L’administration pénitentiaire s’est lancée dans la concrétisation du décret gouvernemental daté du 26 février 2020 portant sur la révision de la structuration de l’institution des prisons et de la rééducation pour mettre en place un comité général et le lancement de sept nouveaux districts des prisons et de la rééducation, ainsi que pour la reclassification des prisons et des centres de rééducation pour une meilleure efficacité.

Après une trêve imposée par la pandémie de coronavirus, les mouvements et effervescence sociaux ont repris de plus belle dans plusieurs secteurs. Le regain de tensions a concerné surtout les secteurs de la santé, du transport, de l’énergie et le dernier en date, celui des prisons et de la rééducation.

En effet, dernièrement, les cadres et fonctionnaires de l’administration pénitentiaire ont organisé un rassemblement de protestation devant le siège du ministère de la Justice, sur fond de revendications professionnelles, mais aussi « morales ». Des revendications liées essentiellement à la révision de l’échelle des grades, la création d’une administration financière au sein du Comité général des prisons et de la rééducation, mais aussi la gestion des ressources humaines et des horaires de travail. Les différents syndicats réclament, également, l’activation des droits professionnels pour les agents, à l’instar de la régularisation de la situation des diplômés, du parcours professionnel, de l’avancement ainsi que des différentes primes.

Les différents syndicats qui font l’objet d’une situation de fissure, de divergence et de mauvaise organisation accusent le Comité général des prisons et de la rééducation de vouloir entraver le travail syndical et de harcèlement commis contre les syndicalistes. Mais du côté de ce Comité général des prisons et de la rééducation, la réalité est tout autre, les revendications financières relatives surtout aux primes ont été satisfaites, tout en soulignant le fait que la question de la régularisation de la situation des diplômés est à la tête des priorités du département.

Concernant les accusations de vouloir entraver le travail syndical, pour le Comité général des prisons et de la rééducation, tout travail syndical est garanti par la Constitution, mais il ne doit en aucun cas s’opposer au bon déroulement des aspects sécuritaires, vu leur sensibilité. On affirme dans ce sens que le Comité général des prisons et de la rééducation ne s’oppose guère à l’œuvre syndicale mais veille à ce qu’elle ne soit pas en contradiction avec le déroulement du travail sécuritaire au sein des établissements pénitentiaires.

Si parmi les revendications des cadres et des agents des prisons figure notamment le détachement du corps pénitentiaire du ministère de la Justice et sa réintégration au ministère de l’Intérieur comme c’était le cas avant 2019, pour le Comité général des prisons et de la rééducation, la loi 51 du 3 mai 2001 stipulant que les cadres et agents des prisons et de rééducation soient sous la tutelle du ministère de la Justice a été élaborée dans une approche visant à considérer les établissements pénitentiaires comme des institutions sécuritaires rattachées au processus judiciaire.

Restructuration organisationnelle

Il est à noter que l’administration pénitentiaire s’est lancée dans la concrétisation du décret gouvernemental daté du 26 février 2020 portant sur la révision de la structuration de l’institution des prisons et de la rééducation pour mettre en place un comité général et le lancement de sept nouveaux districts des prisons et de la rééducation ainsi que pour la reclassification des prisons et des centres de rééducation pour une meilleure efficacité.

Ainsi la nouvelle structure du Comité général des prisons et de la rééducation reposera principalement sur trois grands pôles portant essentiellement sur les affaires des détenus, les questions sécuritaires et enfin l’administration et les finances, outre la mise en place d’une unité pour suivre le fonctionnement des différents districts ainsi que l’activation du poste d’inspecteur général.

Cette restructuration renvoie également à un plan visant à améliorer la situation et les conditions de travail au sein des établissements pénitentiaires, des efforts qui passent notamment par la mise en place d’une administration visant à veiller sur les affaires sociales des cadres et fonctionnaires des prisons et des centres de rééducation, notamment en ce qui concerne la santé, la sécurité sociale et professionnelle. 

Encombrement et risques sanitaires

Reste à savoir qu’outre ces revendications sociales et l’amélioration des conditions de travail au sein de ces différentes unités, l’administration des prisons et de la rééducation fait face à l’énorme défi de l’encombrement. En effet, au vu de la situation de certaines prisons, le fait de n’avoir enregistré aucun cas de contamination par le coronavirus à l’issue de l’actuelle crise sanitaire, pour certains, constitue un miracle.

En effet, la crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus ne fait que souligner l’importance de ce défi qui met en péril la sécurité des détenus comme celle des fonctionnaires et cadres des établissements pénitentiaires. Si ces espaces connaissent un encombrement significatif, le principal défi étant aujourd’hui de désencombrer les prisons en accélérant surtout les délais de jugement, considérés trop longs.

Il est nécessaire également de revoir le système de sanction et la prise en compte des sanctions alternatives et du travail social et environnemental pour les détenus dans le but de désengorger les prisons. Selon l’Instance nationale pour la prévention de la torture (Inpt), la seule prison en Tunisie à ne pas connaître d’encombrement est la prison civile des femmes à La Manouba. La moyenne générale du surpeuplement carcéral en Tunisie atteint les 150% et peut atteindre les 300% dans certaines prisons à l’instar de celles de « Sidi Hmed » à Kairouan, et celle de « Harboub » à Médenine.

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