Documentaire : « Vaclav Havel, un homme libre » : Havel le magnifique !


A l’occasion du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, un documentaire sur la vie et l’œuvre de Vaclav Havel, premier président de la Tchécoslovaquie puis de la Tchéquie, a été projeté à la Cinémathèque de Tunis. Un film qui restitue toute la complexité du personnage.


Des images défilent et racontent l’homme attachant, étonnant, séducteur, aux multiples talents. On le voit jeune en rock star se déchaîner sur des instruments de percussion, un peu plus âgé abordant le V de la victoire à la suite de l’une de ses quatre incarcérations au cours de la dictature communiste, tribun unique lors de la révolution de Velours, puis représentant sa République en tant que chef d’Etat de la République techèque et slovaque en juillet 1990.
« Cet homme est Vaclav Havel, écrivain tchèque, essayiste, dissident, prisonnier politique. Lorsqu’il est devenu président de la République en 1989, j’avais vingt ans. Il est pour moi, comme pour tous ceux de ma génération, celui qui nous a apporté la liberté », ainsi s’exprime Andrea Sedlakova, réalisatrice du documentaire « Vaclav Havel, un homme libre » projeté à la cinémathèque jeudi et dimanche derniers.

« La politique est l’essence du théâtre »
Ce portrait dense et richement documenté de Vaclav Havel, produit en 2014, a été présenté au public tunisien dans le cadre d’un cycle concocté par la cinémathèque pour célébrer le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. Or, bien avant l’effondrement du mur qui divisait en deux Berlin et le monde entré en guerre froide depuis les années 50, des femmes et des hommes de l’Europe de l’Est avaient commencé à ébranler un système basé sur la propagande, la répression des idées et la peur généralisée. Parmi ces hommes-là, Vaclav Havel. Comme le raconte le film, en recourant à des images d’archives inédites, cette personnalité hors du commun est née en 1936 dans une famille prospère de riches entrepreneurs praguois. Mais en 1948, le rideau de fer bouleverse et la géopolitique du monde et la vie tranquille et heureuse de la famille du jeune Vaclav. Les biens de sa famille sont nationalisés et lui est interdit de lycée pour cause de ses «origines bourgeoises». A 15 ans, il commence à s’intéresser à la poésie et fonde le groupe littéraire « Ceux de 36». Son premier interrogatoire policier, il le subit à l’âge de 16 ans. Machiniste au théâtre ABC, puis éclairagiste, il découvre le quatrième art et s’essaye à la dramaturgie.
Du théâtre, il dira au milieu des années 60 : « C’est le lieu où se concentre l’esprit de l’époque et qui permet à la société de se libérer ». Dans les années 60, Havel est célèbre. Ses pièces, telles que «L’aide-mémoire » ou « Ce Rapport dont vous êtes l’objet » sont jouées dans le monde entier mais censurées chez lui pour la dimension absurde, très inspirées de Kafka qu’elles portent. Havel affirme au cours de l’un de ses témoignages recueillis par la réalisatrice : « La politique est l’essence du théâtre ».
Tribun politique hors pair, il devient le chef de l’opposition politique à la fin des années 60. A propos de ce va-et-vient entre l’art et la dissidence politique il dira encore : « Ma profession est celle d’écrivain. Je ne peux rien être d’autre. Mais dans la mesure où toute vie culturelle est étouffée en Tchécoslovaquie, tout devient politique, crypto-politique, des concerts rock jusqu’aux messes. A plus forte raison l’écriture, la mise en mots de la vérité face au mensonge d’Etat ».
En 1989, Vaclav est élu président de la République tchèque. Il décèdera en 2011.
Le documentaire restitue toute la complexité du personnage, de sa sensibilité d’auteur bien né, à ses pérégrinations à la quête d’une voie dans un pays fermé, à sa détermination de militant et à ses infidélités conjugales. Mais l’amour de sa femme Olga qui l’accompagne et le soutient est aussi inconditionnel que le parti pris de la réalisatrice pour Havel.

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