En se dirigeant vers les urnes, en octobre dernier, les citoyens n’avaient pas l’impression qu’ils allaient élire un parlement aussi tendu, hétérogène et conflictuel qu’il soit. Il ne se passe pas une semaine, pour ne pas dire une journée, sans que l’on entende parler d’un brouhaha et d’un blocage à l’hémicycle. S’agit-il d’un mauvais choix dès le départ ou est-il question de députés qui sont dans l’incapacité de faire prévaloir les intérêts de leurs électeurs ?

De nouveaux conflits et incidents surviennent à l’ARP, alors que le pays traverse une crise sanitaire et économique inédite, pour nous rappeler la fragilité du paysage parlementaire. Le récent épisode de cette tension et de cette image sombre du travail parlementaire a eu lieu lors de la plénière du soir du mercredi dernier, lorsqu’elle a été suspendue sur fond d’une vive tension politique. Car en effet, il ne se passe pas une plénière sans que l’on entende parler de conflit ou de blocage au sein  de l’Assemblée des Représentants du Peuple qui s’est transformée, à l’heure de cette deuxième législature et en dépit de la crise sanitaire, en une arène de règlement de comptes politique.

Mercredi dernier, la séance plénière du soir a été, en effet, suspendue suite à l’obstination de la députée Abir Moussi d’affricher une pancarte avec un slogan politique et partisan anti-Ghannouchi sur le siège qui lui est réservé en tant que présidente de la Commission de l’Industrie, de l’Energie, des Ressources naturelles, des Infrastructures et de l’Environnement. Un comportement qui n’a pas plu à certains blocs parlementaires et a conduit à une altercation entre Abir Moussi et d’autres députés, ce qui a provoqué la suspension des travaux de cette plénière. Fidèle à elle-même, la présidente du bloc parlementaire du Parti Destourien Libre, Abir Moussi, a brandi une photo du président Habib Bourguiba et une pancarte exigeant le retrait de confiance au président de l’ARP, Rached Ghannouchi, ce qui a provoqué une vive tension à l’hémicycle, d’autant plus que certains députés ont accusé Moussi de vouloir perturber continuellement le travail parlementaire.

S’exprimant sur cet incident, la présidence du parlement a affirmé dans un communiqué que « Abir Moussi a maintenu sa position quand bien même elle a été informée par le président de la plénière de la position de tous les blocs parlementaires, lesquels, ont rejeté ce comportement ». « Ce genre de conduite entrave le déroulement normal de la plénière et ne laisse aucune autre alternative que celle de suspendre la séance », a-t-on affirmé.

Sit-in annoncé !

L’ARP a expliqué dans ce sens que « les sièges réservés aux présidents et aux membres des commissions sont neutres et ne doivent être utilisés pour des intérêts personnels qui n’expriment aucunement les orientations de tous les membres de la commission, d’autant plus qu’on ne peut lire un rapport de la commission et brandir des slogans politiques en même temps ».

En réaction à ces altercations avec certains députés et à la décision de suspendre les travaux de cette plénière, Abir Moussi, ainsi que son bloc parlementaire, ont décidé d’observer un sit-in dans le siège du parement pour condamner « les campagnes dont ils font objet ». Elle a expliqué dans ce sens que « la demande d’enlever la photo de Habib Bourguiba et la pancarte appelant au retrait de confiance à Rached Ghannouchi n’avait pas lieu d’être, dans la mesure où elle est une femme politique et n’a pas à être neutre ».

Au fait cet incident ne fait pas l’exception sous le dôme de l’ARP, pire encore, les Tunisiens se sont habitués à ce genre d’altercations de bas niveau impliquant malheureusement nos députés. Toujours dans la cadre de ce paysage parlementaire envenimé, une autre altercation a eu lieu entre la députée du bloc démocratique Samia Abbou et le chef de cabinet de Rached Ghannouchi, Habib Khedher. Lors d’un point d’ordre, Abbou a voulu rappeler à l’ordre Habib Khedher en l’informant que ses déplacements et sa présence au sein de la salle de plénière n’étaient pas autorisés par le règlement interne du parlement. Ce dernier, a choisi d’opter pour le sang froid en répondant par un sourire et en se « moquant » des déclarations de Samia Abbou, connue pour ces fortes interventions au parlement, avant de partir.

Menaces terroristes et condamnations

Ce paysage sombre du travail parlementaire est couronné par l’existence de menaces terroristes et d’incitation à la violence contre certains députés. En effet, plusieurs élus ont fait l’objet dernièrement de menaces terroristes et d’incitation à la violence et même de plans d’assassinats. C’est dans ce sens que l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a, fortement, dénoncé les menaces terroristes visant les députés, Zouheir Maghzaoui, Salem Labiyedh et Abir Moussi, mettant en garde contre toute atteinte à leur intégrité physique et morale et estimant qu’il s’agit du « résultat naturel de toutes les incitations et les campagnes menées par certaines parties extrémistes ».

En tout cas, cette situation de tension au sein du parlement qui a conduit le président de la République Kais Saied à critiquer le rendement des députés et à les tenir responsables de la détérioration de la situation politique en Tunisie, n’est pas en concordance avec les exigences de l’actuelle étape marquée par une crise sanitaire et économique inédite. Et c’est exactement pour cette raison que le chef de l’Etat a convié le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh et le président de l’Assemblée des Représentants du Peuple, Rached Ghannouchi pour un dîner ramadanesque au Palais de Carthage, mercredi dernier. L’objectif étant de montrer l’unité des trois présidences face aux tensions que connaissent ces derniers temps les institutions de l’Etat. Les trois Présidents ont donc rompu le jeûne et brisé la glace après un refroidissement notable relevé dans leurs rapports notamment en ce qui concerne les relations entre Kais Saied et le parlement.

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