Pour certains, il ne s’agit que d’un simple acte d’achat ordinaire, ou une action de consommation habituelle, mais pour d’autres, la fripe s’avère une culture, un passe-temps, voire une thérapie et un antistress. Peut-on imaginer la fin de ce commerce en Tunisie alors que, selon des statistiques non officielles, plus de 80% des Tunisiens s’habillent à la fripe ? Quelles retombées socioéconomiques provoquerait l’arrêt de cette activité ?

Le problème a été soulevé dernièrement par un conflit entre les autorités et la Chambre syndicale nationale des commerçants des vêtements usagés (friperie) qui a annoncé une grève générale ouverte à partir du 20 décembre. Ainsi, l’ensemble des dépôts, usines de traitement et commerces seront fermés jusqu’à la satisfaction des revendications professionnelles de ce secteur. A l’origine du conflit, une circulaire de la douane  qui classe le tri des chaussures de fripe dans les usines comme crimes, interdisant ainsi cette activité aux professionnels de ce secteur.

Le président de la Chambre syndicale nationale des commerçants des vêtements usagés, Sahbi Mâalaoui, a confirmé dans ce sens que le processus d’introduction de vêtements de fripe sur le marché local s’arrêtera à partir du 20 décembre après avoir informé officiellement les fournisseurs européens de cette décision. Des menaces qui n’ont pas fait changer l’avis, ni la position de la douane, qui s’attache à appliquer la circulaire.

47 sociétés tunisiennes sont spécialisées dans l’importation des vêtements de la fripe, assurant 10 mille postes d’emploi directs. Cependant, le secteur souffre d’innombrables problèmes structurels et si on sait que selon les chiffres présentés par les autorités, jusqu’à 200 mille commerçants détaillants de fripe ne disposent pas d’une autorisation légale, on s’aperçoit des risques énormes d’évasion fiscale et de dépassements.

« Cette campagne et ces décisions non étudiées, de la part des décideurs, sont venues sous la pression des professionnels du textile et des chaussures qui se plaignent de la concurrence déloyale de la friperie », a expliqué dans ce sens Sahbi Mâalaoui.

En tout cas, la douane semble se baser sur les études du ministère de la Santé, qui affirment que les chaussures usagées importées pourraient contenir des produits et des matières nocifs.

Entre le marteau et l’enclume

Face à cette situation de blocage, les Tunisiens sont pris entre le marteau des menaces des professionnels de ce secteur et l’enclume des mesures de la douane et des autorités, alors que cette activité fait travailler des milliers de personnes et permet aussi à des millions de citoyens de s’habiller. Des Tunisiens qui trouvent refuge quotidiennement dans ces friperies pour s’habiller, d’autant plus que les prix dans les boutiques sont, souvent, hors de leur portée.

Sur les réseaux sociaux, réagissant à l’annonce des parties syndicales de ce métier portant sur l’arrêt de l’activité de la fripe en Tunisie, certains citoyens sont allés jusqu’à prédire une grande révolte si jamais l’Etat touchait au secteur de la fripe.
En effet, ce secteur, même s’il enregistre plusieurs manquements et dysfonctionnements, notamment au niveau de son organisation et du monopole exercé par certaines parties, contribue massivement à la promotion de l’activité économique. Le président du Groupement interprofessionnel de la friperie auprès de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), Hamdi Kannou, a affirmé qu’au total entre 300 mille et 400 mille Tunisiens travaillent dans ce secteur.

La Tunisie importe annuellement jusqu’à 200 mille tonnes de vêtements usagés en provenance notamment des marchés européen, américain et canadien. 35% de ces quantités sont exportées vers des pays africains, ce qui explique le fait qu’outre la distribution locale, la Tunisie se présente comme un pays transitaire de ces produits, d’où l’enjeu économique considérable.

La Tunisie importe annuellement jusqu’à 200 mille tonnes de vêtements usagés en provenance notamment des marchés européen, américain et canadien. 35% de ces quantités sont exportées vers des pays africains, ce qui explique le fait qu’outre la distribution locale, la Tunisie se présente comme un pays transitaire de ces produits, d’où l’enjeu économique considérable.

47 sociétés tunisiennes sont spécialisées dans l’importation des vêtements de la fripe, assurant 10 mille postes d’emploi directs. Cependant, le secteur souffre d’innombrables problèmes structurels et si on sait que selon les chiffres présentés par les autorités, jusqu’à 200 mille commerçants détaillants de fripe ne disposent pas d’une autorisation légale, on s’aperçoit des risques énormes d’évasion fiscale et de dépassements.

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Un commentaire

  1. Dalida Ghomrasseni

    14/12/2019 à 18:45

    Maintenant que plusieurs boutiques étrangères sont un peu partout en Tunisie , ils devront changer leurs comportement et acheter en boutique .

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