La polémique autour des projets d’accords avec la Turquie et le Qatar prend de l’ampleur, ouvrant la voie à des accusations à l’encontre du Mouvement Ennahdha et du président de l’ARP, Rached Ghannouchi, pour passer en catimini des projets de loi susceptibles d’être examinés en plénière sans qu’ils ne soient médiatisés, et qui en temps normal auraient provoqué de vives critiques. Cette polémique s’inscrit également dans le cadre du bras de fer qui semble encore très loin de prendre fin à l’hémicycle, à la lumière notamment des divergences entre les blocs parlementaires sur plusieurs points. A l’heure où les députés d’Ennahdha expliquent que les deux projets d’accord avec la Turquie et le Qatar auront des répercussions positives sur l’économie et les finances du pays, pour d’autres députés, visiblement plus pragmatiques, il s’agit tout simplement de rien moins qu’une atteinte flagrante à la souveraineté de l’Etat, estimant que les deux projets en question, en souffrance depuis quelque temps dans les tiroirs de l’ARP, n’ont aujourd’hui aucun caractère urgent. On va même encore plus loin jusqu’à accuser le bureau de l’ARP de dépassements et de non-respect des procédures et des délais, encore moins des priorités du pays.

Même son de cloche dans les accusations adressées à Rached Ghannouchi dans la mesure où il ne cesse de chercher un partenariat à part entière avec la Turquie et le Qatar et à instaurer des relations privilégiées avec ces deux pays.

Le premier projet de loi est relatif à l’approbation de l’accord de l’encouragement et de la protection mutuelle des investissements entre la Tunisie et la Turquie. Conclu entre les deux pays le 27 décembre 2017, il est destiné à impulser le rythme du partenariat économique entre la Tunisie et la Turquie, en attirant les investissements turcs en Tunisie et en encourageant les Tunisiens à investir en Turquie.

Le deuxième projet porte sur l’approbation de l’ouverture du siège de « Qatar Fund for Development » en Tunisie et destiné de façon générale aux projets de développement et à la promotion économique, tout en leur accordant les facilités nécessaires.

A l’évidence, le timing est douteux d’autant qu’il intervient dans un contexte où tous les efforts des différentes partie prenantes sont mobilisés pour faire face à la crise sanitaire et à l’impératif de trouver les solutions efficaces pour un accompagnement sanitaire, économique et social pour les citoyens et les entreprises touchés par la crise du Covid-19. Un timing qui suscite le doute quant à l’intérêt de l’examen de ces deux projets de loi.

Les actes d’absolution de beaucoup d’élus impliquent forcément des causes et des degrés de gravité variés. Les dépassements s’éternisent et se conservent. Ils prennent de plus en plus de formes nouvelles. Ils guettent incessamment l’ambiance et les rapports des députés sous l’hémicycle. Pareille singularité n’est-elle pas essentiellement la conséquence de problèmes qui perdurent ? En revanche, rares sont les fois où la plupart font preuve de l’impératif de mettre l’intérêt de la patrie avant les partis. Dans la sérénité ou dans l’urgence, l’ARP ne fait que cumuler les ennuis. On pense ainsi au passage en force du Parlement pour l’adoption de projets de loi douteux et l’on se dit que faute de visibilité et de confiance, l’on se trompe encore et toujours sur les priorités, les tenants et les aboutissants.

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