C’est le tournant de cette campagne électorale qui a pourtant démarré en douceur. L’organisation des débats télévisés a donné, comme espéré, un nouveau souffle, une nouvelle dimension voire une nouvelle ambiance à cette campagne électorale. Si cet exercice s’avère être difficile et même dur pour certains, bénéfique et opportun pour d’autres, il a permis aux Tunisiens, dont notamment les potentiels électeurs, de faire leur premier tri. Ces électeurs étaient nombreux à suivre ces échanges télévisés dont le dernier a pris fin lundi soir

Premier exercice de ce genre, grosso modo réussi, pour la jeune démocratie tunisienne surtout sur la forme, d’autant plus que la majorité des candidats ont fait preuve de responsabilité et de maturité politiques, alors que d’autres sont tombés dans le piège des provocations, du discours populiste et des faux débats. Si les Tunisiens ont espéré un vrai débat, dans lequel les candidats confrontent leurs idées, les organisateurs de cet événement ont opté plutôt pour des questions indépendantes pour chaque prétendant au Palais présidentiel pour éviter tout risque de « clash » et de diffamation entre les différents protagonistes de ces débats.

Les trois premiers débats, en attendant l’organisation d’un quatrième en cas d’un fort probable deuxième tour de l’élection présidentielle, ont ainsi pris fin, marquant une première dans l’histoire du pays. Ce que nous pouvons retenir le plus de cet exercice, qui s’est avéré très dur pour certains et opportun pour d’autres, c’est notamment la fébrilité de certains profils de candidats, qui ne sont pas sortis indemnes de ces échanges télévisés et qui ont été dénigrés sur la Toile. En effet, pour les observateurs, le plus gros avantage de cet exercice électoral télévisé est qu’il a mis à nu chaque candidat: seul face à la caméra, il s’est adressé en direct à des millions de Tunisiens qui ont passé au crible les différents passages des candidats. Dans ce sens, l’exercice s’est transformé en un véritable casting révélateur d’une élite politique qui se dit prête à prendre les rênes du pays.

Quelle utilité ? 

Le troisième et dernier débat télévisé, censé permettre aux citoyens de choisir entre 26 candidats à la magistrature suprême, a eu lieu lundi soir sur al Wataniya 1. Sept derniers candidats ont répondu, en un laps de temps rigoureusement chronométré, à des questions tirées au sort, portant sur trois axes principaux, à savoir la politique étrangère, la sécurité et les différentes initiatives qui seront proposées par le futur président. Un passage qui marque la fin de cet exercice composé de trois débats, en attendant l’organisation du quatrième qui mettra en confrontation les deux candidats au second tour, sauf si, bien sûr, l’un des candidats rafle plus de 50% des voix au premier tour, chose que les observateurs écartent.

Loin de la forme, de l’organisation et de l’aspect spectaculaire de ces débats, c’est le contenu, le fond et les programmes électoraux qui comptent. En effet, ces débats ont été organisés dans le seul objectif de permettre aux Tunisiens d’orienter leurs choix électoraux, en fonction des programmes des différents prétendants au palais de Carthage. Nous avons ainsi posé cette question, et d’autres, à différents profils de Tunisiens, pour évaluer l’efficacité et l’utilité de ces débats.

Alors que certains répondants ont rejeté toute utilité de cet exercice, d’autres ont félicité son organisation puisqu’elle leur a permis de faire un premier tri. Dans ce sens, Hamza, ingénieur en génie civile, 42 ans, a affirmé que ces débats lui ont permis d’éliminer certains profils, d’autant plus qu’il était carrément indécis, avant leur diffusion. « C’était vraiment à la hauteur des attentes, bien qu’on s’attendait à un vrai débat, à une confrontation entre les candidats, mais je pense que c’était bénéfique pour l’électeur tunisien qui pourra choisir, ou du moins éliminer certains candidats. C’était mon cas d’ailleurs, j’ai pu faire une première sélection des profils pour lesquels je ne voterai pas », a-t-il témoigné. Même son de cloche chez Hamed, 63 ans, retraité d’une société de location de voitures. Pour lui, « ces échanges télévisés ont placé les candidats devant leur réalité, chose qui a permis de découvrir la fébrilité et la faiblesse du discours de plusieurs candidats ».

Mais pour Hédia, 53 ans, femme au foyer, ces débats ont confirmé ses intentions de vote, dans la mesure où son candidat préféré a assuré son passage durant ces échanges: « Mon candidat était à la hauteur de mes attentes, et il a confirmé mon choix, maintenant je suis sûre de ma décision. Pour ce qui est de l’organisation de ces débats, je pense qu’ils sont extrêmement importants pour le processus électoral tunisien et doivent se transformer en de véritables traditions électorales à l’instar des vielles démocraties dans le monde entier ».

Conscient de l’importance de tels contenus audiovisuels politiques, les jeunes, critiqués parfois pour leur désintérêt pour la vie politique, ont suivi de plus près ces débats qui ont marqué cette campagne électorale. Dans ce sens, Sarra, 23 ans, étudiante en économie-gestion, fait part de son admiration pour l’organisation de ces débats. Pour elle, bien qu’habituellement elle ne s’intéresse pas aux discours des politiciens, ces débats ont suscité un vif intérêt. « J’ai regardé les trois débats entièrement, je n’ai manqué aucun passage, c’est un exercice important pour nous les jeunes, afin de décortiquer le discours des politiciens. En plus, c’est une occasion pour s’assurer des capacités communicatives du nouveau président, d’autant plus que certains candidats n’ont même pas pu enchaîner deux idées », a-t-elle témoigné.

Le non-débat 

Avez-vous changé d’avis après avoir regardé les débats télévisés ? Rania, jeune médecin, affirme qu’en effet, en regardant le premier débat elle a changé ses intentions de vote, car le candidat pour lequel elle allait voter, n’était pas à la hauteur de ses attentes. « C’est principalement en raison de sa pauvre prestation durant ce débat que j’ai décidé de changer de camp, il m’a carrément déçue, et lorsqu’on rate ce genre d’occasion, c’est l’échec total », a-t-elle expliqué.

Si ces échanges télévisés semblent avoir séduit une large partie de la population tunisienne, les taux d’audience pour le premier débat ont dépassé la barre de 3 millions. Pour certains c’est un non-événement. C’est le cas de Motaz, un ouvrier de 37 ans : « La vie politique et les politiciens ne m’intéressent pas, encore moins ces débats, car ce sont les mêmes discours, les mêmes promesses qui ne seront pas tenues. J’ai vu quelque passages sur Facebook et je pense que c’était un non-débat, il n’y avait aucune confrontation d’idées ou de programmes, pour moi c’est un échec », estime-t-il.

En tout cas, même si les avis des citoyens sur l’organisation de cet exercice divergent, ceux des observateurs, des spécialistes en communication politique et des différents acteurs de la vie politique vont dans le sens d’un succès qui a marqué les paysages politique et audiovisuel en dépit de quelques lacunes.

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