C’est aujourd’hui à minuit que les délais constitutionnels relatifs à la formation du gouvernement Fakhfakh prennent fin, alors que la situation politique reste toujours marquée par le flou et un blocage persistant, en dépit de quelques prémices de dénouement de la crise annoncées par le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi.

Tous les yeux sont tournés vers la scène politique où les différents protagonistes du processus de formation du gouvernement poursuivent leurs tractations et négociations politiques pour trouver une issue à ce blocage politique qui a pris une tournure constitutionnelle. En effet, alors que le Président de la République, Kaïs Saïed, semble avoir joué sa dernière carte pour débloquer la situation, on commençait à voir le bout du tunnel avec un rapprochement des positions observé chez les parties en conflit. C’est en tout cas ce qu’a confirmé le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Noureddine Taboubi, qui a fait savoir qu’un consensus a été trouvé, annonçant que la «Tunisie aura un gouvernement dans les heures à venir».

«Toutes les parties ont priorisé l’intérêt national et un consensus a été trouvé autour de la formation du prochain gouvernement d’Elyes Fakhfakh qui annoncera sa composition dans les prochaines heures», a-t-il souligné  à l’ouverture des travaux du congrès des agents du corps judiciaire, des domaines de l’Etat et des affaires foncières. Pour lui, ce consensus est le fruit de l’intervention de plusieurs organisations nationales dont notamment l’Ugtt et de partis qui ont priorisé l’intérêt national.

Ce rapprochement et ces prémices de dénouement de l’actuelle crise politique interviennent à la suite d’une série de réunions et de tractations politiques entre les représentants des différents partis politiques concernés par ce processus. C’est dans ce sens que Noureddine Taboubi, qui a joué les médiateurs pour mettre fin à cette crise, a rencontré à deux reprises le chef du gouvernement désigné Elyes Fakhfakh dans le cadre de la poursuite des efforts visant à trouver une issue à ce blocage.

Ces nouveaux éléments laissant penser à une sortie de crise, notamment après les efforts de médiation menés par les deux organisations nationales, semblent avoir ouvert la voie à la participation de Qalb Tounès au prochain gouvernement. En effet, selon toute vraisemblance, la sortie de cette crise serait liée à la participation du parti de Nabil Karoui au gouvernement Fakhfakh, une condition fortement posée par Ennahdha qui exige la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.

La copie modifiée ?

En annonçant son gouvernement samedi dernier, le chef du gouvernement désigné était presque sûr que cette première copie sera révisée à la lumière de l’avancement des négociations avant l’expiration des délais constitutionnels de formation du gouvernement. C’est ainsi que certains noms de ministres indépendants initialement proposés seront retirés et remplacés par d’autres ministres issus du parti Qalb Tounès ou du moins proches de ses structures. D’ailleurs Elyes Fakhfakh s’est réuni lundi avec ses ministres indépendants pour les informer des éventuels changements. Elyes Fakhfakh aurait-il trouvé la solution médiane ? En tout cas, selon les dernières informations qui commencent à fuiter de Dar Dhiafa, le chef du gouvernement désigné aurait positivement réagi aux conditions d’Ennahdha en confiant un nombre très réduit de ministères au parti de Nabil Karoui. Mais il est à noter qu’officiellement, le chef du gouvernement désigné n’a formulé aucune invitation à Qalb Tounès pour participer au prochain gouvernement, ce qui laisse le dernier quart d’heure des négociations ouvert à tous les scénarios.

Face à ces informations, le dirigeant et député de Qalb Tounès, Iyadh Elloumi a exprimé le refus de son parti d’entrer dans ce gouvernement avec seulement deux portefeuilles ministériels, réitérant son appel au chef du gouvernement désigné à mener des négociations officielles avec Qalb Tounès et «non pas sous la table».

Blocage persistant

Parallèlement, le blocage entre Ennahdha et le Courant démocratique s’est poursuivi d’autant plus que le secrétaire général de ce dernier a décliné une invitation à une réunion de la part de Rached Ghannouchi pour revenir sur les derniers rebondissements et essayer de trouver un terrain d’entente. Effectivement, Mohamed Abbou a refusé de rencontrer le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui l’a invité à une réunion prévue hier, en présence également du secrétaire général du Mouvement du peuple, Zouhaier Maghzaoui, ce qui montre qu’en marge du blocage qui marque l’actuelle phase politique, le conflit entre Ennahdha et le Courant démocratique semble s’aggraver. Une réunion qui est tombée à l’eau étant donné que Zouhaïer Maghzaoui s’est également excusé.

Entretemps, le chef de l’Etat, Kaïs Saïed, s’est de nouveau réuni avec Elyes Fakhfakh pour revenir sur les derniers développements de la situation après son appel à trouver le consensus et à privilégier la voix de la raison et la sagesse pour éviter la dissolution du parlement. En tout cas, les délais constitutionnels portant sur la formation du gouvernement expirent aujourd’hui à minuit si on compte le jour de désignation d’Elyes Fakhfakh, le 19 janvier dernier. Donc on saura incessamment si Elyes Fakhfakh a décidé de céder aux pressions d’Ennahdha et modifier sa composition gouvernementale en intégrant Qalb Tounès, ou s’il a refusé de modifier ses choix et conservera ainsi sa même équipe gouvernementale.

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