Il y a de ces comportements qui sont loin d’être exemplaires. La classe politique est censée jouer un rôle essentiel dans la construction d’une société humaine et conviviale, notamment par les valeurs constructives qu’elle peut véhiculer et qu’il convient de préserver. Elle n’échappe pas toutefois aux maux qui affectent le paysage dans son ensemble. Cela est visible dans les discours, mais aussi et surtout dans la manière avec laquelle l’action politique est appréhendée.

Pendant deux jours consécutifs, Seif Eddine Makhlouf a mené une campagne de dénigrement contre les journalistes. La première fois, lors de la conférence de presse organisée jeudi 25 juin par le parti Qalb Tounès et la coalition Al Karama, en marge de la séance plénière consacrée aux cent jours du gouvernement. Ses insinuations ironiques, humiliantes et déplacées sur l’absence de certains médias arabes ont poussé les journalistes à boycotter la conférence de presse par solidarité avec leurs confrères.

Vendredi 26 juin, il revient à la charge, mais cette fois sur sa page facebook, en faisant croire que tout ce qu’il a fait c’était de commenter l’absence des chaînes Al Arabia, en l’occurrence Sky News et Al Hadath, à la couverture de la plénière, sans oublier d’apporter sa touche personnelle en indiquant que ces chaînes étaient présentes en force à tous les mouvements «putshistes et à toutes les fêtes».

Désagréables, ennuyeux et intrigants, les discours et les prises de position de certains politiques, et bien qu’ils soient des exceptions, n’en finissent pas de susciter les débats, généralement sur fond de constats amers. Tout en étant respectueux des convictions de chacun, le recours à des méthodes controversées compromet de plus en plus la crédibilité du paysage. Une crédibilité menacée aujourd’hui par ceux qui n’hésitent pas à conditionner outre mesure la mission et la vocation dont ils sont investis. L’absence de charte pouvant définir les droits et les limites des politiciens fait que nous sommes encore en présence de pratiques et de comportements déviants dans un paysage où le dénigrement et le procès fait aux autres sont monnaie courante. Lorsqu’on pense à la déficience et au manquement, certains ont une fâcheuse tendance à venir directement à l’esprit. Ce qu’on voit sur la scène politique, ce qui nous parvient souvent des coulisses ne plaide pas en faveur d’une réputation sans tache pour différentes parties prenantes. Difficile de ne pas réagir devant le spectacle d’un environnement dans lequel l’excès de zèle domine et semble n’obéir qu’à ses propres règles. Certains acteurs font perdre à la classe politique sa vocation morale. Au centre de la controverses, ils définissent, à leur manière, quel type de valeurs devrait-on vraiment détenir. Ils oublient toutefois que ce genre de comportement peut être une arme à double tranchant et qu’il peut révéler et renforcer les divisions. Si l’idée de moralisation politique est aujourd’hui une illusion, il convient d’attirer l’attention sur les erreurs auxquelles pourrait conduire, par excès inverse, une fixation sur le dénigrement, la calomnie et la diffamation. C’est à tous les niveaux qu’il faudrait aujourd’hui craindre les dépassements qui dénaturent le paysage politique. Là est sans doute le danger actuel qui guette la Tunisie, à travers le comportement abusif de ceux qui sont pourtant censés veiller à sa bonne marche.

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