Les revendications matérielles et statutaires des transporteurs de carburants se font de plus en plus insistantes, ce qui risque de faire boule de neige. Une troisième grève en six mois qui devient insupportable pour tous

Mercredi 1er mai 2019, journée chômée qui célèbre la fête du Travail a connu un trafic particulier sur nos routes suite à une annonce qui a suscité la panique des automobilistes. Les transporteurs de carburants observent une grève de trois jours depuis hier, jeudi 02 mai 2019. Le blocage dans le secteur des transports qui frappe depuis une longue période les bus et les taxis se répercute de manière néfaste désormais sur l’approvisionnement en carburant. La Fédération générale du transport explique que cette grève fait suite à la non-application des augmentations salariales de 2018 et 2019. Les transporteurs revendiquent également le classement du secteur de transport des carburants sur la liste des métiers de transport de produits dangereux. Après la grève des 13 et 14 décembre 2018, celle des 12 et 13 avril 2019, voici une troisième interruption de l’essence à la pompe qui vient porter un coup de massue au bon fonctionnement du transport en Tunisie. Fethi Zouari, président de la chambre syndicale du transport des matières dangereuses au sein de l’Utica (Union tunisienne pour l’industrie, le commerce et l’artisanat), a apporté de nombreux éclaircissements sur le développement d’un secteur bouillonnant. Il affirme qu’une négociation mercredi soir avait failli aboutir à un accord entre les différentes parties prenantes mais qui a laissé place au constat d’échec à cause des surenchères de la partie syndicale des transporteurs de carburants. Il affirme que la grève a débuté réellement au cours du jour férié de mercredi 1er mai 2019. Selon Zouari, les grévistes dépassent les bornes : « C’est une chose inacceptable car l’approvisionnement en carburant doit se faire 360 jours par an sauf au cours des fêtes religieuses de l’Aïd El Fitr et l’Aïd El Idha. Le ravitaillement a fait défaut ce jour là, hormis l’approvisionnement du reste. Cela aura notamment un mauvais impact sur la distribution dans les kiosques d’essence dimanche prochain qui n’est pourtant pas déclaré journée de grève. »

Au niveau des négociations, la partie gouvernementale a proposé de relever le montant de la prime spécifique tout d’abord de l’ordre de cent dinars puis cent-dix dinars avec un rejet systématique de la Fédération générale du transport qui campe sur ses positions. De plus, cette attitude de répulsion dans un dossier sensible risque, en cas d’approbation sur des points qui servent leurs intérêts seuls, de mettre à mal d’autres secteurs similaires comme les transporteurs de matières chimiques qui se sentiront à leur tour lésés par une telle issue dans les négociations. La prime de risque exigée est sans fondement car le transport de l’essence se fait conformément à la réglementation internationale, d’après Zouari.

Panique des automobilistes

Des corridors de voitures ont longé les routes desservies par des stations d’essence. Une paralysie qui a gâché la fête des conducteurs en vadrouille par une journée libre de travail. Un taximan déplore le comportement des automobilistes qui ne remplissent pas leur réservoir comme il se doit. « S’ils remplissaient suffisamment leur réservoir d’essence avec des pompes de trente ou quarante dinars, on ne verrait pas un tel spectacle ! Un manège que l’on peut éviter en pareille circonstance». La route de La Marsa était bondée hier de riverains en partance pour profiter du charme de la banlieue par un s ensoleillé. Mais les longues files de voitures qui postaient à gauche en attente d’être servies en essence suscitent l’intrigue. «Cette fois, la grève s’annonce coriace parce que c’est la deuxième en un petit mois. Pour ma part, je m’inquiète de ne pas finir convenablement la semaine chargée de travail, courses et préparatifs pour le Ramadan», s’inquiète Oussama D, la quarantaine et père de famille.

Avait-on besoin d’une telle déconfiture à l’approche du mois de la clémence et de la piété ? Non. Une source médiatique a affirmé que la voix de la raison de la Fédération générale du transport pourrait prévaloir avant la fin de la grève pour empêcher le pays de vivre une nouvelle crise sans issue. Une possibilité que ne confirme pas Zouari qui estime formellement que la grève ira jusqu’au bout même si elle ne manquera pas de pénaliser le contribuable tunisien. Le prélèvement des jours de grève sur les salaires sont insignifiants pour le salarié tandis qu’ils pèsent lourd dans la balance pour l’Etat. Une analyse qu’affirme et approuve Zouari. Il déclare sans ambages : « Si on comptabilise le coût fixe du blocage d’un camion par jour à hauteur de quatre cents dinars que l’on multiplie par le nombre de camions de transport inactifs et le nombre de jours d’arrêt, on comptabilisera une perte considérable pour les finances de l’Etat. » Le contribuable payera cher la facture !

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