EN dépit de toutes les critiques, il n’existe aucun événement comparable à l’impact de la révolution tunisienne. Lorsque les Tunisiens ont réussi à renverser le régime le 14 janvier 2011, ils ont montré la voie. A la vitesse de l’éclair, les scènes de la révolution ont inspiré d’autres peuples, mettant ainsi fin aux idées qui font des régimes politiques et de leurs principaux acteurs des intouchables.

Neuf ans après, que reste-t-il de la révolution ? Sinon qu’elle a tout particulièrement profité à ceux qui l’ont confisquée et qu’elle continue de profiter aux hautes sphères du pouvoir. On ne peut évoluer si l’on n’est pas proche du pouvoir. Résultat : la classe politique perd de plus en plus le soutien des classes populaires. Tout cela sans compter la corruption, que les politiques avaient pourtant juré de combattre, et qui est toujours en place.

Neuf ans après, la liberté est là, mais pas la justice sociale. L’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi important dans le pays. La classe moyenne, censée être le pilier du régime, a perdu beaucoup de son pouvoir d’achat à cause de l’inflation, de la crise, des choix économiques, de la corruption et du chômage qui non seulement devient encore plus élevé, mais touche particulièrement les jeunes.

S’ils restent la principale source d’espoir pour l’avenir, et bien qu’ils soient bien formés et qu’ils demeurent très attachés à la révolution dont ils sont les principaux artisans, ces jeunes se trouvent encore exclus des affaires du pays.
Principale déformation : l’idéologie politique s’impose largement au détriment des intérêts nationaux. Les politiques se sont emparés de la révolution en laissant sur leur chemin énormément de déçus, car leurs promesses n’ont pas été tenues.
La crise économique que traverse le pays reflète une réelle crise de gouvernance. Il ne faut pas s’en étonner, car le cœur de l’action réside dans cette tendance à aveugler l’opinion publique.

La révolution a quelque part échoué. Elle a été détournée. Au départ, elle n’était pas politique. Nous sommes vraiment très loin aujourd’hui de toutes les revendications formulées en 2011. Des revendications qui exprimaient une volonté de réformes émanant des jeunes, des étudiants, des intellectuels, de la classe moyenne. En renversant le régime, les Tunisiens voulaient essentiellement plus de justice sociale. La classe politique n’a pas eu l’intelligence de comprendre le message.

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