Les suspicions pesant sur le Chef du gouvernement dans l’affaire de conflit d’intérêts continuent à alimenter les commentaires et à entretenir une vive tension au Parlement. Les agissements, pour ne pas dire les prises de position, des membres de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’affaire font couler beaucoup d’encre. En particulier le conflit qui oppose le député de Qalb Tounès Yadh Elloumi à son collègue du Courant démocratique,  Hichem Ajbouni, respectivement président et vice-président de la commission d’enquête en question.

D’une affaire à l’autre, d’une épreuve à l’autre, la classe politique donne de plus en plus l’impression d’être en déphasage avec son temps, et notamment vis-à-vis des besoins et des priorités de la Tunisie. A peine élus, la plupart des députés ont vite pris le contrepied des promesses données à ceux qui les avaient placés là où ils sont aujourd’hui. Les dérapages, les manquements et les excès de part et d’autre inspirent beaucoup d’inquiétude sur la façon dont l’enquête sur le conflit d’intérêts est aujourd’hui gérée. La crédibilité de la commission s’en ressent fortement, l’indépendance et la neutralité de ses membres encore davantage. La commission se serait déjà installée sur une montagne de dérives. Trop risquée car soutenue par des membres privés de discernement.

En appelant à écarter provisoirement le Chef du gouvernement, le temps de finaliser les investigations dans l’affaire des soupçons de conflit d’intérêts, Yadh Elloumi a confondu ses prérogatives de président de la commission en question en prononçant le jugement avant même que les travaux de la commission ne soient entamés. Ce qui risque de compromettre la crédibilité de la commission et provoquer le doute sur les résultats de son enquête.

Ce nouvel épisode invite à s’interroger sur le rôle joué par beaucoup de partis politiques qui se laissent de plus en plus emporter par certains dividendes. On pourrait soustraire les problèmes de fond et de forme qui ne cessent de marquer le paysage politique, mais les questions sur les problèmes chauds que connaît la Tunisie, sur le plan du sauvetage économique et des principales réformes à adopter, ainsi que tous les défis à relever suite à la crise sanitaire ne semblent pas trouver d’écho auprès des différents antagonistes. « La relance économique demeure tributaire de l’amélioration de l’environnement des affaires et de l’investissement, mais surtout du climat politique du pays », affirme le ministre des Finances, Nizar Yaiche, tout en considérant que certaines agences internationales de notation financière consacrent 50% de la note au climat politique et que les tiraillements à ce niveau n’arrangent ni les investisseurs privés ni étrangers.

Il semble entendu que ce qui touche l’avenir du pays et tout ce qui s’y rattache ne fait pas partie des priorités des hommes et des partis politiques. C’est tout l’environnement qui pâtit d’une image déplorable. Le modèle politique navigue à contre-courant. Il s’est avéré que se renvoyer les accusations et se partager la médiocrité, c’est ce qu’on aime le plus dans le monde «merveilleux» des acteurs politiques d’aujourd’hui. D’ailleurs, rares sont  ceux qui s’y retrouvent. Car plus personne n’est convaincu du mobile des choix de l’autre.

Hichem Ajbouni traite Yadh Elloumi de « chef de gang ». Ce dernier répond qu’«il existe bel et bien un gang, qui manipule et utilise les dossiers usant de la politique des deux poids, deux mesures ».

Le pire est que chacun a vraiment le sentiment d’avoir raison. Son appréciation de la situation lui paraît juste. Mais, le problème est que chacun a justement raison, mais  tout seul ! Entre pas de vision, ou une vision trop étroite, la plupart des acteurs se perdent et se trompent d’opportunité et de contexte…

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