Alors que les Tunisiens étaient concentrés sur les prouesses de la lutte contre la propagation du coronavirus, l’information est tombée brusquement. 21 officiers de la douane ont été mis à la retraite forcée dans le cadre d’une éventuelle affaire de corruption. S’agit-il d’une véritable opération mains propres au sein de cette institution ou est-ce un simple coup de balai à la douane ? En tout cas, dans cette affaire, des interrogations persistent toujours.

Le ministère des Finances a pris la décision de la mise à la retraite obligatoire de 21 officiers de la Douane tunisienne, en tant que sanction administrative, selon une source informée de la Douane. L’information a été confirmée, hier, à notre journal par le porte-parole de la Douane, Haithem Zenad, qui affirme que son organisme a été «informé par fax» de cette décision et que la douane n’a pas pris part à cette décision et qu’elle n’a pas été saisie de l’affaire dans ses différentes étapes. A ce niveau, il convient de signaler que l’application de cette décision et sa signature nécessitent forcément un motif d’explication. Or, les concernés ignorent toujours les causes de cette sanction administrative.

Hier, quelques éléments de réponse à cette décision commençaient à apparaître. Selon l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc), la mise à la retraite obligatoire de ces 21 officiers de la douane fait suite à une plainte déposée le 26 mai 2017 par l’Instance, «en raison de leur implication dans des opérations commerciales douteuses». Dans ce sens, la conseillère juridique de l’Inlucc, Noura Rezgui, a expliqué dans une déclaration à l’agence TAP que «la plupart de ces officiers sont suspectés d’avoir facilité des opérations d’importation à des hommes d’affaires influents et fourni la protection nécessaire pour assurer le transport de leurs marchandises».

La conseillère juridique a déclaré que ce type d’affaires est très souvent le fruit d’une orchestration politique, soulignant que la justice n’a pas encore statué sur cette affaire. Et c’est exactement pour ce fait que des interrogations persistent toujours dans cette affaire. Pourquoi la justice n’a pas encore saisi cette affaire ? La plainte déposée par l’Inlucc auprès du ministère des Finances engagera-t-elle de telles poursuites ? Pourquoi les services douaniers n’ont pas été concertés avant la prise de cette décision ? Force de constater que conformément à son cadre juridique, l’Inlucc reçoit les requêtes et informations sur les cas de corruption et enquête à leur propos et elle doit impérativement les transmettre à la justice.

La justice doit trancher !

En tout cas, la justice est appelée à saisir cette affaire, d’autant plus que certains officiers concernés réfutent toute implication dans ces actes de corruption. C’est le cas de l’officier Siwar Fartouna, qui a expliqué sur les ondes d’une radio privée qu’elle n’a occupé aucun poste de décision au sein de la Douane et qu’elle ne pouvait prendre aucune décision ou signer aucun document ou autorisation douaniers. Pour elle, c’est une pure injustice, d’autant plus qu’elle a été informée de cette décision par une simple communication téléphonique de son supérieur. «Je n’ai commis aucune erreur tout au long de ma carrière et je ne suis concerné par aucun réseau de corruption», a-t-elle martelé, appelant la justice à saisir cette affaire pour qu’elle puisse se défendre et prouver son innocence.

Il faut rappeler, au passage, que la décision d’envoyer ces 21 douaniers à la retraite a été prise après l’examen de leurs dossiers et que parmi eux, certains ont été traduits devant la justice auparavant et auraient constitué, tout au long de ces dernières années, un important patrimoine immobilier, alors que leurs salaires ne leur permettent pas d’être propriétaires de ces biens. On évoque même des officiers qui étaient liés à l’ancien régime et qui bénéficiaient d’importantes sommes d’argent sous forme de pots-de-vin. En tout cas seule une enquête de la justice pourra déterminer les circonstances de cette affaire, en condamnant les officiers corrompus et en innocentant ceux qui ne le sont pas.

Il est utile de rappeler que la Direction générale des douanes a été choisie en 2019 par l’Inlucc comme l’administration la plus impliquée dans la lutte contre la corruption. La Douane tunisienne, longtemps pointée du doigt lorsqu’on parle de corruption, a engagé depuis l’année dernière un processus de digitalisation qu’elle envisage de finaliser en 2022, en vue de faire face aux soupçons de corruption.

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