenus audiovisuels se démarque par une ironie et un sens d’humour parfois inégalés, d’autant plus que d’innombrables internautes contribuent à alimenter cet intérêt grandissant porté aux différents aspects de ces débats. En effet, c’était le cas pendant la diffusion en direct du deuxième épisode des débats télévisés, dimanche dernier.

Commentaires drôles, campagne de dénigrement, analyses sérieuses et pertinentes, critiques et même louanges pour certains candidats, avant, durant et après la transmission en direct de ce deuxième débat, les réseaux sociaux ont vibré au rythme des différents passages et réponses des prétendants à la course présidentielle. D’ailleurs, en consultant son fil d’actualité, notamment celui du réseau bleu, vous vous êtes certainement aperçus,  dimanche dernier, de l’énormité des réactions des internautes compte tenu de ce débat et de l’importance de l’intérêt qu’il a suscité, à l’instar du premier débat, diffusé un jour avant. En fait via Facebook, les internautes ne se sont pas abstenus à faire leurs propres analyses des prestations des différents prétendants au palais présidentiel et même celle des deux journalistes qui assurent le bon déroulement de cet exercice. Certains se chargent même d’établir un classement pour démarquer la prestation des candidats, en se basant notamment sur leurs propos, positions, mais surtout rections et posture.

C’est la forme qui compte

Sur ces plateformes de l’implication sociale, c’est plutôt la forme qui compte. Durant ce deuxième débat par exemple, les internautes, en majorité, ont jugé la posture, le ton et la gestuelle du candidat Mohamed Lotfi Mraihi plutôt que son discours et ses idées. Mais pour ce dernier, certaines de ses idées ont également suscité beaucoup d’intérêt et pour lesquelles il a été largement critiqué par les internautes, à l’instar de sa position concernant la protection de l’enfance, quand il a estimé qu’il n’avait pas de programmes à cet effet et que les actuels textes législatifs ont empiré la situation des enfants tunisiens et ont fait diminuer le rôle du père dans leur l’éducation.

Même figure de cas chez Hatem Boulabiar, candidat indépendant, qui semble être le plus affecté par ces campagnes de dénigrement, les réactions se sont plutôt intéressées à son physique, ses accessoires (smartphones et montre intelligente) plutôt qu’au fond de son discours.

Et parce que les effets de mimétisme et de sensationnalisme marquent, d’une façon générale, les usages et les modes de consommation sur ces réseaux, il fallait à chaque débat créer une sorte de « victime » pour la dénigrer, c’est en fait un mécanisme qui se déclenche spontanément et rapidement dans les rangs des journalistes en fonction de la prestation, des lacunes et des gaffes des candidats. Et pour cette soirée, après Omar Mansour lors du premier débat, c’était le tour de Hatem Boulabiar, qui a été largement dénigré par les réseaux sociaux, certains ont même partagé ses photos, décontracté, avec sa femme et sa famille.

Mais ces campagnes de dénigrement ne cachent pas des analyses assez sérieuses observables chez d’autres internautes qui ont choisi de décrypter objectivement et rationnellement les prestations, discours et réponses des candidats. C’était le cas avec les candidats Abdelkarim Zbidi, Mohsen Marzouk et Ilyes Fakhfekh qui semblent être sortis indemnes de cet exercice, qui s’est avéré très dur pour les protagonistes de cette course présidentielle. En effet, sur Facebook, ces candidats ont bénéficié de la satisfaction relative de la foule, prête à « massacrer » tout candidat à la moindre faille. 

Résumé de la situation. Sur les réseaux sociaux, et notamment sur Facebook, les débats attirent considérablement les internautes tunisiens.  Et c’est notamment le pouvoir de la foule connectée qui influence largement l’évaluation de la prestation  des différents candidats d’où la difficulté de cet exercice pour ces derniers. Car sur ces réseaux « ça passe ou ça casse», et malheureux celui qui rate son passage.

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