Quels rôles pour les journalistes dans la lutte contre les «Fakenews» et la désinformation sur les réseaux sociaux? Quelles pratiques journalistiques pour contrecarrer cette éventuelle menace portée par la désinformation en ligne et comment veiller sur les bonnes pratiques journalistiques durant cette période ? Des interrogations qui ont été débattues, hier, lors de la table ronde organisée par la section Tunisie de l’Union de la presse francophone sur le thème : «Fake news, propagande politique, journalisme sensationnel: quel journalisme pour la période électorale ? ».

Présent lors de cette table ronde, le président de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), Nouri Lajmi, a reconnu que les «fake news» et l’implication des réseaux sociaux constituent actuellement une véritable menace au processus électoral tunisien en raison des risques de désinformation. «Les fake news et la désinformation en ligne constituent un sujet de prédilection au sein de la Haica, car nous considérons que leur menace à l’actuel processus électoral est réelle et se fait sentir de plus en plus», a-t-il estimé. Et d’annoncer que l’Instance de régulation du paysage audiovisuel prépare une plateforme de vérification des faits pour lutter contre les «fake news» qui sera lancée très prochainement. Lajmi a souligné le fait que la lutte contre les «fake news» doit faire l’objet d’un effort collectif notamment par les journalistes et les institutions de régulation, bien qu’elle ne soit pas leur premier rôle.

Donnant un perçu historique de ce phénomène, celui de la propagation des rumeurs et des fausses informations, Hamida El Bour, directrice de l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), a rappelé que la diffusion des fausses nouvelles est aussi ancienne que la naissance de l’information en elle-même. « Bien que les rumeurs constituent un phénomène vieux comme le temps, qui remonte même à plus de 2.500 ans, il s’est considérablement généralisé à l’ère des réseaux sociaux, car l’accès à la publication des nouvelles et des contenus a été ouvert à tout le monde », a-t-elle expliqué rappelant que son institut a déjà mis en place des programmes académiques pour enseigner les techniques de «Fact chekcing» (vérification des faits).

Sensibiliser les citoyens

Pour sa part, Rafik Halouani, ancien président de «Mourakiboun», a reconnu également qu’aujourd’hui les réseaux sociaux et notamment les «fake news» constituent une réelle menace au processus électoral rappelant que la société civile pourrait être également une source de fausses informations à travers notamment des rapports faussés et manipulateurs. «Je me rappelle de la rumeur portant sur une statistique faisant savoir que l’employé tunisien travaille en moyenne seulement huit minutes par jour, c’est faux, et c’est malheureusement une composante de la société civile qui a diffusé ce genre de fake news», a-t-il rappelé. Proposant des suggestions pour freiner l’impact des «Fake nws», Halouani a opté pour une sensibilisation efficace des publics, et notamment des électeurs dans un contexte électoral. Pour lui, la «guerre» est du côté des publics, car ce sont ces publics, ces citoyens qui donnent de l’ampleur aux fausses informations. Et d’appeler à mettre en place des programmes éducatifs dès les classes primaires, notamment dans la matière de l’éducation civique pour sensibiliser à l’importance de vérifier les sources, notamment sur le réseau social Facebook.

Souhaieb Khayati, directeur bureau Afrique du Nord de Reporters sans Frontières, a appelé, d’autre part, les journalistes tunisiens à s’attacher à la déontologie du métier en optant pour la publication des faits vérifiés et à respecter l’impartialité notamment dans la période électorale. Il a dans ce sens appelé les journalistes à ne pas se laisser emporter par la course frénétique aux scoops et au buzz médiatique.

Clôturant ce débat, Hanen Zbiss, présidente de l’Union de la presse francophone section Tunisie, a appelé, à son tour, à la promotion d’une véritable éducation aux médias numériques et à l’ère des réseaux sociaux au vu du flux énorme des informations. «Face à ce flux, à cette révolution technologique, ont est tous appelés à mettre en place une réelle éducation à ce contexte numérique», a-t-elle conclu.12

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