La responsabilité incombe avant tout à la famille

A ce train, la mer, les canaux, les lacs et autres trous d’eau auront tué plus de Tunisiens que le Covid-19. Et là, malheureusement, il n’y a pas de parade que l’on peut prendre au pied levé, à moins de placer des agents de sécurité sur les 1200 kilomètres de côtes et autres endroits où on se jette à l’eau pour se rafraîchir et échapper aux morsures de la canicule.

Cela, bien entendu, n’est pas sérieux, mais nous oriente vers les responsabilités qui sont engagées et qui sont à l’origine de ce genre de drames.

Lorsque samedi et dimanche derniers sur la côte le vent soufflait à 60 ou 80 kilomètre-heure, Mellouli en personne, tout champion olympique et du monde qu’il est, aurait eu les pires difficultés pour se maintenir à flot.

Que dire d’un gamin haut comme trois pommes ou d’un adulte qui n’a peut-être jamais enfilé un maillot de bain qui fonce tête baissée vers son horrible destin ?

On n’aborde pas un individu qui coule de n’importe quelle manière. Il y a une technique, des gestes que l’on apprend et que l’on répète des centaines et des centaines de fois pour éviter de se mettre en danger face à une personne prête à s’agripper à une paille pour survivre !

Quelle responsabilité ?

Qui est responsable de ces drames qui endeuillent bien des familles ? Cela n’a rien à voir avec l’absence de maître nageur. La responsabilité incombe avant tout à la famille ou à ce manque de discernement qui pousse des adultes à braver les flots en furie, les profondeurs d’un lac ou les sables mouvants et gluants d’un canal. Ils plongent sans savoir nager d’abord et en prenant des risques insensés alors que cela saute aux yeux, les vagues ne semblent pas disposées à faire la différence entre un bon et un mauvais nageur.

Ceci dit, revenons aux responsabilités des communes et municipalités qui veillent sur ces grandes étendues du littoral tunisien : dans un précédent article nous avions signalé «qu’une saison estivale ça se prépare». Nous l’avions signalé parce que nous savions que rares étaient les municipalités qui possédaient des maîtres nageurs professionnels, dépendant directement d’elles et qu’elles emploient l’année durant.

C’est du professionnalisme

En effet, ce métier, et c’est un métier, exige une préparation physique à toute épreuve et des recyclages continus.

A titre d’exemple, les villes côtières françaises ou australiennes, en hors saison, mettent, à titre gracieux, leurs maîtres nageurs sauveteurs à la disposition des hôtels et des centres de loisirs pour leur permettre de maintenir leur condition physique, d’affûter leurs méthodes d’action et d’intervention. Nous n’en sommes pas là et nous continuons à tout rejeter sur la Protection civile qui ne possède pas à notre connaissance le don d’ubiquité, pour se multiplier et agir partout à la fois.

Un maître nageur, ce n’est pas seulement quelqu’un qui sait nager. C’est un homme qui est d’abord convaincu de sa mission, qui est prêt à se dévouer pour autrui et qui, en se jetant à l’eau pour «porter secours», sait déjà ce qu’il doit faire. La vie de celui vers lequel il se dirige et…la sienne sont en jeu.

Les scribouillards qui prennent les décisions ne savent pas cela et agissent seulement pour se couvrir, le cas échéant.

En effet, on n’aborde pas un individu qui coule de n’importe quelle manière. Il y a une technique, des gestes que l’on apprend et que l’on répète des centaines et des centaines de fois pour éviter de se mettre en danger face à une personne prête à s’agripper à une paille pour survivre !

Un jeune venu pour gagner quelques sous en vacances n’a rien à voir avec un cadre professionnel formé, motivé, convaincu et surtout prêt à faire son «travail» en toute sérénité et en toute connaissance de cause 

Motivation et conviction

C’est dire que ces recrutements, qui se font à la saison, sont tout d’abord une façon de fuir ses responsabilités. Tel que signalé plus haut, la motivation du maître nageur, du secouriste, est essentielle. Un jeune venu pour gagner quelques sous en vacances n’a rien à voir avec un cadre professionnel formé, motivé, convaincu et surtout prêt à faire son «travail» en toute sérénité et en toute connaissance de cause.

 Les municipalités devraient être convaincues qu’elles ne sauraient, sauf miracle qui peut toujours se produire, s’en tirer avec ce genre de bricolage. Elles se trompent lourdement.

Nous avions, sur ces mêmes colonnes, suggéré de recruter des cadres formés, et non pas des vacataires, pour les préserver d’abord et pour leur permettre de s’améliorer en s’adonnant à des activités régulières. Certaines municipalités ont accepté de le faire. La saison terminée, elles redéployent ce personnel dans d’autres tâches. Nous ne savons pas si elles leur permettent de s’entraîner et de maintenir leur forme physique.

Il faut former !

Toujours est-il que ces jeunes et moins jeunes, qui ont endeuillé leurs familles et tous ceux qui ressentent un minimum de regret face à ces négligences coupables, devraient interpeler ceux qui sont en mesure de prendre des décisions. Une saison estivale (l’année dernière nous avions reçu des millions de touristes) cela se prépare. Comme nous prenons la peine de préparer le mois de ramadan.

Les municipalités concernées, bien avant la saison estivale, devraient savoir de combien de secouristes elles ont besoin. Un pays comme la Tunisie ne doit jamais s’arrêter d’en former. Ces hommes sont dans la nécessité de disposer de matériel, de bouées, de cordes, de gilets de sauvetage, de points stratégiques à fixer pour ériger les tours de surveillance, de moyens de communication infaillibles, d’embarcations, de véhicules roulants, de points fixes médicalisés pour éviter les longs parcours et réduire les délais d’intervention, les possibilités de se porter mutuellement aide et assistance en cas de surplus de personnel spécialisé, etc.

Au mois de ramadan, nous pouvons nous priver de tel ou tel produit, mais…lorsque personne ne se trouve dans les parages pour sauver une vie humaine, cela est grave.

A bon entendeur salut !

 

Les précautions à prendre pour se baigner

Être prudent

-Préférez les zones surveillées

-Commencez par voir la couleur du drapeau

– La municipalité a théoriquement l’obligation de l’afficher (il est noir, il faut se contenter de l’air marin)

– Prévoyez une petite trousse de secours avec un désinfectant, des pansements et une pince à épiler

– Renseignez- vous sur les courants et les conditions de baignade.

– Avant d’entrer dans l’eau, prévenez toujours un proche

-Entrez dans l’eau progressivement en vous mouillant la nuque.

-Ne nagez jamais trop loin de la rive

-Ne pas quitter les enfants   des yeux surtout lorsqu’ils sont jeunes

-Oubliez  siestes,  conversations téléphoniques ou  lecture et observez-les en permanence

Que faire en cas de danger imprévu ?

-Ne luttez jamais contre le courant et les vagues pour ne pas vous épuiser.

-Si vous êtes fatigué, allongez-vous sur le dos pour vous reposer. Vos voies respiratoires sont alors dégagées : vous pouvez respirer normalement et appeler à l’aide.

La  règle des «trois heures »

Certaines idées reçues ont la peau dure. C’est le cas de la règle dite des «trois heures avant d’aller se baigner», qui impose  la fin de la digestion avant de mettre un pied dans l’eau. Une recommandation que de nombreuses générations  ont dû suivre.

Pourtant, cette règle n’a aucune valeur scientifique. «On sait aujourd’hui que cette précaution est absurde. Tout simplement, parce que le tube digestif est shunté à l’effort : pendant qu’on nage, on ne digère pas. Quant à l’hydrocution, elle est liée à l’exposition au soleil et à l’entrée brusque dans l’eau et non à la digestion», explique  le Dr Jean-Pierre Cervetti, médecin coordonateur de la Fédération française de natation.

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