La polémique a considérablement enflé le mois dernier autour de la pension de retraite versée par la Cnrps à ses affiliés. Ces derniers ont remarqué, en effet, une diminution sensible du montant de leurs retraites par rapport aux mois précédents. Les retraités de la fonction publique ont, alors, tiré à boulets rouges sur la Cnrps, l’accusant à tort d’avoir procédé à une retenue sur leurs retraites sans les avoir avertis. Ce qui est formellement démenti par Imed Turki, Président-directeur général de la Cnrps. Cette réduction perçue au niveau de la pension de retraite du mois de novembre serait simplement due à la fin du versement du rappel des augmentations injectées par tranches au cours de ces derniers mois. En se confiant à La Presse, le premier responsable de la Cnrps a également apporté un éclairage sur la crise structurelle de la Caisse, l’adoption de la loi du 30 avril 2019 qui est une véritable bouffée d’oxygène et qui va permettre de rallonger l’âge de départ à la retraite et d’augmenter les cotisations sociales.

Expliquez-nous pourquoi la polémique a enflé autour de la pension de retraite du mois de novembre dernier ?
Le mois de novembre dernier, les retraités ont remarqué que leur pension de retraite avait sensiblement diminué par rapport aux mois précédents. Il faut savoir que contrairement à ce qui a été relayé comme information, cette diminution observée au niveau des pensions de retraite ne correspond ni à une retenue ni à une ponction sur les retraites. En décembre 2018, il a été décidé d’augmenter les salaires. Nous avons intégré cette augmentation dans les pensions depuis le mois de mai dernier. Nous avons intégré, par ailleurs, un rappel des augmentations salariales de décembre 2018 jusqu’au mois de mai 2019 et dont le montant s’élève à 71 millions de dinars. Avec la coordination et l’accord de la Fédération Nationale des Retraités, nous avons fractionné ce rappel en cinq tranches : juin, juillet, août, septembre et octobre. Nous avons par conséquent versé la dernière tranche du rappel le mois d’octobre dernier. Après l’acquittement de la totalité du rappel, la pension de retraite est revenue au même seuil que celui du mois de mai dernier.

Est-ce que les retraités étaient informés de ce rappel ?
En concertation avec la Fédération nationale des retraités, relevant de l’Ugtt, la Cnrps a mis en place un programme qui est l’ajustement automatique des pensions de retraite pour les ministères et les sociétés et les administrations publiques. Nous avons établi, pour chaque entreprise, le montant de l’augmentation salariale. Nous avons partagé l’information sur les réseaux sociaux et nous avons publié des communiqués. Certains retraités n’ont peut-être ni consulté le site de la Cnrps et ne sont pas au fait de ces communiqués qui pourtant ont été diffusés au niveau de la Fédération nationale des retraités qui tient au courant ses adhérents des dernières actualités en matière d’augmentations salariales. Les retraités ont été surpris quand ils ont remarqué une diminution. Quand nous avons versé les 25 et 26 novembre les pensions et que la polémique a pris de l’ampleur nous sommes intervenus sur les médias pour clarifier cette question. Des associations qui ont pour adhérents des retraités sont même intervenues pour dissiper ce malentendu et expliquer clairement les raisons de cette « baisse » observée au niveau des pensions de retraite du mois de novembre.

Donc il n’y a pas de déficit de communication…
S’il y a eu polémique c’est qu’il y a un problème quelque part….Nous devons améliorer notre communication et nous rapprocher davantage de nos affiliés. Nous ne pouvons pas tenir au courant tous nos affiliés. Trop de communication tue la communication aussi. Il faut savoir doser et savoir quand il faut communiquer et intervenir pour informer les retraités. Certains retraités peuvent penser qu’on gaspille leur argent dans la communication

En cas de retenue ou de ponction programmée sur les pensions de retraite, les affiliés de la caisse seraient-ils automatiquement informés ?
Il n’est jamais question de procéder à une quelconque retenue ou ponction sans informer ou avertir les retraités. Il faut savoir que nous ne prenons jamais de décisions en dehors de ce que prévoit la loi. Citons, à titre d’exemple, la loi du 30 avril 2019 relative au régime des retraites dans le secteur public. Nous avons communiqué dans les médias afin d’informer les affiliés sur les nouveautés apportées par cette loi et qui concernent les cotisations sociales et le rallongement de l’âge de départ à la retraite. Cette nouvelle loi prévoit une augmentation de 2% des cotisations à la charge des employeurs, entrée en vigueur depuis juin 2019, au titre des régimes de retraite et une augmentation de 1% des cotisations à la charge de l’employé qui entrera en vigueur à partir de janvier 2020.
Ces augmentations au niveau des cotisations vont permettre d’injecter des liquidités et afin de continuer à verser les pensions de retraite dans les délais réglementaires. Cette cotisation au titre des régimes de retraite et à la charge des employés va augmenter, par conséquent, de 8.2% à 9.2%. Il faudra donc faire un travail de communication afin de rappeler aux affiliés que la cotisation sociale va augmenter de 1% à partir de janvier 2020. Il faut relever que l’annonce de l’augmentation des cotisations sociales au titre des régimes des retraites et de la réforme des régimes de retraites a été accompagnée d’une stratégie de communication. En effet, la plupart des intervenants sociaux qui ont pris part à l’élaboration de cette loi du 30 avril 2019 en ont parlé dans les médias. Il faut savoir que la Cnrps verse chaque mois entre 354 et 375 millions de dinars de pensions de retraite. C’est un droit mais cela pèse sur la Caisse.

La Cnrps souffre d’une crise structurelle. Le déficit n’a cessé de se creuser….
Il existe deux types de déficits : le déficit comptable et le déficit de trésorerie. Le déficit comptable correspond à la différence entre les revenus qui sont entrés dans les caisses et les cotisations qui auraient dû être versées par des sociétés publiques comme la Société des transports, la Sncft, l’Office des terres domaniales, la société de cellulose de Kasserine mais qui ne l’ont pas fait car elles passent par une situation financière difficile. Pourtant, ces cotisations sont comptabilisées comme des revenus. Aujourd’hui, le déficit comptable de la Cnrps s’élève à 700 millions de dinars par mois. Il y a aussi ce qu’on appelle le déficit de trésorerie. Avant la promulgation de la nouvelle loi en date du 30 avril 2019, celui-ci s’élevait à 1800 millions de dinars. L’entrée en vigueur de cette loi permettra d’injecter 800 millions de dinars dans les caisses ce qui va améliorer le flux de trésorerie. Cela nous permettra de finir l’année avec des besoins de financement s’élevant à cent millions de dinars. Au vu du nombre de retraités qui ne cesse d’augmenter en Tunisie et à l’échelle mondiale, il faut trouver de nouveaux moyens de financement.

Les dispositions de la loi 37 ont-elles permis d’apporter une bouffée d’oxygène à la caisse?
Bien évidemment. Cette loi est entrée en vigueur à partir du mois de mai 2019. Selon les prévisions, elle devrait permettre à la CNRPS de générer d’ici la fin de l’année 275 millions de dinars de revenus supplémentaires. On s’attend à ce que le montant des recettes atteigne 800 millions de dinars l’année prochaine. Il faut savoir que les deux dispositions les plus importantes de cette loi s’articulent autour de l’augmentation des cotisations sociales au titre du régime des pensions de retraite et du rallongement de l’âge de départ à la retraite. Avant la promulgation de cette loi, tout employé qui travaille cotisait à raison de 8,2% et l’employeur à raison de 12,5%. Avec l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi, l’employé cotisera à partir de janvier 2020 à raison de 9.2% alors que les employeurs cotiseront à raison de 14,5%. Cette loi prévoit également le rallongement de l’âge de départ à la retraite. Il s’agit là d’un avantage car les employés vont continuer à cotiser ce qui contribuera à diminuer le nombre de départs à la retraite et par voie de conséquence celui des pensions de retraite versées par la Cnrps.

Il a été décidé de rallonger l’âge de départ à la retraite à 62 ans pour la fonction publique. A partir de quelle année, cette mesure sera-t-elle effective ?
Tous les affiliés à la Cnrps sont concernés par la mesure relative à l’augmentation de l’âge de départ à la retraite. De mai à juin 2019, cette mesure était optionnelle. Elle est devenue obligatoire à partir du mois de juillet 2019. Toute personne active qui a eu soixante ans le mois de juillet dernier s’est vu prolonger d’une année l’âge de départ à la retraite. Les personnes actives qui ont eu 60 ans le mois de juillet dernier partiront à  la retraite en juillet 2020 à l’âge de 61 ans. Les personnes actives qui auront 60 ans à la fin du mois de décembre 2019 se verront prolonger obligatoirement de deux ans l’âge de départ à la retraite et sortiront en janvier 2022 à l’âge de 62 ans. Une option s’offrira à eux. Ils auront, en effet, la possibilité s’ils le désirent, de prolonger le départ  à la retraite de trois ans supplémentaires et de sortir à l’âge de 65 ans.

Le départ à la retraite à l’âge de 65 ans deviendra-t-il un jour obligatoire ?
Il est déjà obligatoire dans certains pays qui l’ont adopté. Il s’agit pour l’heure d’une option qui est facultative en Tunisie. Mais on ne sait jamais. Si le contexte socioéconomique l’exige et si la réforme des régimes de retraite se poursuit en concertation avec les partenaires sociaux, il se pourrait que cette option devienne un jour obligatoire. Il y a un grand nombre de personnes actives qui ont choisi de rester jusqu’à l’âge de 65 ans. Aujourd’hui, la conjugaison de plusieurs facteurs, à savoir une bonne condition physique à l’âge de 60 ans, la peur de l’oisiveté, le besoin de se sentir encore utile au sein de la société et un salaire qui ne suffit pas à satisfaire les besoins d’un foyer poussent les personnes actives en fin de carrière à prolonger l’âge de départ à la retraite et à opter pour l’âge de 65 ans afin de bénéficier d’une pension conséquente.

Avec la cherté de la vie, la pension de retraite permet-elle à un retraité de vivre décemment en Tunisie?
1250 dinars. C’est en moyenne, ce que perçoit un retraité dans le secteur public. C’est une pension de retraite qui lui permet de vivre correctement malgré les nombreuses dépenses et autres frais liés à la santé notamment. Il y a aussi des retraités qui continuent de rembourser leurs crédits. Il est vrai que nous espérons que cette pension sera revue à la hausse. Sinon, je pense que dans l’ensemble, les retraités de la fonction publique vivent décemment.

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