Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Ahmed Gaâloul, fait actuellement un tour d’horizon sur les différents dossiers sportifs, qu’ils soient d’actualité, ou qu’il remontent à une date lointaine, sans connaître pour autant les solutions escomptées. Il se concerte avec les différents responsables, prend aussi l’avis des «experts» et, à l’instar de ceux qui l’ont précédé, il veut aller au fond des choses. Ce mode d’emploi n’est pas nouveau. Pratiquement tous les ministres des sports ont agi de la même manière durant la première période ayant suivi leur prise de fonctions. Solennelles, standardisées, les évaluations ont été souvent, pour ne pas dire toutes, en décalage avec les réalités sportives.

Pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs, le nouveau ministre ferait mieux de repenser le mode et les critères d’évaluation du travail accompli par les différentes fédérations et institutions sportives pour aboutir à un échange plus rationnel, plus fréquent et plus axé sur les véritables maux et exigences du sport tunisien.

Il faut reconnaître que, sur le plan qualitatif, le sport tunisien, avec ses différentes composantes, est, ces dernières années, en baisse. Il ne fait pas partie des priorités de l’Etat. Il n’y a pratiquement plus de structures sportives qui évoluent avec une référence explicite à une forme de gestion bien réfléchie. Bien conséquente. Le contexte actuel constitue un exemple révélateur de la dévalorisation comptable du capital humain. Il n’est pas difficile de pointer du doigt les défaillances qui empêchent le sport et les sportifs de sortir des sentiers battus, mais aussi et surtout les manquements qui ne cessent de porter préjudice au sport depuis des années. Il n’est plus ce que l’on croyait. Il se laisse de plus en plus emporter par certains dividendes. Ses premiers responsables ne donnent pas l’impression de pouvoir véhiculer l’innovation requise, ou encore la grande restructuration souhaitée. Si le milieu n’est plus conservateur à travers ses modes de fonctionnement, les problèmes du sport n’ont pas trouvé de solution.

Un vaste tour de table —fédérations, clubs, sponsors, partenaires TV, autorités, médias— doit être effectué pour envisager les changements nécessaires et pour mener à bien un travail important, sinon décisif pour l’avenir du sport. Il serait opportun de lancer une large consultation dont l’objectif sera double: analyser les forces et faiblesses du sport tunisien, surtout dans le contexte profondément lié à la crise sanitaire, et trouver une nouvelle dynamique susceptible de booster toutes les parties prenantes. L’impératif serait de retrouver la compétitivité souhaitée, réinitialiser un cercle vertueux, assurer les financements aux activités sportives, lesquelles dépendent encore des traditionnelles subventions, sécuriser les places aux classements internationaux et continentaux et soigner l’image de marque du sport tunisien…

Dans le sport tunisien, les aléas nous paraissent encore trop contraignants pour pouvoir intéresser et attirer les investisseurs. Et comme dans les affaires on déteste l’incertitude, le sport tunisien reste toujours sous-valorisé parce qu’il n’est pas performant.

La performance sportive s’appuie sur un appareil rationalisé et la réalisation des objectifs exige une grande persévérance dans l’effort. Qu’il s’agisse des questions d’organisation purement techniques ou purement administratives, sur le terrain ou à l’extérieur, le sport est une responsabilité, un devoir. Et il doit le rester. Les pratiques dans la gestion des sportifs gagneraient à la fois à favoriser les réussites et à façonner leurs interprétations. Les conditions favorables à l’épanouissement du sportif sont surtout relationnelles. Il s’agit d’instaurer un climat de confiance réciproque. Et donc une composante de la qualité du travail, pas un «à côté du métier».

Monsieur le ministre, le système doit repartir et non pas rompre avec ce qui est déjà acquis. Il faut refonder le modèle sportif afin de modifier le mode de travail, de répondre aux besoins. Pour une pareille réorientation sportive, nous ne voyons malheureusement rien venir jusque-là depuis votre nomination. La raison est claire : le cadre de pensée empêche d’enclencher les réformes nécessaires alors que les solutions et les alternatives jaillissent de toutes parts.

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