Le journalisme sportif est aujourd’hui laissé à des non-journalistes. Des médias de niches préfèrent miser sur une approche décontractée du sport pour ne pas avoir des journalistes militants.Faut-il penser qu’il n’est plus illusoire de spéculer sur la valeur éducative et l’exemplarité du sport-spectacle ? Nous somme enclins à considérer que le fossé qui sépare aujourd’hui le sport de sa vocation idéaliste, notamment tel qu’il est pratiqué dans des structures organisées ou de façon informelle, n’a jamais été aussi grand. Le sport-spectacle est à présent définitivement intégré dans la sphère économique, et soumis à tous ses aléas et contraintes. L’effort collectif ou individuel désintéressé, le respect de la règle et de l’adversaire, la convivialité.

La mise en scène fait désormais partie du journalisme.  Comment peut-on qualifier le métier ? Faut-il dire journaliste sportif, journaliste de sport, voire chroniqueur dans le sport ? Voilà un genre unique où il ne s’agit plus, sinon très peu, de rendre compte, de commenter. Encore moins faire ce métier de manière passionnelle, simple. Des « experts », « éditorialistes du sport » ou ex-joueurs devenus consultants copieusement rétribués, se laissent entraîner dans les analyses, entrecoupées de palette technique, de loupe sur des actions de jeu.

La présence des chroniqueurs et des consultants dans les manifestations hautement sportives finit par devenir inquiétante. Le football doit rester un jeu, un exutoire de passions collectives, sans devenir une obsession incontournable qui occulte tout le reste. Dans un tel contexte, le moindre dérapage prend des allures de catastrophe nationale, tandis que le caractère prétendument exemplaire du sport est ouvertement contredit.  De fait, rien n’est vraiment exemplaire dans le sport tunisien, ni le niveau des rémunérations, ni le mode de vie des acteurs, ni les rapports humains, ni la gestion des clubs, ni la gouvernance des instances. Ce secteur d’activité fonctionne depuis longtemps à l’instar des autres secteurs économiques, et la prétendue «spécificité» du sport ne sert souvent que de paravent pour tenter de masquer cette prosaïque réalité. Cela révèle aussi la faiblesse de la gouvernance des autorités traditionnelles du sport, et au-delà, l’anachronisme de son modèle d’organisation qui semble à bout de souffle et appelé à une profonde rénovation.

Comment expliquer que le journalisme d’investigation soit si peu présent dans le sport ? Cela illustre les rapports délicats que le journalisme entretient avec le sport. Envahi par l’argent, le sport serait réfractaire à l’information indépendante, et le journaliste sportif serait suspecté de compromissions et de collusion avec la matière qu’il traite. Parce qu’il faut promouvoir et entretenir le spectacle, le sport s’accommoderait mal du travail d’enquête journalistique. Devenu spectacle professionnel, les écarts dans le sport sont d’autant plus saillants. Ses ramifications aussi. Pour le journaliste sportif, le subtil équilibre entre contact et distance, entre l’enquête et le commentaire, est difficile à trouver. La définition du rôle est en jeu.Face à ces dérives caricaturales, le journaliste d’investigation s’érige en contre-modèle. Le clivage est tel que des discussions s’engagent sur l’utilité même de sortir l’information. Au point de ne rien dire ?

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