Même s’il a déjà procédé à quelques réunions avec des personnes proches, le chef du gouvernement désigné, Elyes Fakhfakh, entame aujourd’hui ses concertations officielles sur la formation du gouvernement dans une conjoncture politique toujours sous tension. Quelle sera son approche ? Optera-t-il pour un gouvernement d’union ou de salut national ? Son équipe sera-t-elle restreinte ? Se dirige-t-il vers la création de pôles ministériels ? En tout cas, tout reste possible, mais les grands traits du gouvernement Fakhfakh seront dévoilés prochainement.

Le chef du gouvernement désigné, Elyes Fakhfakh, a annoncé que les concertations portant sur la formation du gouvernement démarreront aujourd’hui, jeudi, à Dar Dhiafa, avec les différents courants politiques pour déterminer la composition du nouveau gouvernement mais notamment son programme. Dans ce sens, il est attendu que le chef du gouvernement désigné entame ces pourparlers notamment avec les leaders des partis représentés au Parlement, d’autant plus qu’il a déjà annoncé que ce processus n’exclura aucun parti.

Ces consultations se tiendront quotidiennement, a annoncé à cet effet Cyrine Cherif, nouvelle responsable de la communication au sein de l’équipe d’Elyes Fakhfakh. Il est prévu également que le chef du gouvernement désigné rencontre régulièrement les médias pour informer l’opinion publique de l’avancement des consultations afin de respecter le principe de transparence pendant la période des consultations. D’ailleurs, Elyes Fakhfakh devrait tenir demain, vendredi, sa première conférence de presse en tant que chef de gouvernement désigné pour dévoiler quelques éléments sur le processus de formation du gouvernement, et notamment sa nature. Ces concertations incluront également les  organisations nationales dont notamment l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica).

Tension et tiraillements politiques

Ces pourparlers et consultations démarreront dans un climat politique déjà tendu, d’autant plus que la désignation d’Elyes Fakhfakh ne semble pas unir toute la classe politique. Pire encore, certains partis, comme en l’occurrence le Parti destourien libre (PDL), ont déjà annoncé qu’ils refusent sa désignation même avant de connaître son programme et son équipe.

Mais en attendant le dévoilement de son programme gouvernemental et la nature de son gouvernement, la majorité des partis représentés dans le Parlement ainsi que les organisations nationales ont exprimé leur prédisposition à coopérer avec Elyes Fakhfakh dans le processus de formation du nouveau gouvernement. Reste à savoir si ce dernier décidera d’impliquer tous les partis à ce processus ou procédera à la formation d’une alliance gouvernementale qui lui permettra d’obtenir la confiance du Parlement.
C’est dans ce sens que le parti Au Cœur de la Tunisie a appelé Elyes Fakhfakh à s’ouvrir à tous les partis politiques en vue de former son gouvernement. Dans une déclaration publiée après la réunion de son bureau politique, le parti a affirmé qu’il n’avait aucune réserve initiale ou personnelle contre le choix de l’ancien ministre Elyes Fakhfakh pour former le gouvernement.

Le parti a également appelé le chef du gouvernement désigné à « consulter toutes les forces vives et les partis sur la forme de gouvernement, et à mettre en place le programme approprié afin d’assurer un appui politique et parlementaire pour surmonter les défis et atteindre les objectifs souhaités afin que la Tunisie sorte de sa profonde crise économique et sociale ».

Même son de cloche du côté du parti Ennahdha qui a affirmé son intention de coopérer avec Elyes Fakhfakh dans le processus de formation du gouvernement, tout en appelant à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, ce qui signifie la participation du parti Au Cœur de la Tunisie au prochain gouvernement.

Et en se référant aux déclarations des leaders des deux partis le Courant démocratique et le Mouvement du peuple, on s’aperçoit également que nous nous dirigeons vers un gouvernement qui bénéficie d’un appui politique assez confortable. Car, en effet, ces deux partis ainsi que Tahya Tounès, dont Elyes Fakhfakh est le candidat, ne ratent aucune occasion pour montrer leur soutien au nouveau chef de gouvernement désigné. Sauf grande surprise, ces quatre partis, à savoir Ennahdha, le Courant Démocratique, le Mouvement du peuple et Tahya Tounès constitueront la ceinture politique du prochain gouvernement, en attendant la position finale du parti de Nabil Karoui.

Au cœur de l’attention

Résumé de la situation : les concertations marathoniennes portant sur la formation du gouvernement démarreront aujourd’hui, alors que pratiquement toutes les forces politiques n’ont pas émis de réserves sur la désignation de Fakhfakh. Elles attendent toutes le développement de la situation politique pour émettre une position finale quant à leur participation au prochain gouvernement, tous les scénarios étant envisageables et toute l’attention se portera sur cet ingénieur de formation qui devra trouver des solutions pour faire sortir le pays de cette crise politique inédite.

En tout cas, dans sa première déclaration aux médias le jour de sa désignation, Elyes Fakhfakh avait promis de former une équipe harmonieuse, proche des attentes des Tunisiens exprimées lors des dernières élections. Il a aussi indiqué que l’équipe sera restreinte et que le choix de ses membres tiendra compte de la compétence et de la volonté politique.

La désignation de Fakhfakh intervient suite à l’invalidation, par le Parlement du gouvernement proposé par Habib Jemli (proposé par Ennahdha) et dont le processus de formation s’est étalé sur un mois et demi. L’article 89 de la Constitution stipule que le Président de la République engage, dans un délai de dix jours, des consultations avec les partis, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité la mieux à même d’y parvenir de former un gouvernement, dans un délai maximum d’un mois non renouvelable.

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