Les ouvriers et les ouvrières agricoles originaires du village de Om Ladham parcouraient tous les jours une soixantaine de kilomètres pour aller travailler dans les champs. Parmi les blessés : deux sœurs âgées respectivement de 12 et 17 ans qui ont abandonné leurs études pour aider leur mère décédée sur le coup
Encore des scènes désolantes nous parviennent des régions intérieures du pays, pour témoigner du vécu amer et inhumain des femmes agricoles. Les convois de la mort ont sévi de nouveau causant  le décès de douze ouvriers agricoles alors que 20 autres personnes ont été blessées.
C’est dans la délégation de Sebbala qu’a eu lieu cet accident grave suite à une collision entre un camion transportant des ouvriers agricoles et un camion de transport de volailles. Cinq hommes dont le conducteur du camion de transport de volailles et 7 femmes ont trouvé la mort dans l’accident dont une mineure âgée de 16 ans. Onze personnes sont décédées sur le coup, alors que la douzième, une femme, a succombé à ses blessures à son arrivée à l’hôpital régional de Sidi Bouzid.
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, la collision a fait également 21 blessés dont la plupart ont été transférés à l’hôpital de la région alors que trois d’entre eux ont été conduits vers les établissements hospitaliers de Sfax. L’explosion du pneu d’un des deux camions serait à l’origine de cette grave collision.
Toutes les victimes sont, apprend-on, originaires du même village de Om Ladham, relevant de la délégation de Sebbala à Sidi Bouzid. Elles faisaient chaque jour 60 km pour travailler dans les champs de la localité de Khadhrya à raison de 10 et 12 dinars par jour. Notons-le, parmi les blessés, une mineure de 12 ans et une autre de 17 ans dont la mère fait partie des victimes de l’accident, ayant eu lieu sur la route nationale reliant Sidi Bouzid à Kasserine.

Tension à Sidi Bouzid
La tension était forte à l’hôpital de Sabbala, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, suite à une grande affluence de la part des familles des victimes. En effet, l’ambiance était tendue marquée par une grande colère des habitants, en raison, notamment, du manque d’équipements dans cet établissement hospitalier.
Une colère illustrée par le reportage de la Télévision tunisienne à travers des témoignages pénibles. On apprend, d’ailleurs, que ces femmes, hommes et enfants partaient travailler dans des conditions difficiles, qu’ils se lèvent à 3h00 du matin pour aller travailler, qu’une famille entière a été décimée dans l’accident, qu’une femme a été écrasée, que des corps ont été démembrés, des scènes vraiment désolantes.
Le ministère de la Santé, qui annonce avoir pris toutes les mesures nécessaires pour assurer le transport et les soins aux blessés, assure qu’une cellule d’appui psychologique a été mise en place pour accompagner les blessés et les familles des victimes qui ont perdu la vie dans cet accident.

Le dilemme du transport rural
D’après les statistiques du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, quatre travailleuses agricoles sont décédées et 119 ont été blessées dans des accidents de la route survenus en 2018 et ce à cause de la précarité des conditions de leur transport. Il faut rappeler, dans ce sens, que le 11 avril, deux femmes agricoles ont trouvé la mort dans les mêmes circonstances à Zaghouan.
Le transport des femmes agricoles pose un véritable problème qui semble échapper aux institutions de l’Etat en matière de consolidation du rôle de la femme tunisienne dans la société. Ces femmes travaillant dans le secteur agricole souffrent de conditions de transport très difficiles et parfois inhumaines, elles sont souvent transportées dans des camions sans aucune norme de sécurité, ce qui explique ces accidents mortels. Chaque jour, ces femmes issues des milieux ruraux sont confrontées à des obstacles complexes qui entravent leur autonomisation et les empêchent d’exercer leurs droits.
Houcine Baccouche, expert en sécurité professionnelle, a tiré la sonnette d’alarme en ce qui concerne les accidents de travail en Tunisie, qui sont à l’origine, selon ses dires, de 100 décès chaque année: «Ces ouvriers devront tous bénéficier de couverture sociale et d’une situation régulière, alors qu’en Tunisie il n’en est rien. C’est ce qui explique le drame d’aujourd’hui», a-t-il asséné.

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