L’interprète de la chanson « Diki diki anta rafiki » est mort dans la solitude et la souffrance.

Qui de nous n’a pas dansé sur la fameuse chanson « Diki diki anta rafiki » Sa musique et ses paroles ont bercé des générations d’enfants qui l’ont chantonné, en fredonnant à tue-tête les mots aux sonorités magiques. Le vendredi dernier, Ridha Ben Haj Khalifa l’auteur et interprète de cette chanson indémodable et qui a marqué les mémoires, nous a quitté en silence, sur la pointe des pieds.

Alors qu’il n’a cessé d’égayer des générations d’enfants, d’adolescents et de jeunes avec ses sketches, ses chansons pétillantes et son humour décalé, c’est pourtant dans la souffrance et la solitude absolue que Ridha Diki Diki a quitté ce bas-monde.

Car malgré ses pointes d’humour et sa capacité à ne pas se prendre au sérieux, la vie n’a pas été une sinécure pour l’interprète aux montures colorées et qui aimait arborer de colliers et de tissus aux couleurs chaudes et chatoyantes de l’Afrique au cours de ses spectacles.

L’auteur interprète, qui avait de nombreuses cordes à son arc (il était peintre à ses heures perdues), a été arnaqué depuis le début de sa carrière artistique qui a démarré en 1978.

Alors que, ses compositions et ses chansons à succès se vendent  comme des petits pains dès leur sortie, les sociétés de distribution et de diffusion de disques et de cassettes de l’époque, qui achetaient une partie de sa production, écoulaient ensuite des milliers de cassettes de ses chansons sans lui verser un seul kopeck.

Idem pour les spectacles et les concerts privés qu’ils donnent dans la capitale. Ses représentations sont mal payées et l’artiste doit attendre souvent plusieurs mois pour être rémunéré par les directeurs des festivals qui ont programmé ses spectacles.

Comme de nombreux artistes qui vivent uniquement de leur art en Tunisie, l’interprète a du mal à joindre les deux bouts car les spectacles ne rapportent pas suffisamment pour le mettre à l’abri du besoin et lui permettre de mener une vie confortable.

Avec l’âge et les problèmes de santé qui vont l’affecter physiquement, l’artiste a été victime, en effet, d’un AVC qui lui fera perdre l’usage partiel de son œil, le téléphone sonne de moins en moins et les visites d’amis et de proches s’espacent, enfonçant l’homme dans une grande solitude.

Chargé par un bélier de combat le mois de ramadan dernier

Le mois de Ramadan dernier, Ridha Diki Diki était seul dans son vieil appartement de la petite Sicile. Le troisième jour, le sexagénaire décide d’aller dîner dans un petit restaurant du quartier. La rue est déserte. Non loin, une bande de jeunes s’amusent avec un bélier de combat aux cornes énormes et imposantes.

L’artiste ne voit pas le danger venir et poursuit tranquillement sa route. Chargé par l’animal qui enfonce violemment ses cornes dans sa cuisse droite, il est brutalement projeté en l’air et s’en tire avec plusieurs fractures. C’est une lente et inexorable descente aux enfers qui débute pour l’interprète compositeur.

Au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, il est hospitalisé pendant huit jours dans une chambre où il est livré à son propre sort et en proie à des douleurs atroces. « A partir de vingt heures, on éteignait les lumières dans les chambres au cours du mois de Ramadan, raconte Jamel Ben Haj Khlifa, le frère du défunt.

Un malade pouvait crier et se tordre de douleur dans l’indifférence totale sans que personne ne vienne lui donner des antalgiques pour soulager sa douleur.

«J’ai rapporté des lingettes pour m’occuper moi-même de la toilette de mon frère car personne au sein de l’hôpital n’a daigné le faire. En revenant le lendemain à son chevet, je me suis aperçu qu’on avait dérobé ces lingettes ».

L’artiste a toutefois pu bénéficier du soutien du ministre de la culture Mohamed Zine El Abidine et de Mounir Bouaziz, Président de l’association des cinéastes indépendants.

Mais l’été va tourner au cauchemar et au cours des mois qui suivent, Ridha Diki Diki qui continue à éprouver des douleurs intenses, se déplace difficilement avec un déambulateur.

La semaine dernière, l’artiste est victime d’un second AVC qui va avoir raison de ses dernières forces et lui être fatal.

Lorsqu’il est transféré à l’hôpital Habib Thameur, il est entre la vie et la mort. « Alors qu’il avait besoin d’oxygène, on ne lui a même pas fait de massage cardiaque pour tenter de le réanimer. Il est resté pendant quatre heures sans recevoir aucun soin et il a fini par rendre l’âme sous mes yeux », tempête son frère.

Ridha Diki Diki est parti. Si son âme a quitté ce monde, son oeuvre restera, pour toujours gravée dans la mémoire collective.
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