Etre journaliste dans sa région, c’est être, nécessairement, son porte-voix, celui qui fait du temps et de l’espace l’objet de son actualité
Un des critères journalistiques, la proximité. De quoi l’information locale tire ainsi sa juste valeur, produit rédactionnel qui colle à la réalité de la région et répond aux préoccupations de sa population, son premier public cible. Ceci étant bel et bien la règle, sauf que certains médias n’en tiennent pas compte ou le relèguent au second plan. L’on parle, ici, du journalisme local et la responsabilité qu’il doit porter envers ses lecteurs. Ce sur quoi s’est focalisée la manifestation organisée, tout récemment, à l’initiative du Pamt (Programme d’appui aux médias en Tunisie), avec le concours du Snjt, un de ses partenaires principaux, depuis son lancement, il y a maintenant presque deux ans. Avec comme intitulé « Journalisme responsable, journalisme de proximité », le débat s’est ainsi déroulé à « Dar Zaghouan », l’unique maison d’hôte dans la région, où l’information locale, comme partout d’ailleurs dans le pays, n’a jamais été reconnue en tant que telle. Une question subsidiaire, pour ainsi dire.
Etre journaliste dans sa région, c’est être, nécessairement, son porte-voix, celui qui fait du temps et de l’espace l’objet de son actualité. De quoi la thématique tire aujourd’hui sa juste valeur, souligne M. Said Ben Kraiem, directeur général du Capjc, et celui qui chapeaute la gestion du Pamt. A l’ère du numérique, l’utilité de l’information régionale revêt aussi une dimension nationale. Et réciproquement vrai. Preuve à l’appui, le drame des 15 bébés décédés à La Rabta, les inondations ravageuses ayant frappé Nabeul et ses environs ou l’accident mortel survenu, ces derniers jours, à Sabbala (Sidi Bouzid), mettant en cause la qualité du transport agricole, sont autant d’informations qui, au-delà des lieux des faits, avaient défrayé la chronique et suscité une réaction nationale. L’actualité dépasse, parfois, ses frontières. Aux yeux de l’opinion publique, seule l’importance de l’information compte, de par sa véracité et son degré d’impact direct. « Certes, on écrit pour qui nous lit », évoque Mme Hamida El Bour, directrice de l’Ipsi, l’Institut de presse et des sciences de l’information. Cela confirme, ajoute-elle, le critère de la proximité, notamment dans sa dimension géographique, tant il est vrai que le besoin est, a priori, local. Et puis, un plus large écho national.

La formation est nécessaire
Même sur ce plan, il y a, d’après Mme El Bour, un avant et après-révolution : l’information régionale était uniquement sous forme de données chiffrées, sans intérêt. Ce qui ne l’est pas aujourd’hui. C’est que la même information, on la voit suivie d’effet immédiat et de réactions populaires (mouvements de protestation, manifs et grève de la faim). « La proximité revêt, en fait, un aspect multidimensionnel, à savoir social, économique et culturel. Soit l’incarnation de la politique générale de l’Etat telle qu’a été appliquée dans la région. Cette dernière était médiatiquement marginalisée, a-t-elle jugé. Cela est dû, aux dires de notre collègue Chokri Ben Nessir, au modèle social et économique archaïque qui régissait l’entreprise médiatique. Jusque-là, nos médias ne vivent que de leurs ventes assez réduites et d’insertions publicitaires, aujourd’hui, en baisse.  La qualité de l’information régionale ? Cela nécessite une formation supplémentaire, pense M. Ben Kraiem, évoquant la complémentarité entre l’Ipsi comme école de formation initiale diplômante et le Capjc, de par sa qualité de centre africain fournisseur de formation continue à l’échelle nationale.
Que faire pour sa mise en valeur? L’apprentissage à vie, au sens vrai du terme, comme l’a proposé Ben Nessir. Cela dit, du fait que le métier change aussi. Le « robot-journaliste » est-il le rival du journaliste qui puisse tout faire à sa place? Et d’ajouter que le journaliste aura bientôt son guide de bonne pratique. Le deuxième panel s’était concentré sur « l’information culturelle au temps des nouveaux médias », Zaghouan berceau de la civilisation andalouse fut prise comme exemple édifiant. Et là, Mme Chedia Khédhir, journaliste à la télévision nationale, a qualifié le journaliste culturel de véritable créateur, au sens propre et figuré du terme. MM. Ahmed Hamrouni et Rachid Soussi, respectivement universitaire-chercheur et acteur de la société civile, ont parlé des « morisques en Tunisie » et de « patrimoine immatériel et médias ». Ainsi, l’information se rapportant à ces sujets a pu ériger la région en legs culturel et civilisationnel du monde actuel.

Kamel FERCHICHI

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