Encore une scène démocratique en Tunisie qui, neuf ans après la révolution, continue à transmettre des messages de consensus et de cohabitation politiques à toute la région, en dépit d’un processus entravé portant sur la formation du gouvernement. Hier, en présence de plusieurs personnalités nationales, le gouvernement Elyes Fakhfakh a pris officiellement les commandes du pouvoir exécutif à l’issue d’une passation marquée par l’émotion et les larmes.

Comme procédant d’une volonté d’instaurer de nouvelles traditions en matière d’alternance et d’administration des hautes institutions du pays, le cérémonial d’hier a marqué en effet une nouvelle phase de renforcement des mécanismes de la transition démocratique qui ne peut que rassurer les Tunisiens sur la continuité de l’Etat, malgré les problèmes majeurs portant sur les questions économiques et sociales.

Cette cérémonie a été organisée, hier en milieu de journée à Dar Dhiafa à Carthage, pour assurer la passation des pouvoirs et l’entrée en fonction du gouvernement Elyes Fakhfakh, qui a dernièrement obtenu la confiance de la majorité des députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). En effet, officiellement investi par l’ARP, Elyes Fakhfakh devient ainsi le 8e chef du gouvernement après la révolution. Emotion, responsabilité et espoir, c’est ce que ressentaient, hier, les invités à cette cérémonie qui n’a duré qu’une heure, suffisante pour investir le nouveau gouvernement et assurer cette transition politique.

Emu, le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh a promis d’œuvrer pour mettre «la Tunisie sur les rails et faire face aux différents problèmes économiques et sociaux auxquels le pays est confronté en vue de réaliser le décollage économique». Après avoir félicité son prédécesseur Youssef Chahed et les membres de son gouvernement sortant pour leurs efforts, Elyes Fakhfakh a transmis des messages rassurants aux Tunisiens, mettant en avant les principes de la continuité de l’Etat et de la transition démocratique. Il s’est dit également conscient de l’énormité des défis que doit relever son gouvernement, à commencer par la question urgente de la prévention contre le coronavirus. «Je vous félicite pour le travail que vous avez fait tout au long des trois dernières années, la mission n’était pas facile, certes, mais seule l’histoire retiendra ce que vous avez accompli pour ce pays», s’est-il adressé aux ministres sortants. Et de poursuivre : «Il faut commencer immédiatement le travail pour répondre aux attentes du peuple tunisien, en s’appuyant sur les réalisions accomplies par les gouvernements qui se sont succédé».

Stabilité politique

S’adressant à Youssef Chahed, le chef du gouvernement a souligné la nécessité d’assurer une stabilité politique en Tunisie pour mener les réformes nécessaires. «Je ne suis pas venu pour partir mais pour plutôt rester. Le pays n’est plus en mesure de supporter la déstabilisation politique, on ne peut plus supporter autant de gouvernements qui se succèdent. Je vous remercie pour tous les efforts que vous avez déployés pour améliorer la situation dans le pays, mais on ne peut tout réussir, certes. Nous voulons mettre en place une réelle stabilité politique et nous n’aurons ni Carthage 1, ni Bardo 1 ni Kasbah 1 ».

Evoquant les martyrs de la révolution et leurs sacrifices, Elyes Fakhfakh s’est effondré en larmes et n’a pu terminer son discours, se contentant de dire qu’il leur sera fidèle.

Tenue hier dans une ambiance démocratique, la cérémonie a rassemblé les membres du cabinet sortant de gestion des affaires courantes et ceux du nouveau gouvernement, de même qu’un certain nombre de personnalités nationales, les représentants des partis politiques et des institutions constitutionnelles et les présidents des organisations nationales. Notons que l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) était le grand absent de cette cérémonie sur fond d’un conflit avec le chef du gouvernement sortant.

Lors de cette cérémonie, Youssef Chahed a présenté un document à son successeur qui contient l’état des lieux de la situation des différents départements et les dossiers prioritaires, mais aussi l’avancement des différents projets, affirmant être à la disposition d’Elyes Fakhfakh pour assurer convenablement cette passation des pouvoirs, car pour lui, il s’agit d’un moment historique.

«Ils ne vous laisseront pas faire !»

Le chef du gouvernement sortant Youssef Chahed avait pris en premier la parole au cours de la cérémonie pour faire part de la difficulté des conditions de travail de son gouvernement, affirmant être satisfait de son rendement, ainsi que de celui de son équipe gouvernementale. Présentant brièvement son bilan, Chahed a estimé qu’il a payé «un prix très cher» en s’attaquant au dossier de la corruption. Youssef Chahed a poursuivi en s’adressant au nouveau chef du gouvernement Elyes Fakhfakh : «Si vous allez entamer cette guerre, ils ne vous laisseront pas faire. Mais, résistez, tenez bon ! », a-t-il lancé. Et d’ajouter qu’«aujourd’hui, la Tunisie va mieux, et que le scénario de la faillite de l’Etat a été dépassé».

Lors de son discours, Chahed a insisté sur le fait que la Tunisie est aujourd’hui immunisée contre la menace terroriste grâce aux réussites accomplies par les forces de sécurité et de l’Armée.

«La Tunisie a gagné 15 points dans le Global Terrorism Index 2019 établi par l’Institut pour l’économie et la paix», a-t-il rappelé, se félicitant également des indicateurs économiques, qui «sont aujourd’hui au vert». Il a également appelé Elyes Fakhfakh à se concentrer sur l’augmentation des ressources de l’Etat, l’employabilité, la numérisation et sur la création de richesse et la restructuration des entreprises publiques.

Le gouvernement Fakhfakh a obtenu mercredi dernier la confiance de l’ARP avec 129 voix pour, 77 contre et une abstention sur 204 votants. Ce nouveau gouvernement est composé de trente ministres et deux secrétaires d’Etat et compte six femmes. Il sera confronté à des dossiers brûlants dont notamment la prévention contre le coronavirus, les préparatifs du mois de Ramadan et la préservation du pouvoir d’achat des citoyens.

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